Étape 4 sur 7

La cour Even‑Yisrael

אבן ישראל

Cinquante-trois participants ont transformé un contrat de construction commun en un quartier protégé et ont inscrit leur nombre dans son nom.

15 min
Un petit amphithéâtre en pierre avec des terrasses et des buissons dans la cour centrale d'Even‑Yisrael
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À remarquer

  • Le rectangle de maisons sur le périmètre, les passages en arc opposés et l'immeuble de trois étages dans un environnement de constructions basses.

L’histoire du lieu

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À l'intérieur d'Even‑Yisrael, la ville se rassemble en un rectangle. Les maisons en pierre sont alignées sur les quatre côtés, leurs fenêtres et portes donnant sur la cour, tandis qu'au centre subsiste un espace commun — presque une grande pièce sans toit. Derrière les murs, Jérusalem fait du bruit, mais ici toute l'architecture est conçue pour que la vie se tienne à l'intérieur.

Le nom de la cour ressemble à une petite énigme jérozolymitaine. « Even » en hébreu signifie « pierre ». Si l'on additionne les valeurs numériques des lettres — cette méthode de lecture s'appelant la guematria dans la tradition juive — on obtient cinquante-trois. C'est exactement le nombre de participants à la société de construction, et celui des appartements qu'ils comptaient ériger. Mais l'affaire ne s'arrêtait pas à un simple calcul. « Pierre d'Israël » est aussi une expression tirée de la bénédiction biblique de Jacob à Joseph. Ainsi, en deux mots se sont réunis le nombre d'actionnaires, les Écritures sacrées et le matériau de construction même du quartier. Cinquante-trois personnes ont comme inscrit leur contrat directement dans le nom : chacun contribue à la pierre commune, et la pierre survit à ses propriétaires.

Even‑Yisrael est apparu parmi les premières cours de Nachlaot. À cette époque, sortir des murs de la Vieille Ville n'était pas simplement un déménagement vers un nouvel appartement. Derrière les portes fortifiées commençait un territoire sans la protection urbaine habituelle, et le quartier devait donc devenir une petite forteresse par lui-même. Les entrées nord et sud se fermaient par des arcs. Avec la tombée de la nuit, la cour devenait un monde clos où le mur extérieur était simultanément le mur des maisons d'habitation.

Cependant, la véritable sécurité ne se composait pas seulement de pierre et de portes closes. À l'intérieur se trouvaient une citerne à eau, une mikvé (bain rituel) et un four commun. Devant chaque appartement se trouvait une petite cour familiale avec cuisine et espace couvert pour manger. Sous les maisons, on aménageait des caves : on y stockait du charbon, du vin et de l'huile de sésame. Tout le nécessaire était à portée de main, et en temps de trouble, les familles pouvaient presque ne pas dépendre de la ville extérieure.

Presque — c'est un mot important. L'autonomie côtoyait toujours ici la promiscuité. Le chemin vers l'eau passait par la cour commune. Le pain était envoyé au four commun. Les enfants des voisins jouaient devant les mêmes portes, les adultes se croisaient plusieurs fois par jour, et l'odeur du déjeuner traversait facilement la frontière entre deux familles. La vie privée commençait après le seuil, mais avant ce seuil existait une vie commune. Une telle cour protégeait les gens tout en empêchant qu'ils ne deviennent des étrangers.

Plus tard, des passages supplémentaires ont été créés, et le quartier autrefois fermé est devenu plus perméable. Aujourd'hui, on peut le traverser presque par hasard, bien que sa forme initiale soit encore lisible : maisons sur le périmètre, centre commun, entrées aux côtés opposés. C'est une architecture de la communauté traduite dans le langage des murs. Chacun a son coin, mais la solidité n'émerge que lorsque les coins sont reliés.

Parmi les maisons basses, se distinguait particulièrement l'immeuble de trois étages de la veuve américaine Rebecca Levy, situé dans la partie nord de la cour. Aujourd'hui, trois étages à Jérusalem ne surprennent personne, mais à l'époque le bâtiment a reçu un surnom presque solennel : le premier gratte-ciel de Jérusalem. Dans un environnement de maisons d'un ou deux étages, un étage supplémentaire semblait déjà défier l'horizon. Le toit a été recouvert de tôle pour protéger les habitants du froid. On obtint ainsi une structure à la fois pratique et légèrement provocante : comme si la cour, habituée à s'étendre le long du sol, avait décidé pour la première fois de grandir vers le haut.

Le quartier était construit principalement pour des familles modestes, mais tous les appartements n'étaient pas identiques. On y trouvait aussi des habitations plus spacieuses. La richesse n'a pas été déplacée dans un quartier riche séparé — différentes familles se sont retrouvées à l'intérieur d'un même rectangle, autour d'une seule citerne et d'un seul four. Les différences étaient visibles, mais le quotidien restait commun.

Avraham Moshe Luncz vivait à Even‑Yisrael : géographe, éditeur et chercheur sur la Palestine. Sa biographie ressemble presque à une parabole conçue spécialement pour cette ville qu'il faut regarder longuement. Luncz est devenu aveugle jeune mais a continué à compiler des guides, publier des annuaires et parler de Jérusalem et du pays. En face de sa maison fonctionnait la imprimerie juive qui lui appartenait. Elle produisait des textes pour ceux qui souhaitaient comprendre le territoire : où passent les routes, comment est organisé la ville, ce qui se cache derrière les noms familiers.

L'homme qui ne voyait plus les rues aidait les autres à les voir. Non pas avec les yeux — mais par la connaissance. Sa Jérusalem se composait de mémoire, d'observations d'autrui, de recherches, de noms et de descriptions, puis se transformait en pages imprimées littéralement à travers la cour depuis sa maison. Avec le docteur Koyzevsky, Luncz a fondé dans la ville un établissement pour les aveugles. Dans l'Even‑Yisrael clos émergeait une tout autre carte de la ville — celle où la vue n'était pas le seul moyen de s'orienter dans le monde.

Cette cour a aussi un autre héros : Yosef Rivlin, l'un de ses fondateurs. En yiddish on l'appelait « shtetlmacher », le « bâtisseur de petites villes ». On lui attribue la participation à la création de treize quartiers juifs du nouveau Jérusalem. Alors que la ville sortait des murs fortifiés, Rivlin a aidé à plusieurs reprises à transformer une terre vide en lieu d'habitation : trouver des fonds, rassembler les gens, tracer les limites des futures cours.

Là où circulent de grosses sommes de construction, les soupçons surgissent presque inévitablement. Les envieux accusaient Rivlin de s'enrichir sur ces projets. La fin de sa vie fut la meilleure réponse, bien que cruelle, à ces accusations. Il est mort presque sans ressources, ne laissant même pas sa propre maison à ses enfants. Lors de sa dernière maladie, il n'avait pas d'argent pour payer les médecins, et les frais ont été pris en charge par le baron Shimon Wolf Rothschild.

Ainsi, près des cinquante-trois appartements subsiste la mémoire d'un homme qui a construit un logement pour toute une ville, mais n'a pu laisser à sa famille ni une seule maison. Peut-être était-ce là son véritable capital : non pas un bâtiment individuel avec le nom du propriétaire sur la façade, mais des quartiers où les noms s'effacent progressivement, tandis que persiste la forme même de la voisinage.

Even‑Yisrael était conçu comme une pierre — solide, close, fiable. Mais à l'intérieur de cette pierre se trouvaient l'eau, le feu du four commun, l'odeur de l'huile des caves, la presse typographique du géographe aveugle et les voix des familles qui devaient chaque jour négocier entre elles. La pierre est restée non pas parce qu'elle était immobile. Elle est restée parce qu'elle était habitée.

Sur place

Temps sur place15 min
Point suivantMishkenot Yisrael
Entréelibre

Ouvert en permanence ; c'est une cour résidentielle, veuillez donc faire preuve de discrétion, surtout le soir

Vérifié : 22 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.

C'est un espace résidentiel, pas une cour de musée. Restez dans la partie passante, ne regardez pas par les fenêtres et n'entrez pas dans les cours familiales, les caves ou les escaliers d'immeuble.

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Promenade terminée

« Du marché aux cours : Jérusalem vivante derrière Agrippas » — 7 étapes, env. 850 m, 2–3 h.

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