Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La figure au capuchon monastique
- Le livre fermé dans les mains croisées
- Le piédestal de granit avec des portraits et des scènes
- Le bassin de pierre de la fontaine au bord de la place
L’histoire du lieu
Les matins des jours ouvrables et du samedi, les marchands occupent le Campo de' Fiori. Parmi les légumes, les fruits et les fleurs, on trouve désormais beaucoup d’épices séchées, de produits emballés et de souvenirs destinés aux visiteurs. Après la fermeture du marché, les étals sont emportés et les bars et restaurants des abords de la place accueillent les visiteurs. Cette organisation est relativement récente : le marché a été transféré ici depuis la Piazza Navona en mille huit cent soixante-neuf.
Le nom est bien plus ancien. Campo de' Fiori signifie « champ de fleurs ». Jusqu’au quinzième siècle, il y avait réellement ici un pré et des potagers. Une légende associe ce nom à Flore, l’amante du général Pompée, mais les historiens jugent cette version peu fiable. Lorsque le pape Calixte III entreprit d’aménager le quartier, l’espace fut pavé. Des auberges, des ateliers et des boutiques apparurent tout autour. On ne construisit jamais d’église sur la place. On y vendait des chevaux, on y donnait des spectacles et on y exécutait publiquement les sentences du tribunal pontifical.
En mille cinq cent quatre-vingt-dix, l’architecte Giacomo della Porta installa au centre un bassin de pierre pour une fontaine. Dix ans plus tard, un bûcher fut dressé près de lui pour Giordano Bruno.
Bruno était un ancien moine dominicain et un philosophe itinérant. Il n’avait pas de chaire fixe : il vivait de conférences, de l’édition de livres et des leçons qu’il donnait à de riches protecteurs. En mille cinq cent quatre-vingt-onze, le noble vénitien Giovanni Mocenigo l’invita chez lui. Mocenigo voulait apprendre l’art de la mémoire élaboré par Bruno, un système d’images qui permettait de retenir et de relier de grandes quantités de connaissances.
Les idées du professeur inquiétèrent son hôte. Lorsque Bruno se prépara à partir, Mocenigo remit ses papiers à l’Inquisition vénitienne et rédigea plusieurs dénonciations. Le philosophe fut arrêté, puis livré à Rome à la demande du Saint-Siège romain. Une leçon de mnémotechnique conduisit Bruno en prison, dont il ne sortit que sept ans plus tard, pour cette place.
Les juges de l’Inquisition romaine cherchaient à lui faire abjurer les propositions reconnues comme hérétiques. Bruno répondit d’abord avec des réserves et remit des explications écrites, mais, à la fin de mille cinq cent quatre-vingt-dix-neuf, il déclara n’avoir rien à abjurer. La liste complète des huit propositions qui lui furent soumises par le tribunal est perdue. Les documents conservés évoquent à la fois des dogmes chrétiens — la Trinité, la nature du Christ, l’eucharistie — et l’éternité du monde, la transmigration des âmes, la pluralité des mondes. La formule habituelle « Bruno a été brûlé pour la doctrine de Copernic » est donc trop commode : elle remplace un long procès théologique par une seule idée cosmologique.
Le vingt janvier mille six cents, le pape Clément VIII, qui présidait la séance, ordonna de remettre Bruno au tribunal séculier comme hérétique impénitent. Ses écrits furent inscrits sur la liste des livres interdits. Le dix-sept février, le condamné fut conduit au Campo de' Fiori, déshabillé, attaché à un poteau et brûlé vif. Au centre du quartier commercial de la Rome pontificale, la sentence fut exécutée afin que le public la voie.
Près de trois siècles plus tard, des étudiants romains décidèrent de ramener Bruno sur le lieu de son exécution. Depuis mille huit cent soixante-seize, deux comités universitaires recueillaient de l’argent pour un monument ; des savants et des écrivains de différents pays se joignirent à la collecte. Le sculpteur Ettore Ferrari représenta d’abord Bruno devant les inquisiteurs, la main levée, comme s’il poursuivait la dispute. La commission municipale rejeta cette version. Ferrari supprima alors le geste et créa une autre figure : un homme au capuchon monastique se replie sur lui-même, croise les bras sur un livre fermé et regarde droit devant lui.
Il fallut arracher l’emplacement de la statue aux opposants municipaux du projet. L’autorisation fut obtenue après de longues années de conflit et, le neuf juin mille huit cent quatre-vingt-neuf, le Bruno de bronze fut inauguré précisément là où se trouvait le bûcher. Huit portraits d’autres libres penseurs et trois scènes de sa vie furent placés sur le piédestal de granit.
Pour le monument, on démonta la fontaine de della Porta qui se trouvait ici le jour de l’exécution. L’ancien bassin fut plus tard emporté sur une autre place, et la fontaine actuelle, au bord du Campo de' Fiori, en reprend la disposition. Les rangées de marchands entourent désormais Bruno. Les juges avaient ordonné de brûler ses écrits ; Ferrari lui a laissé un livre fermé dans ses mains de bronze.
Sur place
La place est ouverte en permanence ; les étals du marché fonctionnent traditionnellement le matin, du lundi au samedi.
Vérifié : 29 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ne gênez pas les marchands et observez le monument depuis le bord du flux du marché ; l’ancienne fontaine centrale se trouve désormais ailleurs.
