Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Grille de murs bas
- Bases de colonnes
- Arcs murés
- Mosquée en activité
L’histoire du lieu
Sur l’esplanade s’étend une grille rectangulaire de murs bas. À côté se dresse la Koutoubia, toujours en activité. Ces fondations et la mosquée actuelle ont longtemps été considérées comme deux tentatives successives : la première aurait été démolie à cause d’une erreur, et la seconde construite avec une orientation plus exacte. Les pierres ont conservé une autre histoire.
En mille cent quarante-sept, Abd al-Mumin, chef des Almohades, prit Marrakech à la dynastie des Almoravides. Il déclara erronée la doctrine des anciens dirigeants, ordonna de fermer ou de détruire leurs mosquées et laissa les habitants sans leur lieu habituel de prière collective du vendredi. Dans sa propre armée, on était aussi loin d’approuver toutes ses décisions : le nouveau calife transformait un mouvement religieux en dynastie héréditaire et avait déjà survécu à des révoltes de ses compagnons.
Abd al-Mumin construisit la nouvelle grande mosquée près de Ksar el-Hajjar, le palais de pierre des dirigeants vaincus. Pour le prêche du vendredi, les habitants de la ville conquise, les partisans de l’ancienne dynastie et les Almohades, parmi lesquels le calife conservait des opposants, s’y rassemblaient. Depuis le palais, il entrait donc par un passage couvert, sans se montrer à la foule. Avant son apparition, une barrière de bois se levait de rainures ménagées dans le sol. Elle séparait le calife des fidèles et le protégeait.
De l’autre côté de la niche de prière, on faisait rouler le minbar, la chaire à degrés du prédicateur. Ali ben Youssef, l’ancien souverain almoravide de Marrakech, l’avait commandé pour la mosquée détruite. Abd al-Mumin conserva le magnifique ouvrage des artisans de Cordoue, mais le fit servir aux vainqueurs : le minbar n’apparaissait devant les gens qu’à la sortie du nouvel imam. La chaire elle-même a survécu et est aujourd’hui conservée au palais El Badi ; le passage caché et la barrière mobile ne sont plus ici.
La mosquée devint vite trop exiguë. Avant la mort d’Abd al-Mumin, en mille cent soixante-trois, les bâtisseurs percèrent dix larges arcs dans son mur de prière et ajoutèrent derrière eux une seconde salle, qui reprenait presque la première. Les arcs n’avaient pas de portes : les deux moitiés formaient une seule pièce. La nouvelle salle fut seulement tournée légèrement, orientée selon le lever de Suhayl, comme on déterminait alors la direction de la prière dans le monde islamique occidental.
C’est de là que vient le doute sur le récit de la première mosquée mal orientée. La seconde moitié dévie encore davantage vers le sud et, selon les calculs modernes, n’est pas du tout mieux orientée vers La Mecque. Les ouvertures dans le mur commun montrent aussi que l’on comptait utiliser l’ancienne salle avec la nouvelle, et non l’abandonner. Pendant plusieurs siècles, les fidèles passèrent à travers ce mur, qui paraît aujourd’hui extérieur.
La moitié la plus ancienne ne tomba en ruine que dans la seconde moitié du dix-septième siècle. Lorsque des artisans restaurèrent la Koutoubia au dix-huitième siècle, ils réparèrent la salle la mieux conservée, murèrent les arcs de liaison et laissèrent la partie ruinée sans toit. En mille neuf cent vingt-trois, les archéologues Henri Basset, Henri Terrasse et Jean Hainaut reconnurent dans le mur aveugle les traces des anciennes ouvertures et reconstituèrent le plan de l’immense sanctuaire double. Les basses bases de colonnes sur l’esplanade marquent la moitié la plus ancienne, tandis que la salle derrière les arcs murés continue de servir de mosquée.
Le nom est resté d’un autre groupe de personnes établi près de ses murs. « Koutoubia » vient du mot « koutoubiyyin », qui désignait les marchands de livres et de manuscrits. Leur marché se trouvait près de la mosquée. Les échoppes ont disparu, mais la salle en activité et les fondations ouvertes de ses deux moitiés portent toujours le nom des libraires.
Sur place
Esplanade urbaine ouverte ; l’itinéraire interprète le lieu depuis l’extérieur, sans promettre d’accès intérieur à la mosquée. La visibilité des traces de briques dépend de l’éclairage et des barrières temporaires.
Vérifié : 30 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Observez les vestiges uniquement depuis les chemins accessibles et ne franchissez pas les barrières. L’itinéraire ne promet pas d’accès intérieur à la mosquée en activité.
