Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Groupe de marbre mutilé
- Tête brisée de la figure masculine
- Piédestal de pierre
- Angle du palais Braschi
L’histoire du lieu
À l’angle du palais Braschi, un groupe de marbre fortement endommagé se dresse sur un piédestal de pierre. Autrefois, le palais Orsini se trouvait ici, et le propriétaire de la résidence plaça la statue découverte juste à l’angle de la maison. Peu à peu, cet angle devint le lieu où les habitants apportaient des poèmes et les laissaient près du piédestal.
De la scène antique, il ne reste que son centre : le roi grec Ménélas tient le guerrier mort Patrocle. La tête de Ménélas est brisée, et il ne reste presque plus rien de ses bras ni de ses jambes. Ce marbre ornait probablement autrefois le stade de Domitien, l’édifice à l’emplacement duquel se trouve l’actuelle Piazza Navona.
En mille cinq cent un, le fragment fut découvert lors de fouilles. Le cardinal Oliviero Carafa, qui vivait ici, au palais Orsini, ordonna de placer la trouvaille à l’angle de sa résidence. Carafa institua ensuite une fête annuelle : le vingt-cinq avril, on habillait la statue en héros ou en divinité, et des poètes invités fixaient autour d’elle des épigrammes latines. On les recueillait et les imprimait dans de petits livrets séparés. C’est ainsi que cet angle précis devint un lieu habituel pour les poèmes publics.
On ignore qui donna à la statue le nom de Pasquino. Des traditions tardives évoquent tantôt un tailleur mordant, tantôt un barbier, un aubergiste ou un instituteur vivant à proximité. Les documents ne permettent de reconnaître aucun d’eux comme le véritable Pasquino. Une autre chose est certaine : le surnom du marbre passa à la place, puis aux feuillets qu’on y laissait.
À la fin de l’année mille cinq cent vingt et un, le pape Léon X mourut, et les cardinaux se réunirent pour élire son successeur. Giulio de' Medici était l’un des prétendants : ce cardinal voulait accéder au trône pontifical. Pietro Aretino, satiriste de cour sans position stable, comptait sur lui : ses revenus et son accès à la cour dépendaient de protecteurs.
Pendant le conclave, Aretino utilisa cette tribune de rue déjà prête. Des vers de lui contre les rivaux de Medici apparurent sur Pasquino. Le divertissement érudit de Carafa devint une campagne ouverte : on lisait ici les textes mordants, on les copiait et on les transmettait plus loin, tandis que l’auteur parlait au nom de la statue mutilée.
La campagne ne servit à rien. Adrien VI fut élu pape. Aretino poursuivit ses moqueries et, avant même l’arrivée du nouveau pontife, jugea préférable de quitter Rome avec Giulio de' Medici. Deux ans plus tard, Medici accéda tout de même au trône pontifical sous le nom de Clément VII. Aretino revint, et son ancien soutien lui valut la faveur du nouveau pape.
D’autres Romains continuèrent d’employer le même procédé. Ils fixaient au piédestal des vers anonymes en latin, en italien et en dialecte romain, contre les papes, les cardinaux et les citoyens en vue. D’après le nom de la statue, ces textes furent appelés des pasquinades.
Le palais Orsini, près duquel Carafa avait placé le marbre, fut démoli plus tard ; le palais Braschi se dresse aujourd’hui ici. Pasquino est resté à l’angle choisi par le cardinal. Il ne reste rien sur le piédestal des feuillets du conclave de mille cinq cent vingt et un, mais la place porte toujours le surnom de la statue.
Sur place
La statue se trouve dans la rue et est accessible à toute heure ; les messages sur papier apparaissent de manière irrégulière.
Vérifié : 29 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La statue s’observe depuis la rue ; ne comptez pas sur la présence des textes fixés à un jour précis.
