Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Arche extérieure
- Socles de pierre au-dessus de l’arche
- Rainures de la herse levante
- Cour intérieure du passage
L’histoire du lieu
Il n’y a jamais eu d’or ici : la Porte dorée n’a reçu ce nom qu’au seizième siècle, sous l’influence vénitienne. À l’époque romaine, ce passage nord menait à la route de Salone, capitale de la Dalmatie ; au Moyen Âge, on l’appelait la Porte romaine. Les portes extérieures donnaient accès à une cour fermée, derrière laquelle se dressait un second dispositif défensif, et les gardes pouvaient abaisser une herse depuis le haut. Deux tours octogonales protégeaient les côtés du passage, et quatre socles de pierre subsistent au-dessus de l’arche, vestiges d’un projet qui n’a peut-être jamais pris forme en statues.
Le premier juin de l’an trois cent cinq, Dioclétien passa par cette porte : c’était un empereur romain qui, un mois plus tôt, avait volontairement abdiqué. Avant lui, les empereurs quittaient généralement cette charge après un assassinat, une défaite ou leur mort. Dioclétien abdiqua de son vivant et selon une procédure annoncée à l’avance.
Il préparait cette succession depuis de nombreuses années. L’Empire était gouverné par quatre hommes : deux empereurs aînés et deux coempereurs plus jeunes, que les deux aînés avaient désignés pour leur succéder. Cet ordre fut plus tard appelé la tétrarchie, le gouvernement des quatre. Dioclétien comptait que les aînés se retireraient un jour, que les plus jeunes prendraient leur place et que de nouveaux successeurs seraient choisis pour les remplacer. Les fils biologiques des dirigeants ne bénéficiaient d’aucun avantage.
Le palais de Dioclétien à Split fut construit précisément pour la retraite de Dioclétien. La Porte dorée fait face à la route de Salone, capitale de la Dalmatie romaine et terre natale de l’empereur, près de l’actuelle Solin. C’était l’entrée terrestre principale : les portes extérieures laissaient entrer l’arrivant dans une cour fermée, devant lui se trouvaient de secondes portes, et les gardes, d’en haut, pouvaient abaisser une herse. Deux tours octogonales se dressaient de part et d’autre. Par une telle entrée, Dioclétien arrivait non dans un refuge provisoire, mais dans une résidence conçue pour un homme qui avait conservé les honneurs impériaux, bien qu’il ne commandât plus les armées ni les fonctionnaires.
Le premier mai, dans la lointaine Nicomédie, il rassembla des militaires, annonça qu’il était malade et fatigué, désigna les nouveaux dirigeants, descendit de l’estrade et monta dans une voiture. Ce même jour, Maximien, son coempereur d’Occident, renonça lui aussi au titre impérial. Un mois plus tard, Dioclétien entra ici dans sa nouvelle vie.
L’épreuve de son ordre commença presque aussitôt. L’un des nouveaux empereurs aînés mourut, et les soldats proclamèrent son fils Constantin, bien que Dioclétien eût destiné cette place à un autre. À Rome, Maxence, fils de Maximien retiré du pouvoir, se proclama empereur. Maximien revint pour soutenir son fils et revêtit de nouveau la pourpre impériale. Au lieu de quatre dirigeants choisis à l’avance apparurent des rivaux avec des armées et des revendications de parenté.
Dioclétien fut appelé de Split à une réunion d’anciens coempereurs. Il contribua à contraindre Maximien à abdiquer une seconde fois, mais refusa lui-même de revenir au pouvoir. Un auteur romain tardif lui attribua cette réponse : si ses interlocuteurs voyaient les légumes qu’il avait cultivés de ses mains à Salone, ils ne le presseraient pas de redevenir empereur. C’est un récit travaillé littérairement, consigné des décennies plus tard, et non le compte rendu d’une conversation. Le choix même de Dioclétien est confirmé par son acte : il ne reprit plus jamais le titre et revint dans ce palais.
Maximien ne parvint pas à rester à la retraite. Il tenta d’enlever son titre à Constantin, perdit et fut contraint de mourir. Maxence mourut dans une guerre contre ce même Constantin. Constantin finit par devenir le seul empereur. Dioclétien ne vécut pas jusque-là : il passa ses dernières années ici, derrière les portes par lesquelles il était entré après son abdication.
Les Romains appelaient ce passage la Porte nord ; au Moyen Âge, la Porte romaine. Le nom de « Porte dorée » n’apparut qu’au seizième siècle, sous l’influence vénitienne ; il n’y eut ici aucun décor doré. Au-dessus de l’arche subsistent quatre socles de pierre, que l’on associe à des représentations projetées des quatre dirigeants. Les restaurateurs n’ont trouvé aucune trace de fixation pour des statues ; on ignore donc si elles furent jamais installées.
Sur place
Accessible en continu comme partie intégrante d’une rue urbaine.
Vérifié : 24 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Observez la façade depuis l’extérieur, depuis la statue de Grégoire de Nin : dans l’ouverture même, l’espace est étroit et des gens passent constamment. Ne vous attardez pas au milieu du passage.
