Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Maison n° 62
- Rangée d’étroites maisons de commerce
- Plaque de rue « Bussorah Street »
- Mosquée du Sultan au bout de la rue
L’histoire du lieu
Dans la maison numéro soixante-deux de Bussorah Street, un futur pèlerin pouvait arriver avec vingt proches. Ils venaient l’accompagner à son départ pour La Mecque, et le propriétaire devait loger toute la famille, la nourrir, louer un autobus et faire monter le pèlerin lui-même à bord d’un navire.
C’est ce que racontait Alidja binti Abdul Latiff, ancienne habitante de la maison. Son grand-père était un cheikh du hadj, un organisateur local du pèlerinage à qui l’on confiait à la fois la préparation des rites et l’organisation du voyage. Pour un forfait complet, il demandait, selon les souvenirs d’Alidja, trois cents dollars. Lorsque la saison du hadj se terminait, il louait les chambres libres à des arrivants du Pakistan et d’Afrique du Sud, parfois à des réfugiés. Cette étroite maison de commerce était à la fois un logement familial, une auberge et un bureau.
C’est la route maritime qui amena les clients ici. Les musulmans de Java et d’autres îles de l’actuelle Indonésie se heurtaient aux restrictions de l’administration coloniale néerlandaise et commençaient leur pèlerinage par Singapour. Des gens de Bornéo, de Malaisie, de Thaïlande et des Philippines arrivaient également ici. La rue menait à la Mosquée du Sultan et, à son autre extrémité, au rivage d’alors près de Beach Road, d’où l’on pouvait rejoindre un navire.
Il restait habituellement une dizaine de jours avant le départ. Les cheikhs du hadj expliquaient l’ordre des rites, les intermédiaires achetaient les billets, les changeurs délivraient la monnaie nécessaire, et les commerçants vendaient des couvertures, des foulards et des ceintures munies d’une poche pour l’argent. Une erreur d’intermédiaire pouvait laisser quelqu’un à Djeddah sans billet de retour ; de tels cas sont connus. Le pèlerin lui confiait ses économies et un voyage qui durait plusieurs semaines à l’aller.
Avant le départ, les familles se réunissaient dans cette rue, des prières étaient récitées dans la mosquée, puis les pèlerins étaient conduits au navire. Ceux qui revenaient empruntaient le même chemin. À la fin du dix-neuvième siècle, jusqu’à dix mille personnes passaient chaque année par Singapour, et les habitants appelaient ce tronçon Kampong Kaji — le Village des pèlerins. « Kaji » est la prononciation javanaise du mot « hadji ».
Le nom officiel apparut en mille neuf cent dix : l’ancienne Sultan Road fut rebaptisée Bussorah Street, d’après le nom anglais alors employé pour Bassora, en Irak. Après mille neuf cent soixante-quinze, les pèlerins prirent l’avion et cessèrent d’attendre ici les navires. La maison numéro soixante-deux a été conservée parmi les anciennes maisons de commerce. La plaque de rue porte l’inscription « Bussorah Street », et les anciens habitants appellent encore cette partie de la rue Kampong Kaji.
Sur place
Rue piétonne ouverte. Les cafés, restaurants, librairies et commerces suivent des horaires propres à chacun.
Vérifié : 1 juillet 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est une rue piétonne et de restauration en activité ; écoutez le récit sans encombrer le passage ni les entrées.
