Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le groupe de bronze Le Combat
- Le relief La Marche finale
- Les dalles de pierre noires
- La plaque avec la figure agenouillée
L’histoire du lieu
Le monument de pierre noire a deux faces. À l’ouest, des hommes et des femmes armés se détachent du bronze ; à l’est, un relief montre douze personnes aux pieds nus sous escorte. Ces deux images réunissent la résistance des habitants du ghetto et le chemin de ceux qu’on emmenait vers les camps d’extermination. Après la guerre, les Juifs qui avaient survécu, parmi lesquels des membres de la clandestinité, réunirent les fonds pour sa construction, et ils laissèrent sur la dalle une dédicace aux combattants et aux martyrs en trois langues.
Le sept décembre mille neuf cent soixante-dix, Willy Brandt, chancelier de la République fédérale d'Allemagne — la partie occidentale de l’Allemagne alors divisée —, déposa une couronne devant ce monument. Le protocole exigeait de remettre les rubans en place, de reculer de quelques pas et d’incliner la tête. Brandt recula, puis, sans avertissement, s’agenouilla sur ses deux genoux.
Il était venu à Varsovie pour signer un traité avec la République populaire de Pologne — c’était alors le nom de l’État polonais. Les deux pays n’entretenaient plus de relations diplomatiques depuis la guerre. Brandt cherchait la réconciliation et la reconnaissance de la frontière polonaise d’après-guerre. Pour un chancelier ouest-allemand, cela signifiait s’opposer à de nombreux électeurs, surtout aux Allemands déplacés des terres situées à l’est de la nouvelle frontière.
Brandt lui-même n’avait pas participé aux crimes du régime nazi. En mille neuf cent trente-trois, il s’enfuit d’Allemagne et poursuivit depuis l’exil son combat contre Hitler. C’est un homme de cette sorte qui décida de demander pardon au nom de l’État qu’il dirigeait désormais. Il expliqua plus tard que, devant l’abîme de l’histoire allemande et les millions d’assassinés, il avait fait ce que font les hommes lorsque les mots font défaut.
Les photographes immortalisèrent le chancelier à genoux devant la couronne. En Allemagne de l'Ouest, quarante-huit pour cent des personnes interrogées jugèrent son geste excessif ; quarante et un pour cent le considérèrent approprié. Les adversaires de Brandt utilisèrent cette image dans leur lutte contre le chancelier et son traité avec la Pologne. Pour un homme politique dépendant d’une majorité parlementaire, quelques minutes de silence ici se transformèrent en menace de perdre son poste. Le traité ne fut ratifié que deux ans plus tard. Mais dès l’année suivante, le Comité Nobel, en décernant à Brandt le prix de la paix pour la réconciliation avec ses voisins, rappela expressément qu’il s’était agenouillé devant le monument dans l’ancien ghetto.
Brandt se tenait devant le côté ouest du monument — le groupe de bronze Le Combat. Au centre, le sculpteur Nathan Rapoport plaça une figure créée à l’image de Mordechaj Anielewicz, commandant de l’Organisation juive de combat. Autour de lui se trouvent des hommes et des femmes avec des pistolets et des bouteilles remplies de mélange incendiaire. Ce sont les combattants qui, en avril mille neuf cent quarante-trois, accueillirent par les armes les unités allemandes venues anéantir définitivement le ghetto. Ce sont eux que le monument appelle des héros.
Rapoport survécut à la guerre en Union soviétique et revint dans Varsovie détruite. Les Juifs qui avaient survécu, parmi lesquels quelques rares membres de la clandestinité, réunirent les fonds nécessaires au monument. Il fut inauguré le dix-neuf avril mille neuf cent quarante-huit, au cinquième anniversaire du début du soulèvement. Sur la dalle noire, ils inscrivirent en polonais, en yiddish et en hébreu : « Le peuple juif à ses combattants et à ses martyrs ».
Le dernier mot explique le second côté du monument. Sur le relief oriental La Marche finale, il n’y a pas d’armes. Douze personnes aux pieds nus avancent sous escorte ; parmi elles se trouvent des femmes, des enfants et un vieillard serrant contre sa poitrine un rouleau de la Torah. Rapoport représenta les habitants du ghetto qu’on menait vers le lieu de départ pour les camps d’extermination. Lors de l’inauguration, la face avant était couverte d’un tissu blanc, et la cérémonie s’adressait principalement aux combattants armés. Les gens au revers restaient derrière le mur de pierre du monument.
Dans le petit square voisin se trouve maintenant une plaque de bronze montrant Brandt à genoux. Elle reproduit une photographie prise ici. Sur la photo originale, le chancelier est tourné vers Le Combat et, juste derrière ses figures, de l’autre côté du même massif de pierre, passe La Marche finale.
Sur place
La place ouverte est accessible jour et nuit ; l’accès peut être limité lors de cérémonies officielles et commémoratives.
Vérifié : 30 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Faites entièrement le tour du monument : son intention ne se lit pas depuis un seul point. Ne vous asseyez pas sur le socle de pierre.
