Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le verre dans le pavage
- L’ossature métallique noire d’un livre ouvert
- Le mur ouest de la Nouvelle Résidence
- La fontaine
L’histoire du lieu
Dans le pavage, contre le mur ouest de la Nouvelle Résidence, une plaque de verre est incrustée. Sous celle-ci repose l’ossature métallique noire d’un livre ouvert : un monument à l’autodafé de livres organisé sur la Residenzplatz le trente avril mille neuf cent trente-huit.
Le nom de la place renvoie aux bâtiments qui la bordent. Les princes-archevêques vivaient dans l’Ancienne Résidence : ils gouvernaient le Land de Salzbourg tout en dirigeant l’Église locale. En face se dresse la Nouvelle Résidence. À la fin du seizième siècle, le prince-archevêque Wolf Dietrich von Raitenau décida d’aménager entre ses palais et la cathédrale une vaste cour d’apparat sur le modèle italien. Sur son ordre, cinquante-cinq bâtiments médiévaux furent démolis, l’ancien cimetière de la cathédrale fut fermé et l’espace devant les résidences fut dégagé. C’est ainsi qu’apparut une place conçue pour les cérémonies nombreuses. Elle conserve ce rôle : on y organise des foires, des concerts et de grandes fêtes urbaines.
Quelques semaines après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, Karl Springenschmid, chef du service scolaire de Salzbourg et de la Ligue nationale-socialiste des enseignants, choisit précisément la Residenzplatz pour une répression publique contre les livres. Il cherchait à éliminer des écoles, des bibliothèques et du commerce du livre les auteurs que le nouveau régime avait déclarés hostiles. La place centrale, près de la cathédrale, permettait de transformer la confiscation de la littérature en spectacle pour toute la ville.
Un appel aux habitants fut publié dans le journal : les livres d’auteurs juifs devaient être sélectionnés et remis. La liste comptait cinquante noms. Des membres des Jeunesses hitlériennes rassemblèrent environ mille deux cents volumes dans des bibliothèques, des librairies et des maisons privées. Le bûcher fut dressé au nord de la fontaine, près de l’église Saint-Michel.
Springenschmid prononça un discours, après lequel les livres commencèrent à être jetés au feu. Les participants furent choisis selon leurs rôles : deux écoliers, deux membres des Jeunesses hitlériennes, un ouvrier, un paysan, un musicien, un soldat, des représentants des SA et des SS. Chacun accompagnait son propre jet d’une phrase préparée. Les organisateurs voulaient faire passer une action du parti pour la décision de toutes les couches de la société urbaine.
Stefan Zweig fut nommé séparément : cet écrivain issu d’une famille juive avait vécu quinze ans à Salzbourg et gagnait sa vie par son travail littéraire. Il avait alors déjà quitté l’Autriche et tentait de continuer à être publié à l’étranger. Sur la Residenzplatz, son livre fut lancé sur le bûcher avec une formule particulière de condamnation. Le même jour, à la Bibliothèque nationale autrichienne, l’un de ses volumes fut retiré du dépôt général et remplacé par une fiche en carton portant le tampon « fermé ». L’exemplaire était conservé pour les besoins de service du régime et n’était plus délivré aux lecteurs. L’interdiction priva Zweig du marché germanophone, et il conclut de nouveaux contrats avec des éditeurs étrangers.
Après la chute du régime nazi, Springenschmid se cacha pendant plusieurs années. En mille neuf cent quarante-six, ses propres écrits furent inscrits sur la liste autrichienne des ouvrages nazis interdits. L’instruction judiciaire fut abandonnée et, à partir de mille neuf cent cinquante-trois, il put à nouveau publier.
Le bûcher se trouvait près de l’église Saint-Michel ; aucun signe distinct n’a été conservé à cet endroit. Le monument fut déplacé contre le mur ouest de la Nouvelle Résidence : sous le verre demeure une reliure métallique sans pages.
Sur place
La place municipale est toujours accessible, mais elle peut être occupée par des foires, des concerts, le marché de Noël et d’autres événements.
Vérifié : 27 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La visite se déroule entièrement à l’extérieur. Si le centre est occupé par une scène ou un montage, restez au bord de la place : la fontaine et les proportions entre les façades se lisent aussi depuis là.
