Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La fontaine de marbre
- Les façades pastel
- Le revêtement de bois
- Les oriels au-dessus de la chaussée
L’histoire du lieu
Neuf maisons colorées, avec des oriels au-dessus d’une chaussée étroite, sont aujourd’hui occupées par un hôtel. Au dix-neuvième siècle, des personnes au service du palais et de Sainte-Sophie s’installaient ici ; après les incendies, les logements de bois étaient reconstruits, agrandis et remplacés. Au milieu du siècle suivant, beaucoup d’habitants étaient partis, et des constructions de béton s’élevèrent entre les maisons délabrées.
À l’extrémité basse de cette rue pavée subsiste une fontaine de marbre aménagée vers mille huit cents, sous le sultan Selim le Troisième. Soğukçeşme signifie littéralement « fontaine froide ». Son eau a donné son nom au passage entre Sainte-Sophie et le mur extérieur du palais de Topkapi, bien avant l’apparition de l’actuelle rangée de façades pastel.
Des personnes au service du palais et de Sainte-Sophie vivaient ici. Les maisons de bois furent reconstruites après les incendies, agrandies, remplacées ; au dix-neuvième siècle, elles formaient une rue étroite, avec des oriels et des fenêtres juste au-dessus de la chaussée. Au milieu du vingtième siècle, les habitants partaient, le bois pourrissait, certaines maisons s’effondraient, et des constructions de béton apparurent entre elles.
Çelik Gülersoy, directeur général de Türkiye Turing ve Otomobil Kurumu, prit en charge cette rangée ; il défendait la préservation de l’ancien bâti résidentiel d’Istanbul. Il était au service de l’organisation depuis l’âge de dix-sept ans : il y avait commencé comme employé, était devenu conseiller juridique, puis dirigeant. L’organisation obtenait notamment de l’argent pour des projets urbains en délivrant aux automobilistes des documents douaniers à la frontière. À Soğukçeşme, Gülersoy investit les fonds de l’organisation et sa propre réputation professionnelle. Pour que les maisons financent elles-mêmes leur entretien futur, il comptait y installer des pensions hôtelières et attribuer le plus grand bâtiment à une bibliothèque consacrée à Istanbul.
Bedrettin Dalan, maire d’Istanbul, cherchait une autre issue. Il qualifiait les maisons de taudis tardifs, indignes du mur d’un palais sultanien, et voulait les démolir pour faire place à un parc. À l’automne mille neuf cent quatre-vingt-cinq, des équipes municipales interrompaient les travaux et emportaient les outils des constructeurs. Gülersoy répondait par des décisions de protection des bâtiments. Il disposait aussi de preuves visibles : la même rangée apparaît sur une gravure de mille huit cent trente et sur des photographies des années soixante du dix-neuvième siècle. Le différend portait déjà sur ce qu’il fallait considérer comme l’Istanbul historique : un mur de palais dégagé ou les maisons de personnes qui s’étaient installées à ses abords pendant des générations.
En mars mille neuf cent quatre-vingt-six, Dalan y amena le président de la Turquie Kenan Evren, de la décision duquel dépendait la poursuite du chantier, et se plaignit du projet. Selon un récit ultérieur de Gülersoy, le président le convoqua le jour même pour qu’il s’explique. Après leur entretien, Evren ordonna de ne pas entraver les travaux. Le projet de parc resta sans suite, et l’équipe de Gülersoy acheva la rue cette même année.
Les anciennes maisons furent toutefois conservées principalement dans les relevés, les silhouettes et l’implantation. Les constructeurs démontèrent la plupart des anciennes structures, élevèrent des ossatures en béton armé avec remplissage de briques, les revêtirent de bois et ajoutèrent des bâtiments là où la rangée présentait des vides. Les spécialistes qualifient donc ce qui s’est produit de reconstruction, bien que les créateurs du projet aient parlé de restauration.
En mille neuf cent quatre-vingt-six, les pensions Sainte-Sophie ouvrirent ici. Neuf maisons colorées sont encore aujourd’hui occupées par un hôtel : derrière le revêtement de bois qui figure une ancienne rue d’Istanbul se trouvent des ossatures de béton, élevées après le différend entre Gülersoy et Dalan.
Sur place
Rue ouverte le long du mur du palais ; elle se visite de l’extérieur. Ne bloquez pas le passage étroit et tenez compte des restrictions de service autour du périmètre du palais.
Vérifié : 27 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est une rue de passage, et certains bâtiments sont utilisés conformément à leur fonction : observez les façades depuis l’extérieur et n’entrez pas dans les espaces fermés ou privés.
