Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le garde-corps en bois
- Les appuis modernes
- Le chenal de la Hozu
- Les pentes d’Arashiyama
L’histoire du lieu
Les garde-corps en bois dissimulent la partie porteuse moderne de cette traversée : le pont actuel fut achevé en mille neuf cent trente-quatre après une succession d’inondations et de reconstructions. Autrefois, la traversée se trouvait environ cent mètres plus en amont, près du temple Hōrin-ji, et portait un autre nom ; il ne reste rien des anciens ponts en bois. Le chenal de la Hozu s’enfonce entre les pentes d’Arashiyama, et les barques venues des gorges achèvent leur trajet près de la rive, à côté du pont. Dans chacune, trois personnes travaillent : l’une guide l’embarcation à la perche, une autre rame, la troisième tient le gouvernail.
Au printemps de l’an mille six cent six, Suminokura Ryōi, marchand de Kyoto âgé de cinquante et un ans, investit son propre argent dans cette rivière. Il s’était enrichi grâce au commerce maritime avec le Viêt Nam, autorisé aux marchands japonais par des lettres spéciales, et voulait désormais organiser les transports à l’intérieur du pays. Au-delà des gorges de Hozu s’étendait Tamba, la région autour de l’actuelle Kameoka : c’est de là que l’on acheminait vers Kyoto du riz, des légumes, du bois de chauffage et du bois de construction. Les troncs descendaient sur des radeaux, mais les barques chargées ne passaient pas entre les rochers et les hauts-fonds. Il fallait transporter le reste des marchandises par la route de montagne.
Ryōi obtint l’autorisation de Tokugawa Ieyasu, chef du gouvernement militaire, et dégagea en cinq mois le chenal navigable à travers les gorges. Les ouvriers brisaient les saillies rocheuses, enlevaient les blocs et approfondissaient le lit de la rivière. La famille du marchand finança les travaux et reçut en échange le droit d’y assurer les transports. Ryōi risquait la fortune gagnée lors de lointaines traversées maritimes pour une rivière sur laquelle aucune barque de marchandises n’était encore passée.
Le seul dégagement du chenal ne suffisait pas. Les radeleurs locaux ne comptaient pas abandonner leur métier habituel. Ryōi fit alors venir à Arashiyama des charpentiers de marine et des bateliers afin qu’ils apprennent aux paysans à construire des embarcations à fond plat et à les faire passer à travers les rapides. Les radeleurs conservèrent le transport du bois, tandis que les habitants trouvèrent un nouveau travail. Des barques chargées de riz et de marchandises se mirent à circuler sur la Hozu.
Pendant ces mêmes travaux, Ryōi déplaça l’ancien pont d’environ cent mètres vers l’aval, sur le tracé où se trouve l’actuel Togetsukyō. Aucune explication distincte de ce choix précis n’a été conservée : les documents relient ce déplacement au réaménagement du chenal navigable. Avant cela, la traversée se trouvait plus en amont, plus près du temple Hōrin-ji, et s’appelait le pont Hōrin-ji. La construction en bois de Ryōi disparut elle aussi après les inondations et les reconstructions qui suivirent. Le pont actuel, achevé en mille neuf cent trente-quatre, se trouve ici ; on a conservé le garde-corps en bois, mais rendu moderne la partie porteuse.
Le nom a survécu à tous ces remplacements. Selon la version traditionnelle, il fut donné à la fin du treizième siècle par l’empereur Kameyama, ancien empereur qui vivait dans une résidence de campagne des environs. Voyant la lune se déplacer au-dessus du pont d’est en ouest, il la compara à un voyageur franchissant la traversée. C’est ainsi qu’apparut le nom Togetsukyō, « le pont que traverse la lune ». Les historiens de Kyoto avertissent qu’il existe d’autres versions de l’origine du nom ; l’histoire de Kameyama reste donc une légende. Le pont qu’il pouvait voir se dressait plus haut sur la rivière ; de lui, il ne reste que le nom, non les troncs.
À la fin du dix-neuvième siècle, le chemin de fer retira aux bateliers le transport de marchandises, et ils se mirent à transporter des voyageurs. Aujourd’hui, la descente de la Hozu s’achève au Togetsukyō. Dans chaque barque, ils sont trois : l’un fait avancer l’embarcation à la perche, le deuxième manie une rame, le troisième tient le gouvernail. Ces rôles se sont établis après le dégagement du chenal par Ryōi. La barque de passagers accoste près du pont de mille neuf cent trente-quatre, à l’endroit où le marchand avait déplacé la traversée plus de quatre siècles auparavant.
Sur place
Pont urbain ouvert ; passage libre, sans billet. Restez sur le trottoir et ne vous attardez pas sur la chaussée. Vérifié le 2026-06-30.
Vérifié : 30 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Pour voir le pont dans son ensemble, observez-le d’abord depuis la rive ; sur la traversée elle-même, ne vous attardez pas au milieu de la circulation. Depuis l’eau et depuis les différentes rives, sa silhouette se lit différemment.
