Étape 4 sur 8

Le souk El Berka et la trace des chaouachias

سوق البركة / سوق الشواشين

L’arrêt reliera l’abolition progressive de l’esclavage à la chaîne de production voisine des artisans de la chéchia.

20 min
Le souk El Berka à Tunis
Youssefbensaad · CC BY-SA 4.0; cropped/resized for app; ShareAlike applies
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À remarquer

  • Place couverte
  • Deux rangées de colonnes
  • Trois passages sous les voûtes
  • Boutiques de bijoutiers

L’histoire du lieu

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Le souk El Berka occupe une petite place couverte au croisement de quatre rues. Deux rangées de colonnes la divisent en trois passages, et les boutiques ouvrent sous les voûtes. Youssef Dey, dirigeant de Tunis, ordonna la construction de ce marché en mille six cent douze pour y vendre des personnes capturées et du butin militaire. La proximité de la résidence du dirigeant permettait aux fonctionnaires de surveiller le commerce, et au trésor d’en percevoir les taxes.

Au centre se dressait une estrade de bois. Le vendredi, des vendeurs et des scribes, qui formalisaient les transactions, s’asseyaient à côté. Le crieur du marché faisait monter sur l’estrade des personnes réduites en esclavage et poursuivait les enchères jusqu’à entendre le prix le plus élevé. Les acheteurs examinaient les dents, la langue, les mains et les pieds. En mille huit cent quarante et un, on y vendait de vingt à trente personnes en une journée de marché, principalement des femmes. Après la dernière enchère, le vendeur recevait l’argent, le trésor la taxe, et la personne vendue partait dans la maison de son nouveau maître.

L’origine du nom « Berka » s’explique de différentes façons. On le rattache aussi bien à l’estrade de bois qu’aux chameaux que l’on forçait à s’agenouiller après avoir livré les captifs. L’estrade elle-même a disparu : aucune des interprétations ne peut donc plus être vérifiée sur place à partir de cet objet.

Ahmed Bey, dirigeant de la Régence de Tunis, décida de mettre fin progressivement au commerce des êtres humains : une abolition brutale touchait les biens des familles aisées et les normes dont les juges se servaient depuis de nombreuses générations. Le six septembre mille huit cent quarante et un, il interdit la vente de personnes réduites en esclavage sur les marchés et ordonna de démolir à El Berka les boutiques où elles attendaient les enchères. Les ventes aux enchères du vendredi cessèrent, mais les personnes qui se trouvaient déjà dans les maisons d’autrui n’avaient pas encore obtenu leur liberté.

En décembre mille huit cent quarante-deux, Ahmed Bey proclama libres les enfants nés dans la Régence après son décret. Il demanda ensuite l’avis de juristes musulmans : il devait justifier l’affranchissement de ceux que les maîtres considéraient comme des biens acquis légalement. Le vingt-trois janvier mille huit cent quarante-six, le bey ordonna de libérer tous ceux qui restaient esclaves. Dans plusieurs zaouïas tunisiennes — des établissements religieux —, des fonctionnaires délivraient aux personnes cherchant protection des documents d’affranchissement, que le dirigeant lui-même validait ensuite. En dehors de la capitale, on résista encore longtemps à l’ordre, mais à El Berka, on ne pouvait déjà plus vendre des personnes ouvertement.

Après la fermeture du marché aux esclaves, les bijoutiers occupèrent les boutiques. L’estrade de bois et les pièces où attendaient les personnes destinées à être vendues n’existent plus. La place elle-même, avec ses colonnes et ses voûtes, a subsisté ; on y vend désormais des bijoux en or et en argent, y compris aux enchères.

Les passages voisins mènent au souk Ech-Chaouachine. Les chaouachias étaient les artisans de la chéchia, une coiffe rouge en feutre. Au début du dix-septième siècle, les Morisques, descendants baptisés de musulmans espagnols expulsés d’Espagne, donnèrent un nouvel essor à cet artisanat. Ils avaient perdu leurs maisons et leurs biens, mais en Tunisie, ils rétablirent leurs ateliers. La production devint l’une des principales activités du pays et, en mille six cent quatre-vingt-onze — mille six cent quatre-vingt-douze, Mohammed Bey ordonna la construction de trois marchés distincts pour les artisans près du palais. Dans la liste des propriétaires de boutiques de mille sept cent quarante-huit, plus de neuf dixièmes étaient des familles d’origine morisque.

La chéchia n’était pas fabriquée dans une seule boutique : on la tricotait à Ariana, on la cousait à Bab Souika, on la lavait et la foulait près du barrage d’El Battan, on la teignait à Zaghouan. Dans les ateliers des chaouachias, on donnait à l’ébauche sa forme définitive et on achevait la finition de la surface. De cette chaîne, il ne reste dans les rues voisines que le nom de la corporation professionnelle. À El Berka, il n’y a plus d’estrade, mais juste à côté existe toujours un marché nommé d’après les artisans des chéchias rouges, ces bonnets de feutre.

Sur place

Temps sur place20 min
Point suivantDar El Bey
Entréeaccès libre

Le passage par le marché et les rues voisines est généralement possible le jour ; les horaires des boutiques et des ateliers sont individuels, et pour certaines vitrines, leur fonction historique ne se lit déjà plus que dans le tissu des rues.

Vérifié : 17 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.

C’est un marché en activité et un lieu à l’histoire douloureuse : observez les détails sans gêner le commerce et sans faire du récit de l’esclavage un décor spectaculaire.

Étape suivante

Où aller ensuite ?

Montez depuis le marché jusqu’au Palais du Gouvernement.

Étape 4 sur 8Ensuite : Dar El Bey

Itinéraire terminé

Promenade terminée

« Médina de Tunis : marchés, palais et pouvoir » — 8 étapes, environ 1,8 km, 2,5–3,5 heures.

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