Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Façade de l’immeuble 190
- Enseigne « SO36 »
- Affiche du club
L’histoire du lieu
Sur l’enseigne « SO36 », le nombre ressemble à un numéro de rue, bien que le club ait une autre adresse : Oranienstraße, numéro cent quatre-vingt-dix. « SO » était l’abréviation de l’allemand « süd-ost », c’est-à-dire « sud-est » : c’était le nom du district postal de Berlin portant le numéro trente-six. Les codes postaux ont changé depuis longtemps, mais cette ancienne désignation est restée le nom du quartier et du club.
Oranienstraße conserve elle aussi l’ancien langage des adresses. En mille huit cent quarante-neuf, la rue fut nommée en l’honneur de la maison d’Orange, dynastie néerlandaise de stathouders et de rois. Auparavant, on employait la forme « Orangenstraße ». Aucun membre de la maison d’Orange n’a vécu ici : c’est une dédicace dynastique, non le souvenir d’un événement local.
Le club ouvrit en mille neuf cent soixante-dix-huit dans une salle qui avait auparavant abrité une brasserie-restaurant, un cinéma et un supermarché. Un an plus tard, les premiers propriétaires étaient fatigués des dettes et des affrontements incessants avec une partie des punks. Hilal Kurutan, éducateur travaillant avec des adolescents à Kreuzberg et à Neukölln, racheta leur part. Des jeunes Turcs lui racontaient qu’on leur refusait l’entrée des discothèques berlinoises. Kurutan décida d’aménager une salle où l’on pourrait entrer quelle que soit son origine. Il n’avait pas assez d’argent personnel : il en emprunta à des connaissances dans tout le quartier.
Un nouveau nom apparut sur la façade : « Merhaba SO36 ». « Merhaba » signifie « bonjour ». Kurutan y organisait des discothèques turques et des mariages. Ses amis roms pouvaient faire la fête pendant trois jours et trois nuits ; d’autres propriétaires refusaient de leur louer une salle. Il invitait également des troupes de théâtre turques, notamment des acteurs vivant en exil à Berlin-Ouest.
Les organisateurs de concerts demandèrent à Kurutan de leur laisser la scène et le nom familier du club. Il accepta. Les soirées de mariage se mirent à alterner avec les prestations de groupes punk ; sous Kurutan, Dead Kennedys et Einstürzende Neubauten jouèrent ici. Le propriétaire qui avait prévu d’ouvrir une discothèque pour ceux que les autres lieux n’acceptaient pas conserva aussi le public d’origine.
Au début de mille neuf cent quatre-vingt-trois, l’inspection des bâtiments limita le nombre de visiteurs à deux cents et exigea que les concerts se terminent à dix heures du soir. Les groupes devaient malgré tout recevoir leur cachet intégral, et Kurutan perdit des milliers de marks en quelques soirées. Il fallait une isolation phonique coûtant plus de deux cent mille marks ; il ne trouva pas une telle somme. Le trente mars eut lieu un concert d’adieu, après lequel Kurutan déclara faillite et quitta la salle.
Après rénovation, le club rouvrit en mille neuf cent quatre-vingt-dix sous la direction de l’association « Sub Opus 36 ». Le mot « Merhaba » disparut de l’enseigne. « SO36 », conservé à la demande des organisateurs de concerts, resta, et dans l’ancienne salle de cinéma alternent toujours concerts punk, discothèque à rollers et soirées de danses orientales.
Sur place
La rue est accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; SO36 fonctionne le soir selon le programme en cours, et les billets sont généralement vendus à l’avance.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Le récit ne suppose pas d’entrer dans le club. Les concerts et autres événements exigent de vérifier séparément le programme et les conditions de visite ; le soir, les environs peuvent être bruyants et très fréquentés.
