Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Rangées de chaises métalliques
- Bâtiment d’un étage à l’extrémité nord
- Pavage de la place
L’histoire du lieu
Le treize mars mille neuf cent quarante-trois, Roman Ferber, un garçon du ghetto de Cracovie, essayait de rester près de son père. Les gardes allemands ordonnèrent à tous les Juifs qui restaient encore de se rassembler ici, sur la place des Héros du Ghetto. Les enfants devaient être séparés des adultes et envoyés dans un foyer pour enfants, dans la rue Józefińska voisine. Roman et son frère comprirent que la promesse de ramener plus tard les enfants auprès de leurs parents était un mensonge.
C’est le principal espace ouvert du ghetto qui fut choisi pour ce rassemblement. À l’extrémité nord de la place se trouvaient l’une des deux portes principales ; chaque jour, des colonnes de travailleurs y passaient pour sortir. Lors des déportations de juin et d’octobre mille neuf cent quarante-deux, des personnes avaient déjà été emmenées d’ici au camp de mise à mort de Bełżec. C’est ici qu’on décidait qui serait encore autorisé à vivre pour le travail forcé. Les gardes allemands recherchaient des spécialistes en bonne santé ; les autres étaient chargés dans des véhicules. Un métier pouvait donner à un adulte quelques mois de plus. Un enfant n’avait rien à proposer.
Roman et son frère ne se rendirent pas au foyer pour enfants. Ils se cachèrent parmi les affaires sur les charrettes qui transportaient les biens du ghetto vidé vers le camp de travail forcé de Płaszów, et franchirent ainsi les portes. Le soir, les frères y retrouvèrent leur père ; tous les trois furent placés dans la même baraque. La plupart des enfants laissés dans le ghetto furent tués le lendemain. Se cacher parmi les biens d’autrui sauva alors Roman, mais ne préserva pas sa famille : son père et son frère moururent plus tard. Roman survécut aux camps et à la guerre et, après la libération, raconta comment ils étaient sortis de la place.
En juillet mille neuf cent quarante-huit, le conseil municipal rebaptisa la place des Héros du Ghetto, en mémoire des victimes des déportations et de la liquidation. Le nom ne désigne pas une liste fermée de combattants. Il est dédié aux Juifs de Cracovie qui furent rassemblés ici, séparés de leurs familles, envoyés dans des camps et tués sur la place même et dans les cours voisines.
Les actuelles chaises métalliques apparurent en deux mille cinq. Les architectes Piotr Lewicki et Kazimierz Łatak, qui transformaient la place en mémorial, s’appuyèrent sur le récit du pharmacien et témoin Tadeusz Pankiewicz. Après la liquidation du ghetto, il vit ici d’innombrables armoires, tables et buffets sortis des maisons et laissés à pourrir. Les chaises représentent ce mobilier domestique abandonné et les personnes auxquelles il appartenait. Elles renvoient aux mêmes affaires parmi lesquelles les frères Ferber se cachèrent.
Les portes du ghetto n’existent plus. Elles se trouvaient entre le petit bâtiment d’un étage à l’extrémité nord de la place et l’angle de la rue Kącik. Des colonnes de prisonniers passèrent par cette ouverture et des charrettes chargées d’affaires en sortirent ; aujourd’hui, des chaises vides se dressent devant son tracé.
Sur place
Place municipale ouverte et mémorial ; l’accès ne dépend que des travaux municipaux ou de fermetures temporaires.
Vérifié : 26 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Prenez le temps de marcher sans vous presser entre les chaises. C’est un mémorial, non un décor de rue ; pour les conversations et les photographies, gardez une distance respectueuse des autres visiteurs.
