Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le mur entre les deux salles de l’église
- La grille au-dessus de l’autel
- Le sol rehaussé de la salle monastique
- Les figures agenouillées des époux
L’histoire du lieu
On l’appelait « Monastero Maggiore », le « Grand Monastère », comme principal établissement monastique féminin de Milan : il possédait des terres et ses propres revenus, et les filles des familles les plus riches vivaient dans ses cellules. L’église se dresse sur le site d’un cirque romain tardif, près du palais impérial ; l’une des tours d’où l’on faisait partir les chars devint plus tard le clocher du monastère. La façade grise est construite en pierre d’Ornavasso, et l’intérieur est couvert de fresques du seizième siècle. Parmi les peintures figurent un homme et une femme agenouillés, en habits de cour.
Derrière la façade sobre, les bâtisseurs ont installé deux salles d’église l’une derrière l’autre. Celle de devant était réservée aux habitants de la ville, celle du fond, plus vaste, aux moniales bénédictines. Entre elles, ils ont élevé un mur avec un autel. Le sol de la partie monastique fut rehaussé d’environ un demi-mètre : pendant la messe, les sœurs voyaient le prêtre à travers la grille au-dessus de l’autel et recevaient la communion par de petites ouvertures. Il leur était interdit de passer du côté des fidèles.
Sur les registres supérieurs de ce mur, Bernardino Luini a représenté le martyre du saint qui a donné son nom à l’église. Maurizio est saint Maurice, officier de la Légion thébaine, mort, selon la tradition de l’Église, avec ses compagnons pour la foi chrétienne. Au départ, le monastère était dédié à la Vierge Marie. Au dixième siècle, l’empereur Otton Ier, dont la sœur vivait ici comme moniale, remit à l’abbaye une relique contenant le sang de Maurice. Le nom du saint apparaît dans les documents en mille soixante-dix-huit et, à partir de mille cent quarante-huit, l’ancienne dédicace n’est plus mentionnée. On l’appelait « Monastero Maggiore », le « Grand Monastère », en raison de sa primauté parmi les établissements monastiques féminins de Milan : les filles des familles les plus riches y vivaient, et le monastère possédait des terres et ses propres revenus.
L’une de ces familles arriva à Milan après une catastrophe. Alessandro Bentivoglio était le fils du dirigeant de Bologne et gagnait sa vie au service militaire et à la cour. En mille cinq cent six, sa famille fut chassée de la ville. La tentative de reprendre Bologne ne rendit à Alessandro Bentivoglio que quelques mois de son ancienne position, et il passa au service des Sforza de Milan. Sa femme, Ippolita Sforza, était elle-même issue de cette famille.
À la fin de mille cinq cent quinze, leur fille Bianca, qui avait environ onze ans, entra ici comme novice et reçut le nom monastique d’Alessandra Bentivoglio. Pour une jeune fille noble, son entretien au monastère dépendait de l’argent et des objets transmis par sa famille. Dans son testament de mille cinq cent vingt et un, Ippolita Sforza laissa à sa fille mille cent soixante-treize ducats, un capital important qui assurait sa vie derrière le mur. Dès l’année suivante, sœur Alessandra Bentivoglio devint abbesse ; elle fut ensuite élue six fois à la tête du monastère.
Le document portant le nom du commanditaire des peintures n’a pas été conservé, mais les chercheurs relient précisément la venue de Bernardino Luini à l’héritage d’Alessandra Bentivoglio et à la position de la famille dans l’abbaye. Du côté des fidèles, l’artiste peignit les époux Bentivoglio agenouillés, vêtus de riches habits de cour. Ippolita Sforza ne vit ni ces fresques ni l’ascension de sa fille : elle mourut en mille cinq cent vingt et un, avant que Bernardino Luini n’entreprenne son travail principal. Alessandro Bentivoglio poursuivit sa carrière auprès des Sforza, devint lieutenant du duc et fut enterré dans cette église après sa mort.
Les portes du mur de séparation ne furent percées qu’au dix-neuvième siècle, lorsque le monastère n’existait déjà plus. Vous pouvez désormais passer par elles là où sœur Alessandra Bentivoglio avait interdiction d’aller : sa mère reste peinte du côté des habitants de la ville, tandis que la salle que sa fille dirigeait comme abbesse se trouve derrière ce même mur.
Sur place
Ouverte du mardi au dimanche, entrée gratuite. L’église est maintenue ouverte par des bénévoles ; des fermetures imprévues sont possibles, les groupes doivent réserver à l’avance.
Vérifié : 30 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est un espace religieux en activité : parlez doucement et ne gênez pas l’office. Si la partie monastique est accessible, comparez impérativement son ampleur et son décor avec la partie réservée aux habitants de la ville.
