Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Les grilles portant le nom
- Les caveaux familiaux hors sol
- Le croisement des voies du cimetière
L’histoire du lieu
Sur les grilles est inscrit « cimetière Lafayette no un », bien que le marquis de La Fayette lui-même ne soit pas enterré ici. Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, était un officier français qui combattit pour l'indépendance des États-Unis. Après son arrivée solennelle à La Nouvelle-Orléans, en avril mille huit cent vingt-cinq, un faubourg reçut son nom. Lorsque plusieurs établissements furent réunis pour former la ville de Lafayette, son conseil réserva cet îlot carré pour en faire un cimetière municipal.
Il ouvrit en mille huit cent trente-trois. Deux larges voies se croisaient au milieu et divisaient le terrain en quatre parties, afin que les cortèges funèbres puissent passer entre les tombes. Les législateurs rattachèrent Lafayette à La Nouvelle-Orléans en mille huit cent cinquante-deux. Dès l'été suivant, l'organisation du cimetière dut être mise à l'épreuve par un nombre de morts que ses fondateurs ne pouvaient prévoir.
Durant l'épidémie de fièvre jaune, près de huit mille personnes moururent à La Nouvelle-Orléans en quelques mois. Beaucoup étaient de récents immigrants venus d'Irlande et des terres allemandes, arrivés pour chercher du travail et n'ayant encore traversé aucune épidémie locale. À l'époque, on ignorait que le virus était transmis par le moustique. Les employés du cimetière ne suffisaient plus : les cercueils arrivaient plus vite que les ouvriers ne pouvaient préparer les emplacements.
Le dimanche quatorze août, soixante et onze cercueils furent laissés aux grilles du cimetière Lafayette. Le maire de La Nouvelle-Orléans, Abdiel Crossman, tenta de trouver d'urgence des fossoyeurs et leur proposa une rémunération exceptionnelle pour l'époque : cinq dollars de l'heure. Il ordonna aussi de faire travailler une chaîne de prisonniers de la prison municipale. Après l'interdiction des chaînes de prisonniers mixtes en mille huit cent trente et un, on envoyait des détenus noirs de La Nouvelle-Orléans à ce type de travaux.
Le soir venu, les prisonniers, qui creusaient depuis le milieu de la journée, étaient déjà en train de partir. Gershom Kurshedt, président du comité du cimetière auprès du conseil municipal de santé, les rencontra : sa mission était de faire en sorte que les corps ne restent pas une journée de plus aux grilles. Kurshedt promit aux hommes une rémunération supplémentaire et un dîner. Ils revinrent. Ils travaillèrent toute la nuit et continuèrent le lendemain ; à trois heures et demie, les soixante et onze personnes étaient toutes enterrées. Après cela, les autorités municipales interdirent temporairement d'amener ici de nouveaux corps. L'une des routes vers un autre cimetière avait été emportée par les eaux, il fallut donc rediriger le flux des défunts vers d'autres sites.
Cette nuit-là, les prisonniers creusèrent des tombes ordinaires en terre. Les caveaux familiaux hors sol, qui font aujourd'hui reconnaître le cimetière Lafayette, appartenaient à des propriétaires privés ; lors des enterrements de masse de pauvres immigrants, on enterrait aussi directement dans la terre. Aujourd'hui, le cimetière est fermé au public pendant les travaux, et les proches des personnes enterrées y sont admis sur rendez-vous. Derrière les grilles subsistent quatre îlots et le croisement des voies pour les processions, et, au-dessus des grilles, le nom d'une ville disparue ; en août mille huit cent cinquante-trois, soixante et onze personnes attendaient d'être enterrées devant elles.
Sur place
Fermé au public pour travaux ; visite uniquement depuis la rue.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ne tentez pas d'entrer ni de regarder au-dessus des clôtures de chantier ; cette étape est conçue pour être observée depuis la rue.
