Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Fût de marbre sans chapiteau
- Piédestal de pierre
- Inscription dédiée aux morts dans les batailles navales
L’histoire du lieu
Sans sommet ni statue, ce fût de marbre de vingt tonnes donne l'impression d'un fragment placé ici provisoirement. Il fut découvert lors de travaux près de la cathédrale de Naples, puis donné à des moines pour la statue de leur fondateur ; mais le propriétaire de la maison voisine obtint une interdiction : en cas de tremblement de terre, la lourde sculpture pouvait s'effondrer sur sa maison. La colonne fut de nouveau enterrée près de l'église et ne fut envoyée au Museo Archeologico Nazionale di Napoli que bien plus tard. De là, seize chevaux l'amenèrent jusqu'à la mer, tandis que l'emplacement prévu pour une figure resta vide.
Près de Piazza Vittoria se dresse un ancien fût de marbre sans chapiteau. L'inscription sur son piédestal le dédie à ceux qui sont morts en combattant sur mer, « en tous temps et en tous lieux ». Telle est aujourd'hui la destination de la Colonna Spezzata. Le socle était arrivé là auparavant, et la ville avait eu le temps de le destiner à deux monuments qui ne virent jamais le jour.
L'un de ces projets devait rappeler les marins morts près de Lissa en mille huit cent soixante-six. Le commandant de la flotte italienne, Carlo Persano, tenta d'arrêter l'escadre autrichienne et, en pleine réorganisation de la formation, passa à bord d'un autre cuirassé sans en informer les autres navires. La confusion s'ensuivit, et les Autrichiens s'engouffrèrent dans une brèche de la formation. Les cuirassés Re d'Italia et Palestro coulèrent ; six cent quarante personnes périrent. Persano retourna en Italie, passa en jugement, fut déchu de son grade d'amiral et de ses décorations, et perdit sa place dans la flotte. Le monument aux marins morts exigeait une coûteuse sculpture en bronze ; on ne trouva pas l'argent nécessaire.
L'autre homme dont on envisageait de placer la statue sur ce piédestal était l'amiral napolitain Francesco Caracciolo. En mille sept cent quatre-vingt-dix-neuf, il servait le roi, transporta la cour de Naples à Palerme, puis demanda l'autorisation de rentrer chez lui pour ses propriétés. Caracciolo était duc, propriétaire terrien et courtisan disposant de revenus : sa position dépendait de la préservation de son héritage.
À Naples, la République napolitaine avait déjà été proclamée. Quelques semaines plus tard, Caracciolo prit la tête de sa petite flottille et se retourna contre les navires de son ancien souverain. Après la chute de la république, il fut capturé. Lors de son procès, l'amiral affirma avoir rejoint les républicains pour sauver ses biens ; toutefois, son ancien service rendait son acte particulièrement grave aux yeux du roi. L'amiral britannique Horatio Nelson, qui aidait à rétablir le monarque, ordonna que le prisonnier soit jugé sur son navire. Le vingt-neuf juin, Caracciolo fut condamné puis, le même jour, pendu au mât de la frégate Minerva. Son corps fut jeté à la mer ; quelques jours plus tard, les flots le rejetèrent à Santa Lucia, où l'amiral fut enterré dans l'église Santa Maria della Catena.
En mille huit cent soixante-sept, l'archéologue Giuseppe Fiorelli obtint l'installation ici d'un piédestal destiné à une statue de Caracciolo. Les fonds ne suffirent que pour le socle. L'année du centenaire de la République napolitaine, l'historien Benedetto Croce tenta d'achever le monument à l'amiral, mais la collecte échoua de nouveau. Pendant encore quinze ans, le piédestal resta sans figure.
En mille neuf cent quatorze, les responsables municipaux décidèrent de le remplir d'une antiquité issue des réserves du Museo Archeologico Nazionale di Napoli. La colonne choisie avait été découverte dès le dix-septième siècle, lors de travaux près de la cathédrale de Naples. L'archevêque l'avait promise pour une statue de San Gennaro, le saint patron de la ville. Son successeur annula cette promesse, et le vice-roi remit la colonne à des moines qui comptaient y placer leur fondateur, San Gaetano.
Agostino Pisani, propriétaire de la maison voisine, intervint alors. Il craignait qu'une lourde statue ne s'effondre lors d'un tremblement de terre, détruise sa maison et le tue avec ses frères. Pisani saisit la justice et gagna son procès. Les moines cessèrent les travaux et enterrèrent de nouveau la colonne près de leur église. Elle ne fut retrouvée qu'en mille huit cent cinquante-neuf et envoyée au musée.
Le vingt et un avril mille neuf cent quatorze, seize chevaux amenèrent jusqu'à la mer le fût de marbre de vingt tonnes. La statue de Caracciolo fut définitivement abandonnée, et la dédicace fut étendue à tous ceux qui étaient morts dans des batailles navales. Le nom de l'amiral subsista sur les plaques de la rue qui commence à la piazza. Son nom ne figure pas sur le piédestal : au-dessus de l'inscription dédiée aux morts se dresse une colonne autrefois destinée à deux saints.
Sur place
Espace urbain ouvert.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La piazza est exposée au soleil et au vent ; écoutez depuis une zone piétonne sûre, sans contourner le monument au milieu de la circulation.
