Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Rangées latérales de bancs
- Croix faite d’une lourde chaîne
- Entraves et boules de fer
- Plaque dédicatoire
L’histoire du lieu
Contre le mur de l’église repose une croix assemblée à partir d’une lourde chaîne : elle retenait autrefois une bouée de navigation sur le Mississippi, et des entraves ainsi que des poids de fer sont suspendus à ses maillons. Une plaque dédicatoire se tient à côté, et derrière elle s’élève l’église, nommée en l’honneur d’Augustin d’Hippone. Le terrain appartenait aux Ursulines ; elles ne le cédèrent à la paroisse qu’à la condition qu’elle porte le nom de leur saint patron. La croix fut installée en mémoire des personnes réduites à l’esclavage, enterrées sans nom à Tremé et dans d’autres lieux du pays.
Des habitants libres de couleur de Tremé entreprirent la construction de cette église : des Créoles juridiquement libres, d’origines africaine et européenne. Beaucoup gagnaient leur vie grâce à l’artisanat et au commerce, possédaient des maisons et des ateliers, pouvaient conclure des affaires, mais n’avaient pas les mêmes droits civiques que les Blancs. En mille huit cent quarante et un, ils obtinrent de l’évêque Antoine Blanc l’autorisation de créer leur propre paroisse et versèrent de l’argent pour la construction.
Les Ursulines, propriétaires du terrain, acceptèrent de céder la terre à une condition : l’église serait nommée en l’honneur de leur saint patron, Augustin d’Hippone. Il s’agit d’Augustin d’Hippone, évêque et théologien nord-africain qui vécut à la charnière du quatrième et du cinquième siècles. Son nom fut donné à ce lieu à la demande des donatrices du terrain.
Lorsque le bâtiment fut préparé pour sa consécration en mille huit cent quarante-deux, les paroissiens commencèrent à attribuer des bancs aux familles. Une redevance était payée à l’église pour une telle place : l’argent allait à la paroisse, et la famille obtenait une place assise permanente. Les habitants blancs du quartier commencèrent à occuper les rangées centrales. Les paroissiens libres de couleur répondirent en achetant des bancs : c’est ainsi que commença la « guerre des bancs ».
Ils obtinrent la moitié des places dans la partie centrale de l’église et tous les bancs le long des bas-côtés. Les acheteurs réservèrent les rangées latérales aux personnes réduites à l’esclavage, qui ne pouvaient pas être propriétaires de places à leur propre nom. Dans une même nef se trouvaient des familles libres de couleur, des catholiques blancs et des paroissiens réduits à l’esclavage. Pour son époque, c’était l’une des communautés paroissiales les plus mêlées racialement du pays.
L’achat d’un banc ne libérait pas une personne et ne lui donnait pas de droits civiques. Il assurait une place au rez-de-chaussée de l’église, payée par ceux qui, peu auparavant encore, luttaient eux-mêmes pour le droit d’y fonder une paroisse. Ce sont précisément les deux rangées latérales qui sont mentionnées sur la plaque près du monument, à l’extérieur.
Dans les années mille neuf cent quatre-vingt-dix, le curé Jérôme Ledoux conçut le projet de donner un signe public aux personnes dont les noms n’ont pas été conservés. Avec les paroissiens, il réunit des fonds et, en octobre deux mille quatre, la Tombe de l’Esclave inconnu fut installée contre le mur de l’église.
Ce nom ne désigne pas une personne retrouvée et enterrée ici. C’est un mémorial aux personnes réduites à l’esclavage, laissées dans des tombes anonymes à Tremé et dans d’autres lieux des États-Unis. La paroisse l’a lié précisément à cette église, où des paroissiens libres de couleur avaient autrefois payé des places pour ceux qui ne pouvaient pas acheter un banc à leur propre nom.
Une grande croix repose sur le sol. Elle est soudée à partir d’une lourde chaîne qui retenait autrefois une bouée sur le Mississippi, et non prélevée sur un navire négrier ; des entraves et des boules de fer sont fixées à ses maillons. Derrière la croix se trouve une plaque dédicatoire. Elle porte une date et le récit des deux rangées latérales, mais aucun nom de personne enterrée : sous le mot « inconnu », ce sont ici les personnes pour lesquelles aucune inscription individuelle n’a été laissée qui sont réunies.
Sur place
La paroisse a repris les offices dans le bâtiment le 7 juin 2026, mais le site officiel affichait encore, à la date de vérification, l’ancien avertissement concernant les offices dans la salle paroissiale. Confirmez l’accès à l’intérieur par téléphone ; l’accès à la cour et au mémorial dépend de l’ouverture des grilles. Vérifié le 2026-06-30.
Vérifié : 30 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est une paroisse en activité et un lieu de mémoire. N’entrez que lorsque l’accès est ouvert, ne gênez pas les offices et ne considérez pas le mémorial comme la tombe littérale d’une personne identifiée.
