Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Les murs rouges du palais
- Les portes monumentales
- Les pavillons d’angle
- Les coupoles octogonales
L’histoire du lieu
Le seize août mille sept cent quatre-vingt-un, Chet Singh quitta sa résidence au-dessus de ce ghat, le passage à marches vers le fleuve, en franchissant la muraille côté fleuve. Une corde fut faite de turbans liés entre eux et descendue jusqu’au Gange, où un bateau attendait le raja. Les portes étaient alors bloquées par les soldats envoyés pour l’arrêter.
Chet Singh était le souverain héréditaire de Bénarès et d’un vaste territoire autour de la ville. Les revenus fonciers entretenaient sa cour et son armée, et il y puisait aussi de quoi verser un tribut annuel. En mille sept cent soixante-quinze, le souverain de l’Aoudh voisin céda le contrôle de Bénarès à la Compagnie anglaise des Indes orientales, une société commerciale dotée de sa propre armée. La Compagnie maintint Chet Singh dans ses possessions et fixa un paiement régulier.
Les deux parties comprirent cet accord différemment. Chet Singh considérait la somme fixée comme la limite de ses obligations. Warren Hastings, gouverneur général du Bengale, le traitait comme un propriétaire foncier dépendant, auquel on pouvait imposer de fournir davantage d’argent et de soldats. La Compagnie menait des guerres et, à partir de mille sept cent soixante-dix-huit, Hastings exigea à trois reprises, en plus du tribut ordinaire, cinq lakhs de roupies, soit un demi-million. Chet Singh payait avec retard, protestait et ne fournit pas autant de cavalerie qu’on l’exigeait de lui.
Hastings décida de punir le raja en personne et vint à Bénarès. Chet Singh l’accueillit avec soumission : il retira son turban et le posa sur les genoux du gouverneur général, se remettant à sa merci. Le geste ne suffit pas. Le lendemain matin, un représentant de la Compagnie se présenta dans ce palais et déclara le maître des lieux en état d’arrestation.
Chet Singh ne résista pas. Il proposa de céder ses terres, ses forteresses, son trésor et même sa propre vie, mais demanda que la garde soit retirée. Pour un souverain héréditaire, être emprisonné sous les yeux de ses sujets signifiait perdre son honneur et, avec lui, la capacité de percevoir les paiements et de commander des hommes. Hastings renforça la garde.
Des partisans du raja commencèrent à se rassembler autour du palais. Chet Singh tenta au moins deux fois de les apaiser. Le récit ultérieur d’une révolte préparée ici à l’avance est donc trop affirmatif : les historiens discutent encore pour savoir si le raja dirigea la première attaque. Une autre chose est établie. La foule fit irruption dans la cour, et deux compagnies de cipayes, des soldats indiens au service de la Compagnie, se retrouvèrent sans munitions. Presque toute la garde, avec les officiers britanniques, fut massacrée.
Dans cette confusion, Chet Singh atteignit la muraille au-dessus du fleuve, descendit le long des turbans liés entre eux et traversa vers l’autre rive. Déjà depuis sa cachette, il envoya à Hastings une lettre assurant sa soumission. Le gouverneur général refusa de répondre, puis s’enfuit lui-même de Bénarès vers la forteresse de Chunar.
Son salut ne rendit pas ses possessions à Chet Singh. La Compagnie envoya des renforts, défit les forces réunies par ses partisans et plaça son neveu sur le trône, en augmentant presque du double le paiement annuel. Chet Singh se retira à Gwalior et y vécut en exil jusqu’à sa mort en mille huit cent dix. Hastings revint à Bénarès ; plus tard, l’arrestation du raja devint l’un des chefs d’accusation de son long procès en Grande-Bretagne, qui se termina par un acquittement.
Le palais et le ghat restèrent aux mains des Britanniques. En mille huit cent quatre-vingt-quinze, Prabhu Narayan Singh, descendant des rajahs de Bénarès, rendit la résidence à la famille, et cette partie de la rive prit durablement le nom de Chet Singh. Aujourd’hui, on descend de nouveau les marches vers le Gange pour les ablutions ; au-dessus se dressent les murs rouges du palais, des portes monumentales et des pavillons d’angle sous des coupoles octogonales.
L’endroit exact où la corde de turbans fut attachée n’est pas signalé. Le lien spatial lui-même demeure : la terrasse du palais au-dessus du Gange, la muraille, le ghat au pied de la muraille et les bateaux en contrebas. Chet Singh perdit Bénarès pour toujours en s’échappant d’ici vers le fleuve ; son nom revint sur ces marches avant que le palais ne revienne à sa famille.
Sur place
Ghat public, généralement accessible toute la journée ; certaines marches et plateformes peuvent être temporairement occupées par des activités locales et le commerce.
Vérifié : 17 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.L’essentiel est bien visible depuis l’extérieur, depuis les marches ou depuis le fleuve. Ne prenez pas un passage ouvert pour une invitation à pénétrer dans les pièces intérieures de la résidence.
