Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Têtes de bélier des sphinx
- Petites figures royales entre les pattes
- Cartouches sur les sculptures
- Inscriptions sur les socles
L’histoire du lieu
La rangée se trouve à l’extrémité nord de l’itinéraire entre Karnak et le temple de Louxor ; toutefois, l’ancienne ligne de ces sphinx est orientée vers l’embarcadère de Karnak. Lorsque la barque d’Amon était amenée par eau, on la portait d’ici jusqu’au temple. Voilà pourquoi les sphinx ont des têtes de bélier : le bélier représentait Amon lui-même, et la petite figure royale entre les pattes avant montrait le souverain sous sa protection.
Ces figures ont servi plusieurs maîtres. Les chercheurs estiment possible qu’elles aient été sculptées sous Thoutmôsis IV ou Amenhotep III. Ramsès II se les appropria ensuite, y faisant graver ses cartouches — des cadres ovales portant le nom royal. C’est précisément son nom qui a été conservé sur les sculptures, bien qu’elles aient été préparées pour un autre pharaon.
Au début du onzième siècle avant notre ère, Pinedjem Ier en disposa. Il était grand prêtre d’Amon — le principal administrateur du culte et des immenses possessions de Karnak — et commandait en même temps l’armée. Pinedjem gouvernait le sud de l’Égypte, mais les pharaons reconnus se trouvaient à Tanis, la capitale du nord. Il cherchait à être lui-même reconnu comme roi.
Derrière sa position se trouvaient des réserves bien matérielles. Des domaines du temple de Haute-Égypte, on acheminait du grain à Thèbes ; les scribes le recensaient et l’entreposaient dans les greniers. Ces livraisons nourrissaient les employés du temple et permettaient de rassembler des hommes pour les grands travaux. Pinedjem pouvait ordonner de déplacer des dizaines de lourdes statues de grès, mais les porteurs seuls ne suffisaient pas. Il lui fallait la reconnaissance d’Amon : sans elle, il ne restait qu’un prêtre au service du pharaon installé au nord.
Pinedjem ordonna de faire transporter à Karnak environ cent vieux sphinx, qui se trouvaient probablement auparavant près du temple de Louxor. De son temps, l’actuel premier pylône n’existait pas encore, et la rangée s’étendait sur environ deux cents mètres depuis les portes d’alors, l’actuel deuxième pylône, jusqu’à l’embarcadère. Chaque fois que la barque d’Amon était portée entre le temple et l’eau, la procession passait devant les monuments réinscrits au nom de Pinedjem.
Il ne se limita pas à son seul nom. Sur les côtés des socles se répète l’éloge de ce que Pinedjem fit pour Karnak. Les inscriptions frontales des sphinx diffèrent : chacune nomme une divinité, le lieu où elle est honorée et le bienfait que ce dieu accorde à Pinedjem. Sur les pierres usées, on a réussi à identifier au moins vingt-trois divinités. Des fragments de scènes où Pinedjem se tient à genoux devant Amon ont également été conservés. Les anciennes statues royales se transformèrent en une longue liste de ceux qui semblaient soutenir sa prétention.
Par la suite, Pinedjem intégra des noms royaux à sa titulature et commença à se faire représenter comme un pharaon. Il n’effaça pas Ramsès II de la pierre : sur les sphinx resta le nom de l’ancien approprieur, tandis que le nom de Pinedjem apparut sur les socles.
Aujourd’hui, quatre-vingt-treize sphinx à tête de bélier se dressent ici. Leur disposition actuelle a été établie par l’archéologue Georges Legrain lors de la reconstruction menée de mille huit cent quatre-vingt-seize à mille neuf cent neuf ; à l’époque de Pinedjem, la rangée était disposée autrement et menait directement à la principale voie du temple. Sur ces socles, son calcul reste lisible : des sphinx d’autrui, le cartouche de Ramsès et des dizaines de dieux promettant des bienfaits au grand prêtre qui voulait devenir roi.
Sur place
La visite de l’allée des Sphinx est, dans la liste de prix officielle, liée aux billets de Karnak et du temple de Louxor ; l’accès à certaines sections peut être réglementé par les gardiens.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Regardez la rangée non seulement de face, mais aussi dans l’axe : la répétition des figures restitue le mieux le rythme conçu pour une procession en mouvement.
