Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le pavillon baroque de l’Hôtel de Ville de Marseille
- La galerie de pierre au-dessus de la rue
- Les bâtiments d’après-guerre à arcades
- Le quai nord
L’histoire du lieu
Le vingt-trois janvier mille neuf cent quarante-trois, Carl Oberg, chef des SS et de la police allemands en France, et René Bousquet, secrétaire général de la police du gouvernement français de Vichy, se trouvaient dans cet Hôtel de Ville. Ils surveillaient d’ici la rafle dans le centre de Marseille et sur la rive nord du Vieux-Port.
Le bâtiment en activité de l’administration municipale fut occupé pour servir de quartier général de l’opération. Dès le Moyen Âge, les marchands entreposaient du grain au rez-de-chaussée de la loge municipale locale, tandis qu’à l’étage se réunissaient les consuls de la ville, administrateurs élus des affaires de Marseille. Au dix-septième siècle, le pavillon baroque actuel fut construit pour eux. La séparation entre les étages s’est conservée au sens littéral : à l’intérieur, il n’existe toujours pas d’escalier reliant le premier étage au deuxième. Le maire rejoint son bureau en passant par le bâtiment arrière et la galerie de pierre au-dessus de la rue.
Vingt jours avant la rafle, des membres de la Résistance commirent à Marseille deux attaques armées contre des lieux fréquentés par les occupants. Le commandement allemand proclama l’état de siège. Heinrich Himmler, chef des SS, ordonna à Oberg d’expulser les habitants de la rive nord, de déporter les personnes arrêtées et de faire sauter les vieux quartiers. Lors des négociations, les responsables français obtinrent une réduction de la zone des futures démolitions. En échange, Bousquet accepta de mettre la police française à disposition pour l’expulsion forcée et de procéder à des arrestations distinctes dans tout le centre-ville.
À l’aube du vingt-quatre janvier, policiers et soldats allemands firent lever les habitants des maisons situées derrière l’Hôtel de Ville de Marseille. Des dockers, des marins, des artisans et des propriétaires de petites boutiques vivaient ici ; beaucoup de familles étaient venues d’Italie, et particulièrement de Naples. Ils furent autorisés à emporter leurs bagages à main, des vêtements chauds et de la nourriture pour quarante-huit heures. En partant, les habitants devaient fermer leurs portes à clé, bien que personne n’ait eu l’intention de conserver leurs appartements.
Environ quinze mille personnes furent conduites sur l’actuel quai du Port, qui s’appelait alors quai du Maréchal-Pétain. De là, elles furent emmenées en tramway et en autobus jusqu’à la gare de marchandises d’Arenc, puis envoyées dans des wagons fermés vers des camps près de Fréjus. La plupart furent ensuite relâchées et purent retourner à Marseille. Les personnes revenues trouvèrent leurs logements pillés. Sur les six cents personnes arrêtées dans le secteur du Vieux-Port puis envoyées dans des camps de concentration, cent revinrent après la guerre.
Le premier février, les sapeurs allemands commencèrent à faire sauter les maisons vidées de leurs habitants. En deux semaines, ils détruisirent mille cinq cents bâtiments ; cinquante rues disparurent de la carte. L’Hôtel de Ville de Marseille et quelques autres monuments ne furent pas dynamités. L’ancien pavillon baroque resta à son emplacement, tandis que les bâtiments de pierre réguliers à arcades qui l’encadrent furent construits lors de la reconstruction d’après-guerre du quai nord. Le bureau du maire se trouve toujours à l’étage du bâtiment depuis lequel les chefs de la rafle observaient le port encerclé.
Sur place
Étape extérieure sur le quai. Pour un itinéraire en autonomie, ne prévoyez pas de visite ordinaire à l’intérieur de l’Hôtel de Ville de Marseille ; les éventuelles visites spéciales doivent être vérifiées séparément.
Vérifié : 29 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.L’essentiel du récit est visible depuis le quai, il n’est donc pas nécessaire d’entrer dans le bâtiment. Placez-vous de façon à embrasser à la fois la façade, l’eau et l’espace de l’ancienne construction dense.
