Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Pelouse ovale
- Grille de fer
- Poteaux sans leurs anciens ornements sommitaux
- Fontaine
L’histoire du lieu
À l’extrémité sud de Broadway subsiste l’ovale verdoyant d’un jardin municipal, près de l’endroit où se dressait Fort George, résidence fortifiée du gouverneur britannique. Broadway se terminait au pied de ses murs ; on venait donc ici se reposer et se rassembler pour les cérémonies municipales. La grille de fer entoure toujours la pelouse, mais ses poteaux ont perdu leurs ornements métalliques sommitaux. La fontaine, au centre, occupe l’emplacement de l’ancien piédestal.
Le petit ovale de Bowling Green est le plus ancien parc public de New York. Son nom signifie « terrain de jeu de boules ». En mille sept cent trente-trois, le Conseil municipal de New York donna cette parcelle à bail pour onze ans à trois habitants de Broadway. Le loyer était d’un grain de poivre par an : ce paiement symbolique rendait le contrat valide, tandis que les locataires nivelèrent la pelouse à leurs frais et aménagèrent des allées ainsi qu’une clôture. On faisait rouler les boules sur l’herbe vers une petite cible, à peu près comme au jeu de bocce.
L’emplacement fut choisi à l’extrémité de Broadway, juste devant Fort George. Broadway, la rue principale, aboutissait ici à la résidence fortifiée du gouverneur britannique ; l’ovale de verdure convenait donc aussi bien au repos qu’aux cérémonies publiques. En mille sept cent soixante-dix, on installa à l’emplacement de l’actuelle fontaine une statue de plomb doré représentant George Trois.
Quatre ans auparavant, le Parlement britannique avait abrogé le Stamp Act, détesté des colons. L’Assemblée générale de New York commanda le monument afin de remercier le roi et de lui confirmer sa fidélité. George Trois était représenté à cheval, revêtu de l’armure d’un empereur romain. La statue faisait face au fort : les soldats britanniques qui en sortaient voyaient le roi, tandis que les citadins descendant Broadway approchaient du cheval par-derrière.
Un an plus tard, on installa autour du monument la grille de fer qui est toujours là. Elle devait protéger la statue et empêcher l’ovale de verdure de se transformer en dépotoir. Les poteaux portaient des ornements métalliques, que les contemporains décrivaient tantôt comme des couronnes, tantôt comme des boules.
Le neuf juillet mille sept cent soixante-seize, à environ un mile d’ici, à l’emplacement de l’actuel City Hall Park, on lut la Déclaration d’indépendance des États-Unis aux soldats. Le général George Washington, commandant de l’Armée continentale des colonies insurgées, avait ordonné de lire le document à haute voix afin que les combattants comprennent que, désormais, l’issue de la guerre déterminerait le sort d’un État distinct. Des navires britanniques se rassemblaient déjà aux abords de New York, et l’on s’attendait à des attaques sous peu.
Quelques heures plus tard, une foule de soldats, de marins et de citadins descendit jusqu’à Bowling Green. Il y avait probablement parmi eux des membres des « Fils de la Liberté », mouvement clandestin opposé aux impôts britanniques et à l’administration royale des colonies. Ils apportèrent des cordes, des haches, des marteaux et des échelles. La statue fut arrachée de son piédestal, décapitée et découpée en morceaux.
Ce n’était pas un ordre de George Washington. Le lendemain, il reconnut que les participants avaient agi par zèle pour la cause commune, mais condamna ce qui s’était passé comme un désordre au sein de l’armée. Par la suite, les soldats reçurent l’ordre de laisser de telles décisions aux autorités légales. La foule ne fut pas punie, et le plomb qu’elle avait récupéré se révéla nécessaire à ces mêmes régiments : la pénurie de métal était telle qu’on en retirait déjà des châssis de fenêtres.
Les morceaux de la statue furent transportés à Litchfield, dans le Connecticut. Les habitants, parmi lesquels se trouvaient des femmes et des enfants, fondirent ces morceaux pour en faire quarante-deux mille quatre-vingt-huit balles de mousquet. Plus tard, l’analyse chimique de balles découvertes sur le champ de la bataille de Monmouth révéla une forte concordance entre leur composition et celle des fragments conservés du monument.
Le piédestal vide resta en place jusqu’en mille huit cent dix-huit. Aujourd’hui, la fontaine occupe approximativement son emplacement. Autour subsiste la grille datant de mille sept cent soixante et onze, malgré des réparations et avec des sections remises en place après la construction du métro. Les anciens ornements au sommet des poteaux ont disparu : ils furent abattus pendant la période révolutionnaire et servirent eux aussi à fabriquer des munitions. La statue pour laquelle cette grille avait été installée fut emportée d’ici dans des caisses contenant ses morceaux de plomb ; la grille resta.
Sur place
Place historique en plein air, sans billet ; il vaut mieux l’observer de jour, quand la grille, la fontaine et l’ancienne configuration du lieu sont visibles. Les conditions de passage peuvent dépendre de la gestion municipale du parc.
Vérifié : 15 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Il y a souvent beaucoup de monde près du taureau ; il est donc plus commode d’observer la grille et la place à une certaine distance. Ne bloquez pas la file des personnes qui souhaitent prendre une photo.
