Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La façade principale de l’École militaire
- La statue équestre de Joseph Joffre
- Les grilles
- L’inscription sur le socle
L’histoire du lieu
Derrière la façade d’apparat de l’École militaire se cache une cour où, le cinq janvier mille huit cent quatre-vingt-quinze, des officiers de l’armée française devaient briser la carrière de l’un de leurs camarades. Cet emplacement fut choisi pour la cérémonie précisément parce que l’école comptait parmi les principales institutions militaires du pays. Louis le Quinzième l’avait fondée pour former cinq cents jeunes gens issus de familles nobles peu fortunées ; aujourd’hui, des officiers d’état-major y reçoivent un enseignement supérieur.
Alfred Dreyfus, capitaine d’artillerie et stagiaire à l’état-major général, était le fils d’une famille alsacienne qui, après le passage de l’Alsace à l’Allemagne, avait conservé la nationalité française. Il avait terminé l’École polytechnique, puis l’École supérieure de guerre, et comptait vivre de sa solde d’officier, élever deux enfants avec sa femme Lucie et poursuivre son service. À l’automne mille huit cent quatre-vingt-quatorze, les services de renseignement français reçurent une note trouvée dans la corbeille de l’attaché militaire allemand. Son auteur inconnu proposait de transmettre des informations sur l’artillerie française.
Les enquêteurs comparèrent l’écriture à celle d’Alfred Dreyfus. La ressemblance était douteuse, aucune autre preuve matérielle ne fut trouvée, mais cet Alsacien juif était un suspect commode pour des officiers déjà convaincus que le traître se trouvait à l’état-major général. Le ministre de la Guerre Auguste Mercier cherchait à obtenir un verdict de culpabilité et ordonna de remettre secrètement aux juges des documents qui ne furent montrés ni à Alfred Dreyfus ni à son défenseur. Le tribunal condamna le capitaine aux travaux forcés à perpétuité et le dégrada.
Dans la cour de l’École militaire, des unités de la garnison parisienne furent rangées. On coupa de l’uniforme d’Alfred Dreyfus les boutons, les bandes rouges du pantalon, les épaulettes et les galons. Puis on brisa son sabre. Alfred Dreyfus répétait qu’il était innocent, tandis que les soldats voyaient devant eux un traître déjà condamné. Après cela, Alfred Dreyfus fut conduit le long des rangs et envoyé à l’Île du Diable, au large de la Guyane française. Il y fut détenu dans l’isolement ; pendant quelque temps, on l’enchaîna à son lit la nuit. Les lettres de Lucie soutenaient sa détermination à survivre et à obtenir sa réhabilitation.
Un an plus tard, le nouveau chef du contre-espionnage, Georges Picquart, découvrit la correspondance entre l’attaché allemand et le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy. L’écriture d’Esterhazy correspondait à celle de la note provenant de l’ambassade. Georges Picquart en informa sa hiérarchie et exigea que l’erreur soit corrigée. Il fut éloigné de Paris, puis renvoyé de l’armée et emprisonné ; un tribunal militaire acquitta Ferdinand Walsin Esterhazy, après quoi celui-ci partit en Angleterre. Mais les révélations de Georges Picquart parvinrent à la famille d’Alfred Dreyfus et aux journalistes. De nouvelles procédures commencèrent. Un second tribunal militaire reconnut de nouveau Alfred Dreyfus coupable, le président le gracia, mais la grâce le libérait de sa peine sans annuler le verdict. Alfred Dreyfus continua à demander la révision du procès.
Le douze juillet mille neuf cent six, la Cour de cassation reconnut définitivement que l’accusation était sans fondement. Alfred Dreyfus fut réintégré dans l’armée avec le grade de chef d’escadron. Quelques jours plus tard, à sa propre demande, il revint à l’École militaire. Dans l’une des petites cours, on lui remit la croix de la Légion d’honneur. Son ancienneté perdue ne fut toutefois pas rétablie : des officiers qui se trouvaient auparavant au-dessous de lui avaient eu le temps de le devancer largement. En mille neuf cent sept, Alfred Dreyfus prit sa retraite ; au début de la Première Guerre mondiale, il revint dans l’artillerie et y servit jusqu’à la fin de la guerre.
Le chef militaire à cheval devant l’entrée centrale est Joseph Joffre, commandant en chef des armées françaises au début de cette guerre. Après les lourdes défaites d’août mille neuf cent quatorze, Joseph Joffre regroupa les unités en retraite et ordonna de lancer une contre-offensive générale sur la Marne. Les troupes françaises et britanniques forcèrent les armées allemandes à s’éloigner de Paris. En mille neuf cent trente-trois, l’espace devant l’École militaire reçut le nom de Joseph Joffre, et six ans plus tard, sa statue fut installée ici. Sur le socle est gravé l’ordre du six septembre mille neuf cent quatorze d’arrêter la retraite et d’attaquer.
Joseph Joffre reste à cheval, à l’extérieur. Derrière les grilles se trouvent deux cours : dans l’une, des officiers arrachèrent à Alfred Dreyfus les insignes de capitaine ; dans l’autre, onze ans plus tard, on fixa à son uniforme la croix de la Légion d’honneur.
Sur place
La place Joffre est ouverte comme espace urbain. L’École militaire est un complexe d’enseignement militaire en activité ; les visites publiques sont rares et ont généralement lieu uniquement pendant les Journées européennes du patrimoine.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Le récit est prévu pour une visite extérieure : n’essayez pas d’entrer dans l’enceinte de l’école et écoutez depuis l’espace public de la place.
