Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Cercles de spectateurs
- Musiciens
- Comédiens
- Chapeaux pour collecter l’argent
L’histoire du lieu
À la fin des années mille neuf cent soixante, Mohamed Bariz, écolier de dix ans, voulait raconter des histoires à Jemaa el-Fna. Pour cela, il séchait les cours et venait voir comment les vieux maîtres retenaient les auditeurs par le geste, la voix et la pause. Ses parents considéraient le métier de halayki comme de la mendicité. Le père de Bariz fabriquait des sacs en carton et exigeait que son fils étudie ou rapporte de l’argent à la maison.
À onze ans, Mohamed s’enfuit de chez lui. Il atteignit Béni Mellal et raconta des histoires sur les marchés des villes voisines pendant plus d’un an et demi. Ses seules ressources étaient les pièces des auditeurs. Lorsque le garçon revint à Marrakech, son père lui permit de rester à une condition : chaque soir, son fils devait donner à la famille deux dirhams et demi.
Cet argent explique la forme des cercles du nord. Il n’y a ici ni scène permanente ni billet d’entrée. Le halayki arrête les passants, et les spectateurs se resserrent autour de lui : un tel anneau s’appelle une halqa. Un assistant empêche la foule de fendre le cercle, le resserre pour le conteur ou l’élargit pour l’acrobate, puis, vers la fin, fait le tour de la circonférence avec un chapeau. Si l’artiste perd plus tôt l’attention des gens, il n’y aura personne auprès de qui collecter.
Après un an et demi sur des marchés étrangers, Bariz revint précisément ici et créa sa propre halqa. Lorsqu’il débuta, vingt-six conteurs travaillaient sur la place. Il dut conquérir des auditeurs à chaque cercle voisin, mais le récit pouvait désormais nourrir sa famille. Avec le temps, Bariz mémorisa cent soixante-huit histoires et devint l’un des conteurs les plus connus du Maroc.
Même le cinéma, il le transformait en spectacle de Jemaa el-Fna. Pendant le Festival du film de Marrakech de deux mille dix, Bariz regardait un film par jour, puis le racontait ici aux personnes qui n’avaient pas obtenu de place dans la salle. Le film revenait au dispositif de la halqa : une personne au centre, les spectateurs autour et le paiement dans le chapeau.
Cette même année deux mille dix, Bariz la qualifia plus tard d’année de son départ définitif de la place. Des vingt-six conteurs d’autrefois, il n’en restait alors que huit. En deux mille vingt-deux, il se considérait comme l’un des deux derniers conteurs traditionnels de Marrakech et ne se produisait plus que rarement, dans des écoles et des centres culturels. Aucun des cinq enfants de Bariz n’a poursuivi le métier : leur père ne voulait pas pour eux d’un revenu qu’il qualifiait lui-même de misérable. Les cercles du nord se resserrent encore autour de musiciens et de comédiens, mais la halqa aux cent soixante-huit histoires de Bariz n’est plus parmi eux.
Sur place
La place publique est accessible toute la journée ; l’affluence du soir est généralement plus forte, mais la disposition précise des cercles, des rangées et de l’éclairage après les récents travaux doit être vérifiée sur place.
Vérifié : 30 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ne vous frayez pas un passage jusqu’au premier rang et ne bloquez pas la vue de ceux qui écoutent déjà. Avant de filmer de près, demandez l’accord ; il est d’usage de laisser une rétribution pour assister à une représentation complète.
