Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Quatre escaliers de granit
- Pavillon octogonal
- Arcs entrecroisés
- Corps de bâtiment réunis du Village chinois
L’histoire du lieu
Le pont de la Croix se compose de deux hautes passerelles jetées l’une par-dessus l’autre. Quatre escaliers de granit convergent vers un pavillon octogonal et forment une croix vue en plan — d’où son nom. En mille sept cent soixante-seize, Catherine II ordonna à l’architecte Vassili Neïolov de construire ici « un pavillon chinois sur des arcs, avec quatre accès ». Neïolov prit pour modèle un album anglais de fantaisies européennes sur l’architecture chinoise. De véritables maîtres chinois ne participèrent pas à ce travail.
Derrière le pont, l’impératrice projetait d’aménager tout un Village chinois : des maisonnettes, des portes et une tour à plusieurs étages. Elle n’eut pas le temps d’achever son projet. Parmi les maisons prévues, dix furent entièrement construites, tandis que la tour resta inachevée. Sous Alexandre Ier, l’architecte Vassili Stassov réunit les maisonnettes deux par deux et les transforma en appartements d’État pour les courtisans et les invités impériaux. Ainsi, le village décoratif reçut une fonction que Catherine n’avait pas prévue pour lui.
Au printemps de mille huit cent vingt-deux, Alexandre Ier attribua les maisons numéros cinq et six à Nikolaï Karamzine, l’historiographe d’État qui voulait mener à son terme l’« Histoire de l’État russe » en plusieurs volumes. Dès mille huit cent trois, l’empereur lui avait accordé une pension annuelle de deux mille roubles. Cet argent permit à Karamzine d’abandonner les revues et la prose littéraire pour se consacrer à une seule œuvre immense. Son protecteur lui fournissait désormais aussi un logement près de sa résidence.
La famille occupait les deux maisonnettes du printemps à la fin de l’automne. Ivan Dmitriev, ami de Karamzine, y observa une discipline rigoureuse. Après sa promenade matinale, l’historien prenait le café avec les siens, se retirait dans son cabinet et ne revenait que vers quatre heures, directement pour le dîner. Dans le cabinet se trouvait un bureau d’État recouvert de cuir noir ; les autres objets figuraient sur un inventaire accroché près de la porte. Même un chauffeur de cour était prévu dans les effectifs pour les occupants : malgré des réparations constantes, il était impossible de vaincre l’humidité des maisons.
Karamzine travailla ici aux volumes consacrés à la fin du seizième et au début du dix-septième siècle. Il devait comparer des manuscrits, réécrire des chapitres et préserver en même temps l’indépendance d’un homme dont l’entretien et le logement étaient payés par le souverain. En mille huit cent vingt-quatre, les dixième et onzième volumes furent publiés. Karamzine se mit ensuite au douzième. À l’automne de mille huit cent vingt-cinq, il travaillait encore au Village chinois et écrivait à un ami que le travail lui apportait de nouveau de la joie. En novembre, la famille partit pour Saint-Pétersbourg. Six mois plus tard, Karamzine mourut, laissant le dernier volume inachevé ; ses amis préparèrent ses brouillons pour une publication posthume.
Plus tard, les maisonnettes du Village chinois furent de nouveau remaniées et réunies en longs corps de bâtiment. Il est désormais impossible de distinguer les maisons séparées numéros cinq et six. La croix formée par les quatre escaliers est conservée et, derrière elle, se dressent les murs à l’intérieur desquels Karamzine achevait les derniers volumes terminés de son « Histoire ».
Sur place
Le parc Alexandre est ouvert tous les jours, l’entrée est libre. Le pont de la Croix se visite de l’extérieur ; le Village chinois est utilisé comme complexe d’hébergement et résidentiel.
Vérifié : 24 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Le village ne nécessite pas d’entrer dans les maisons : observez l’ensemble comme un espace résidentiel et respectez les restrictions d’accès aux bâtiments utilisés.
