Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La bande engazonnée
- Les rails du tramway
- Les voitures vertes
- Les plantations de chênes
L’histoire du lieu
Au milieu de l’avenue Saint-Charles s’étend une bande engazonnée traversée par des rails de tramway. Elle est apparue avant la large avenue, les chênes et la plupart des demeures. Au début du dix-neuvième siècle, l’étroite Nayades Street passait ici, et les alentours restaient des terres d’anciennes plantations.
En mille huit cent trente et un, les investisseurs fonciers Laurent Millaudon, John Slidell et leurs associés achetèrent la plantation McCarty, à environ huit kilomètres en amont sur le Mississippi. Ils prévoyaient de la diviser en parcelles et de bâtir une nouvelle banlieue : Carrollton. Leur argent était investi dans la terre, mais les parcelles ne pourraient devenir coûteuses que si les acheteurs disposaient d’un trajet commode vers La Nouvelle-Orléans.
À cette fin, les investisseurs créèrent une compagnie ferroviaire et engagèrent Charles Zimpel, un géomètre qui gagnait sa vie en dessinant des plans de ville et en traçant des voies. Zimpel reçut deux missions liées : dessiner les rues de Carrollton et amener le chemin de fer jusqu’à ces rues. Un seul et même plan transformait la plantation en îlots vendables et montrait comment les futurs habitants se rendraient en ville. Zimpel traça la voie par Nayades Street, le long de l’actuelle avenue Saint-Charles.
Les investisseurs étaient pressés d’ouvrir le trafic. Les locomotives et les voitures commandées en Angleterre n’arrivèrent pas à temps pour l’ouverture du premier tronçon ; la compagnie acheta donc à un autre chemin de fer une voiture hippomobile et commença à transporter des passagers avant même la fin des travaux. Le vingt-six septembre mille huit cent trente-cinq, des trains à vapeur commencèrent à circuler entre La Nouvelle-Orléans et Carrollton. L’année suivante, ils partaient toutes les deux heures, sept jours sur sept. Pour donner aux passagers une raison de se rendre au terminus, les propriétaires y construisirent un hôtel et aménagèrent un jardin de plaisance.
Le pari sur les transports fonctionna. En mille huit cent quarante et un, Carrollton ne comptait que trente-six maisons ; dix ans plus tard, mille quatre cent soixante-dix personnes y vivaient déjà. Entre Carrollton et La Nouvelle-Orléans, les propriétaires des anciennes plantations divisaient les terres en îlots, tandis que les promoteurs prolongeaient de nouvelles rues jusqu’au chemin de fer. D’abord, les rails rendirent les parcelles voisines agréables à habiter, puis ils les rendirent coûteuses.
En mille huit cent quatre-vingts, l’étroite Nayades Street fut élargie pour devenir une avenue cérémonielle. Les demeures, les larges chaussées et les plantations de chênes apparurent autour d’une voie déjà en service. C’est pourquoi le tramway circule au centre de l’avenue : les autorités municipales ne l’y ont pas inséré plus tard entre les maisons ; les maisons et l’avenue elle-même furent construites de part et d’autre du chemin de fer de Zimpel.
Le nom avait changé plus tôt encore, en mille huit cent cinquante-deux. Saint-Charles est saint Carlo Borromeo, l’archevêque milanais du seizième siècle. Il était considéré comme le saint patron du roi d’Espagne Charles III, qui régnait lorsque la Louisiane passa de la France à l’Espagne. Le nom de l’avenue rappelle le monarque espagnol, bien que son aménagement actuel ait été créé par des spéculateurs fonciers américains et un ingénieur prussien qu’ils avaient engagé.
Au milieu du vingtième siècle, les compagnies de tramway de La Nouvelle-Orléans remplaçaient les lignes sur rails par des autobus. En mille neuf cent soixante-quatre, même la ligne de Canal Street fut fermée. Une association municipale de défenseurs du tramway ne parvint pas à la sauver, mais elle réunit assez de soutien pour préserver la voie de l’avenue Saint-Charles. En mille neuf cent soixante-treize, la ligne fut inscrite au Registre national des lieux historiques.
Les actuelles voitures vertes ne datent pas de l’époque des premières locomotives à vapeur : le modèle de Perley Thomas entra en service en mille neuf cent vingt-trois et en mille neuf cent vingt-quatre. Ici, l’itinéraire lui-même est plus ancien que les voitures. Sous les chênes, il passe toujours là où Zimpel avait tracé les rails par Nayades Street vers les parcelles de Carrollton.
Sur place
La rue et les arrêts sont ouverts en permanence ; le tramway est une ligne urbaine en service.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Tenez-vous à une distance sûre des rails et ne gênez pas l’embarquement : il s’agit d’un transport en service, non d’une pièce de musée.
