Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Murs de terre
- Bases en pierre des murs
- Portails couverts
- Canal Onosho
L’histoire du lieu
Nagamachi peut se traduire par « long quartier ». Cependant, le nom cache probablement un patronyme. Le caractère « long » se lit ici « naga », mais, dans le nom du clan qui possédait un immense domaine voisin, il se lit « Chō ». Une autre hypothèse relie aussi le nom à la longueur des rues ; l’origine familiale du nom demeure donc l’explication la plus répandue, mais elle n’est pas incontestée.
L’homme qui donna son importance au nom de Chō pour Kanazawa fut Chō Tsuratatsu. Il naquit troisième fils et vécut dès l’enfance dans un temple : on ne le préparait pas à devenir héritier. Plus tard, Tsuratatsu quitta l’état monastique et retourna dans sa famille, qui servait les maîtres du château de Nanao, dans la province voisine de Noto.
En mille cinq cent soixante-dix-sept, Nanao fut assiégé par les troupes du chef militaire Uesugi Kenshin. Le clan Chō soutenait ses adversaires. Tsuratatsu fut envoyé auprès d’Oda Nobunaga pour demander une aide militaire. Pendant qu’il était en route, l’un des défenseurs du château passa du côté des assiégeants. Nanao tomba et les proches de Tsuratatsu furent massacrés. Cette mission ne sauva pas sa famille, mais son absence du château le sauva lui-même.
Il lui fallait alors retrouver les terres, les hommes et les revenus sans lesquels le nom d’un ancien guerrier ne signifiait rien. Tsuratatsu combattit aux côtés de Nobunaga et reçut la moitié du district de Kashima, soit cinquante-neuf villages. Il espérait devenir le maître de toute la province de Noto, mais Nobunaga la confia à Maeda Toshiie. Tsuratatsu dut négocier avec son nouveau seigneur. Il servit Maeda lors de ses campagnes, et celui-ci reconnut ses droits sur Kashima. Tsuratatsu ne devint pas un souverain indépendant ; ses descendants entrèrent parmi les huit grandes maisons vassales du domaine de Kaga.
En mille six cent douze, le domaine urbain du clan Chō fut transféré ici. Il occupait environ trente-trois mille mètres carrés. À côté se trouvaient les possessions d’une autre grande maison, le clan Murai, ainsi que les domaines de samouraïs de rang intermédiaire. Tsuratatsu mourut sept ans plus tard, mais sa famille conserva sa place parmi les principaux vassaux des Maeda pendant encore de nombreuses générations. Le domaine lui-même n’existe plus : son terrain est occupé par le parc Tamagawa. Selon la version admise, le caractère du nom de famille subsiste aussi dans le nom de Nagamachi.
Les murs d’ici indiquaient la position de leur propriétaire avec plus de précision qu’une enseigne. Les ashigaru, soldats à pied de rang inférieur, n’avaient pas le droit d’entourer leur maison d’un mur : ils devaient se contenter d’une haie vive. Les vassaux à part entière de rang intermédiaire et ceux qui leur étaient supérieurs pouvaient élever des murs de terre sur une base de pierre et aménager des portails couverts. Ainsi, une longue ligne de murs séparait les domaines de familles dont les revenus, les obligations et le nombre de serviteurs étaient fixés d’avance par leur place dans la hiérarchie du domaine.
Le canal au pied des murs s’appelle le canal Onosho. La date exacte de son apparition est inconnue ; on le considère comme l’un des plus anciens canaux d’approvisionnement en eau de Kanazawa. Les gens des Maeda y transportaient du bois de construction et du riz, y puisaient de l’eau pour les usages domestiques et pour éteindre les incendies, et la dirigeaient vers les jardins des domaines. L’eau parvient encore d’ici à certains jardins privés de Nagamachi. Le canal desservait les cours mêmes dont les murs de terre marquaient les limites.
Après l’abolition des ordres en mille huit cent soixante-huit, des personnes de toute origine purent vivre ici. Le quartier fut épargné par les grands incendies et les bombardements, mais, au vingtième siècle, les anciennes maisons commencèrent à céder la place à de nouvelles constructions. En mille neuf cent soixante-sept, l’architecte Taniguchi Yoshirō réunit des spécialistes qui parcoururent Kanazawa et repérèrent les quartiers nécessitant une protection. La ville accepta leur proposition et instaura dès l’année suivante les premières règles du Japon pour préserver le paysage urbain historique. Nagamachi entra dans la zone protégée.
Chaque mois de décembre, les élèves de l’École des métiers de Kanazawa recouvrent les murs de nattes de paille de riz tressée, les komo. La neige humide imprègne la terre ; en gelant, l’eau se dilate et arrache la couche extérieure. C’est pourquoi, au début de mars, on retire les nattes et on vérifie la maçonnerie. Derrière elles subsistent les limites préservées et restaurées des cours de samouraïs ; le domaine des Chō n’est plus derrière ces murs, mais son nom est resté à tout le quartier.
Sur place
La rue de la ville est ouverte en permanence. Les nattes d’hiver komo sur les murs restent généralement en place jusqu’au début de mars.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Il vaut mieux parcourir le quartier sans se presser et ne pas entrer derrière les clôtures des maisons privées. En hiver, les nattes de paille constituent une protection fonctionnelle, et non un décor de fête.
