Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le sarcophage de marbre
- La figure en bronze de George Washington
- L’inscription sur le sarcophage
- Les pelouses et les allées du square
L’histoire du lieu
En novembre mille neuf cent cinquante-six, des ouvriers creusèrent plusieurs profondes fosses de sondage à Washington Square. Aux passants, on répondait qu’on vérifiait le sol. En réalité, l’archéologue en chef de Pennsylvanie, John Witthoft, cherchait les restes d’un homme que l’on pourrait enterrer dans le nouveau mémorial du Tomb of the Unknown Revolutionary War Soldier. Witthoft exigea que les travaux se déroulent sans publicité : des partis rivaux gouvernaient la ville et l’État, et le permis de fouille était formulé si vaguement que les policiers arrivés sur place ordonnèrent d’abord d’arrêter tous les travaux. Ce n’est qu’après un appel de leur chef qu’ils laissèrent les archéologues revenir.
On décida de chercher précisément ici parce qu’un cimetière municipal se trouve sous les pelouses. En mille sept cent six, la Southeast Square d’alors fut réservée aux personnes qui n’avaient pas droit à une place dans le cimetière paroissial ou ne pouvaient pas la payer : les pauvres, les nouveaux arrivants, les prisonniers, les Noirs libres et réduits en esclavage. Pendant la guerre, les fossoyeurs y enterraient des soldats américains et britanniques. Après les batailles, on transportait les blessés à Philadelphie, les hôpitaux débordaient, et les maladies tuaient plus de gens que les armes. Plus de deux mille militaires des deux camps se trouvaient sous terre. Plus tard, les victimes de l’épidémie de fièvre jaune vinrent les rejoindre. En mille sept cent quatre-vingt-quatorze, les autorités municipales fermèrent le cimetière : il n’était plus possible de creuser une nouvelle tombe sans déranger une ancienne.
Les premiers corps trouvés par Witthoft appartenaient à des pauvres : au lieu de cercueils, ils étaient enveloppés dans de la toile. Puis les archéologues tombèrent sur une fosse commune. Là, parmi les restes d’un cercueil en chêne, gisait un homme d’environ vingt ans. Une trace de blessure, peut-être causée par une balle de mousquet, subsistait sur son crâne. Cela suffisait pour relier la découverte à la guerre, mais il était impossible de déterminer l’armée. Le jeune homme pouvait avoir servi dans l’armée des colonies, ou être un soldat britannique mort pendant l’occupation de Philadelphie.
Les dirigeants des entreprises locales qui avaient commandé le mémorial choisirent tout de même ces restes. En mille neuf cent cinquante-sept, ils les déposèrent dans un sarcophage de marbre et installèrent au-dessus une figure en bronze de George Washington, commandant en chef de l’armée des colonies qui cherchaient à obtenir leur indépendance de la Grande-Bretagne. La ville avait rebaptisé la Southeast Square en l’honneur de Washington dès mille huit cent vingt-cinq, alors que l’ancien cimetière était déjà transformé en parc.
Les créateurs du mémorial gravèrent sur le sarcophage qu’ici repose un soldat de l’armée de Washington, qui a donné sa vie pour la liberté. Les archéologues ne l’ont pas prouvé. Des cérémonies commémoratives ont encore lieu aujourd’hui près du sarcophage ; à l’intérieur repose le jeune homme trouvé ici, tandis que sous les allées et la pelouse subsistent les tombes anonymes des deux armées. Le Washington de bronze se tient au-dessus de l’un des morts, qui pouvait être son soldat ou son adversaire.
Sur place
On peut découvrir le parc sans entrer dans un bâtiment ; marchez sur les allées et considérez les pelouses comme le territoire de l’ancien cimetière.
