Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Profonds balcons arrondis
- Galerie circulaire au-dessus du toit
- Ancien ascenseur
- Vestibule en marbre
L’histoire du lieu
Derrière les profonds balcons arrondis de Suna Mahal se trouvent des appartements et des bureaux ; un restaurant est installé au rez-de-chaussée. La galerie circulaire au-dessus du toit était conçue comme un espace commun pour les résidents. La maison fut construite en mille neuf cent trente-sept par Kavasji Fakirji Sidhwa, un entrepreneur qui faisait légalement le commerce d’alcools forts locaux. Sur des terrains gagnés sur la mer, il voulait ériger un « palais » d’appartements moderne : c’est ainsi que se traduit le mot « mahal ». Suna est le prénom de son épouse Sunabai, en l’honneur de laquelle la maison reçut son nom.
Deux ans plus tard, l’une des rares pensions allemandes-juives de Mumbai s’y installa. Son propriétaire, Max Lesser, possédait auparavant un commerce de fer et de machines à Dresde. Les nazis lui prirent son entreprise et internèrent Lesser au camp de concentration de Buchenwald. Après sa libération, des proches à Mumbai l’aidèrent à obtenir un visa. En avril mille neuf cent trente-neuf, Max arriva ici avec son épouse Ellie : ils avaient besoin d’un logement et d’un revenu, et d’autres réfugiés avaient besoin de chambres où recommencer leur vie.
Max et Ellie tenaient ensemble la pension au quotidien. Ils fournissaient aux pensionnaires une chambre et les repas ; pour les femmes seules ayant fui l’Europe germanophone, ces pensions constituaient une rare possibilité de vivre de manière indépendante, sans famille locale. Max participait aussi au travail de la Bombay Jewish Relief Association. L’un de ses pensionnaires fut l’écrivain et éditeur Willy Haas, qui avait fui les nazis via Prague. En juin mille neuf cent trente-neuf, une connaissance rencontra Haas au port et ses bagages furent aussitôt envoyés ici : sa première chambre à Mumbai l’attendait déjà dans la pension Lesser.
Pour les propriétaires eux-mêmes, le salut ne fut pas un heureux dénouement. Le neuf décembre mille neuf cent quarante et un, Ellie mit fin à ses jours en tombant de l’un des balcons de Suna Mahal. Les témoignages conservés qualifient sa mort de suicide, mais ils ne permettent pas de ramener son geste à une seule cause établie. Le commandement militaire britannique réquisitionna ensuite la pension pendant deux ans et demi pour des officiers de l’armée.
Max revint à l’hôtellerie en mille neuf cent quarante-cinq. Les documents de l’année suivante attestent d’un revenu de six mille huit cents roupies par mois : le commerçant privé de son entreprise et passé par un camp de concentration vivait de nouveau de ses propres revenus. En avril mille neuf cent quarante-sept, il reçut un certificat britannique de naturalisation, alors valable dans l’Inde coloniale.
La pension Lesser n’existe plus. Plus tard, la belle-fille de la famille Sidhwa y accueillit de nouveau des pensionnaires dans les appartements hôteliers Suna, et les étages supérieurs sont désormais occupés par des résidents ordinaires et des bureaux. L’ancien ascenseur, les escaliers en bois, le revêtement de marbre du vestibule et les profonds balcons ont été conservés dans l’immeuble. Les archives n’indiquent pas quel balcon fut précisément le dernier lieu d’Ellie. Sur la façade demeure le nom d’une autre femme, Sunabai, pour laquelle Kavasji Sidhwa donna à cet immeuble résidentiel le nom de palais.
Sur place
Immeuble résidentiel avec un rez-de-chaussée commercial ; l’itinéraire se limite à une observation extérieure.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est un immeuble résidentiel : observez-le depuis la rue et n’entrez pas dans le hall ni aux étages supérieurs sans invitation. Les intérieurs familiaux et la collection de meubles ne font pas partie de l’itinéraire libre.
