Étape 6 sur 7

City Lights et Jack Kerouac Alley

City Lights Booksellers / Jack Kerouac Alley

Une controverse autour d’un petit livre fera passer l’itinéraire de la lutte pour les terrains de la ville à la liberté de la presse.

10 min
City Lights et Jack Kerouac Alley
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Regardez d’abord autour de vous

À remarquer

  • Bâtiment triangulaire
  • Blocs de granit du pavage
  • Vers d’écrivains dans la pierre
  • Lanternes du passage

L’histoire du lieu

Taille du texte

Le court passage entre la librairie et le bar s’appelait autrefois Adler Place et servait de voie de circulation : les camions y entraient et y laissaient des déchets. Après la fermeture à la circulation, le passage fut pavé de blocs de granit, on y installa des lanternes et le mur de la librairie devint l’une de ses limites. Dans la pierre sous vos pieds, on peut lire des vers d’écrivains : près de la sortie vers North Beach, certaines voix ont été choisies, et plus près de Grant Avenue, des auteurs chinois. Le passage porte aujourd’hui ce nom en mémoire de Jack Kerouac, qui allait d’une porte voisine à l’autre.

Dans le bâtiment triangulaire près de Columbus Avenue, on vend des livres, on publie ses propres éditions et on organise des lectures littéraires. Le nom « City Lights » est apparu avant la librairie : le professeur de sociologie Peter Martin publiait une revue nommée d’après le film de Charlie Chaplin Les Lumières de la ville. En mille neuf cent cinquante-trois, Martin accrochait ici une enseigne « Librairie de livres de poche » lorsque le poète Lawrence Ferlinghetti passa devant. Ils investirent chacun cinq cents dollars et ouvrirent la première librairie du pays à ne vendre que des éditions de poche bon marché.

Deux ans plus tard, Martin vendit sa part. Ferlinghetti resta propriétaire et créa dans la librairie une petite maison d’édition destinée aux auteurs refusés par les grandes maisons. Le gérant Shigeyoshi « Shig » Murao s’occupait du comptoir et des commandes de livres. Lui aussi avait investi ses propres cinq cents dollars dans l’affaire : la librairie était pour lui à la fois un travail, un capital et un cercle d’amis.

À l’automne mille neuf cent cinquante-cinq, Ferlinghetti entendit le jeune poète Allen Ginsberg lire Howl, un long poème sur les dépressions nerveuses, les drogues et le sexe, y compris l’amour entre hommes. Ferlinghetti proposa de publier le manuscrit. Il comprenait le risque à l’avance et, avant même l’impression, conclut un accord avec l’American Civil Liberties Union (ACLU) : ses juristes prendraient l’affaire en charge si des poursuites commençaient.

Howl et autres poèmes parut sous la forme d’un petit livre dans la série « Pocket Poets ». Au printemps mille neuf cent cinquante-sept, les douaniers retinrent cinq cent vingt exemplaires d’un nouveau tirage imprimé en Angleterre, le considérant comme une publication obscène. Ferlinghetti commanda encore deux mille cinq cents exemplaires aux États-Unis, et le livre reparut sur les rayons de City Lights.

À la fin du mois de mai, deux inspecteurs de la police des mineurs vinrent ici sans uniforme. Murao leur vendit un exemplaire. Le trois juin, les policiers revinrent avec un mandat, arrêtèrent le gérant dans la librairie même et l’emmenèrent au palais de justice municipal. Ferlinghetti se trouvait hors de la ville ; à son retour, il se présenta lui-même à la police. Chacun risquait six mois de prison et une amende de cinq cents dollars, soit exactement la somme que Murao avait investie dans la librairie.

Les poursuites contre Murao furent abandonnées : les procureurs ne purent prouver que le vendeur avait lu le livre et diffusait sciemment un texte obscène. Le procès de Ferlinghetti se poursuivit. Le trois octobre, le juge Clayton Horn déclara l’éditeur non coupable : le poème avait une importance littéraire et sociale ; ses mots crus et ses scènes explicites ne le rendaient donc pas criminel en eux-mêmes.

L’année suivante, plus de vingt mille exemplaires de Howl avaient déjà été imprimés. Ginsberg acquit une grande notoriété, Ferlinghetti conserva la maison d’édition, et City Lights, d’une petite librairie, devint un centre renommé de littérature indépendante. En deux mille un, la ville attribua à ce bâtiment le statut de monument numéro deux cent vingt-huit ; parmi les raisons officiellement citées figurait la défense de la liberté de la presse.

Le court passage le long du mur de la librairie s’appelait autrefois Adler Place. Jack Kerouac, romancier de la Beat Generation et auteur de Sur la route, fréquentait dans les années cinquante aussi bien City Lights que le Vesuvio Cafe, de l’autre côté du passage. En mille neuf cent quatre-vingt-huit, Ferlinghetti convainquit le conseil municipal de donner au passage le nom de Kerouac.

Une nouvelle enseigne ne suffisait pas : les camions continuaient à y passer et à y laisser des déchets. Ce n’est que dix-neuf ans plus tard que les employés de City Lights, avec le programme d’amélioration des ruelles de Chinatown, obtinrent la fermeture à la circulation. On y posa des blocs de granit, installa des lanternes et incrusta dans la pierre des vers d’écrivains. Du côté de North Beach figurent parmi eux des mots de Kerouac, et plus près de Grant Avenue, des vers d’auteurs chinois. Le passage reçut ce nom parce que Kerouac allait d’une porte voisine à l’autre ; il ne devint piétonnier qu’en deux mille sept.

Sur place

Temps sur place10 min
Point suivantDragon Gate et les premiers pâtés de maisons de Grant Avenue
Entréesur place

Observez d’abord la façade et le passage depuis l’extérieur ; prévoyez séparément la visite de la librairie et d’éventuels événements à l’intérieur. Ne restez pas en groupe en travers du passage étroit.

Étape suivante

Où aller ensuite ?

Sortez par le passage piétonnier sur Grant Avenue et marchez vers les portes vertes.

Étape 6 sur 7Ensuite : Dragon Gate et les premiers pâtés de maisons de Grant Avenue

Itinéraire terminé

Promenade terminée

« San Francisco : le front de baie, Telegraph Hill et Chinatown » — 7 étapes, 4.6 km, 3 h 30 min.

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