Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Plateforme ronde en pierre blanche
- Parapet de pierre
- Escalier
L’histoire du lieu
À l’été mille six cent quatre-vingt-deux, Nikita Dobrynine, ancien prêtre de Souzdal, monta au Lobnoïe mesto et annonça aux personnes rassemblées qu’il avait remporté le débat sur la vraie foi. Lui et ses partisans levaient les mains en joignant deux doigts pour faire le signe de croix, et appelaient les Moscovites à se signer de la même manière. Quelques jours plus tard, Dobrynine fut exécuté sur la place Rouge, à côté de cette même tribune.
Il avait cheminé vers cette prise de parole pendant plus de vingt ans. Au milieu du dix-septième siècle, le patriarche Nikon ordonna de corriger les livres liturgiques et de modifier les rites habituels : il fallait désormais se signer avec trois doigts au lieu de deux, certains mots s’écrivaient autrement et les processions se déroulaient autrement. Pour Nikita, c’étaient des altérations de la foi. Il servait dans la cathédrale de Souzdal, où il recevait un revenu en argent et du pain, mais commença à déposer des plaintes contre son archevêque, partisan de la réforme. On interdit d’abord à Nikita de célébrer les offices, puis il fut défroqué, frappé d’anathème et enfermé dans un monastère.
Craignant une condamnation à mort, il se repentit. En mille six cent soixante-sept, un concile de l’Église lui ordonna de se dénoncer publiquement sur le parvis de la cathédrale de la Dormition, sur la place Rouge et ici, au Lobnoïe mesto. Son repentir rendit Dobrynine à la communion ecclésiale, mais il ne fut pas autorisé à exercer comme prêtre ni à recevoir de nouveau son ancien revenu. En mille six cent quatre-vingt-un, il demanda encore une fois que l’interdiction soit levée et essuya de nouveau un refus.
Au printemps suivant, les streltsy de Moscou, des régiments armés au service de l’État, se soulevèrent et forcèrent la cour à tenir compte de leurs exigences. Parmi eux se trouvaient des partisans des anciens rites. Il leur fallait un homme capable de débattre avec les évêques à partir des livres, et ils choisirent Nikita. Dobrynine rédigea une tchelobitnaïa, c’est-à-dire une requête écrite adressée aux souverains, exigeant le rétablissement de l’ancienne foi. Il voulait tenir le débat au Lobnoïe mesto, devant la foule.
Cette plateforme convenait mieux que toute autre à une audience publique. Le Lobnoïe mesto servait de chaire civique : on y lisait les décrets et les sentences, on y annonçait le nouveau patriarche, on y informait de la guerre et de la paix, on y prononçait des prières devant les Moscovites rassemblés. Les paroles dites ici étaient destinées à toute la ville.
Le patriarche Ioakim, chef de l’Église officielle et défenseur des rites réformés, refusa de débattre devant une foule armée. Sofia Alexeïevna, sœur aînée de deux tsars mineurs et dirigeante de fait à la cour, insista elle aussi pour que le débat se tienne à l’intérieur du Kremlin, au Palais à Facettes.
Le cinq juillet, Nikita y entra avec des livres et des icônes. Il réclamait l’abolition des réformes ; Ioakim défendait l’ordre déjà adopté par l’Église. Le débat dégénéra en cris, mais les participants ne prirent aucune décision et convinrent de poursuivre la discussion deux jours plus tard. Dobrynine sortit du Kremlin, monta au Lobnoïe mesto et exposa à la foule sa propre version de l’issue : les vieux-croyants avaient vaincu et couvert les évêques de honte.
Il n’y eut pas de suite. Les représentants élus des streltsy passèrent du côté de Sofia Alexeïevna et livrèrent Nikita. Il fut jugé pour offense à la majesté du tsar et exécuté le onze juillet ; ses compagnons furent envoyés dans des monastères éloignés. Les anciens rites ne furent pas rétablis dans les églises de Moscou.
Cette exécution contribua à créer l’idée que l’on tranchait sans cesse des têtes au Lobnoïe mesto. D’ordinaire, on n’y faisait qu’annoncer les sentences, tandis que le billot ou l’échafaud de bois était installé à côté. Même l’origine du nom n’est pas liée aux exécutions : on le fait dériver soit de l’ancien mot « lob », qui désignait une descente abrupte vers la rivière, soit du nom ecclésiastique du Golgotha, le « Lieu du Crâne ».
Le cercle de pierre devant nous se trouve à l’est de la plateforme où Nikita renia d’abord ses convictions, puis, quinze ans plus tard, annonça leur victoire. En mille sept cent quatre-vingt-six, l’architecte Matveï Kazakov déplaça le Lobnoïe mesto et lui donna son aspect actuel en pierre blanche. À l’ouest subsiste un espace sans repère : c’est là que se trouvait la tribune depuis laquelle Dobrynine prononça les dernières paroles publiques de sa victoire.
Sur place
Espace urbain ouvert, sans billet ; l’accès peut être entièrement ou partiellement fermé pour des cérémonies d’État, des préparatifs et des manifestations de masse.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Écoutez depuis le bord de la place, là où il est plus facile de s’arrêter sans couper le flux général. Il n’est pas nécessaire de monter sur l’estrade pour écouter ce récit.
