Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Obélisque égyptien
- Colonne serpentine
- Obélisque muré
L’histoire du lieu
Le pavage actuel passe au-dessus de la piste de l’hippodrome de Constantinople. Des chars parcouraient sa longue arène, et des dizaines de milliers d’habitants se rassemblaient dans les tribunes. La kathisma du souverain était aménagée dans la partie orientale des tribunes et reliée au Grand Palais par un passage spécial. L’Obélisque égyptien marque l’ancienne bande médiane que contournaient les chars ; après la disparition de l’arène, les Ottomans rendirent à ce lieu les courses et les jeux de lancer de javelot, ce qui lui donna le nom d’Atmeydanı, la place aux Chevaux.
En janvier de l’an cinq cent trente-deux, la femme du sénateur Hypatius saisit son mari et tenta de l’empêcher de sortir de chez eux. Une foule était venue le chercher pour le faire empereur. Maria criait à leurs proches qu’on emmenait Hypatius à la mort. On l’écarta, puis on emmena son mari.
Istanbul s’appelait alors Constantinople et était la capitale de l’Empire romain d’Orient. Hypatius était le neveu de l’ancien empereur Anastase. Ce lien de parenté, à lui seul, faisait du sénateur un possible remplaçant de Justinien, qui régnait alors. Hypatius n’avait pas déclenché la révolte et était d’abord resté au palais, près de l’empereur. Mais Justinien le soupçonna et lui ordonna de rentrer chez lui. Par cette décision, il livra son rival directement aux mains des habitants de la ville.
La révolte commença par une exécution manquée. Pour des meurtres commis lors de troubles antérieurs, on avait condamné des membres de deux associations de supporters, les « Bleus » et les « Verts ». D’ordinaire, ils étaient ennemis à cause des équipes de chars et occupaient des secteurs différents de l’hippodrome. Mais deux condamnés, un Bleu et un Vert, tombèrent vivants de la potence à deux reprises. Des moines les cachèrent dans une église. Lors des courses suivantes, les deux groupes demandèrent ensemble à Justinien de gracier les survivants. L’empereur ne répondit pas.
Alors, depuis les tribunes, on entendit « Nika ! » — « Vaincs ! ». Le cri habituel d’encouragement à un cocher devint le mot de passe des insurgés. Ils libérèrent les prisonniers, incendièrent des bâtiments administratifs et l’ancienne église Sainte-Sophie. Justinien destitua plusieurs fonctionnaires détestés, mais la foule exigeait déjà un changement d’empereur.
Toutes les actions convergèrent de nouveau vers l’hippodrome, car il avait été conçu pour la rencontre entre le souverain et des dizaines de milliers d’habitants. Des chars s’élançaient sur la longue piste, les Bleus et les Verts se répondaient depuis des secteurs opposés, et, au milieu de la tribune orientale, se trouvait la loge impériale, la kathisma. Un passage distinct y menait depuis le Grand Palais. C’est ici que Justinien se montrait à ses sujets, recevait leurs acclamations et donnait le départ des courses.
Les insurgés posèrent un collier d’or sur la tête d’Hypatius à la place d’une couronne, le proclamèrent empereur et l’amenèrent ici. Hypatius monta précisément dans la kathisma et s’assit à la place de Justinien. Ce n’était plus un cri lancé dans la rue : le rival occupait le siège depuis lequel le souverain s’adressait à la ville rassemblée.
Au palais, on envisageait de fuir par bateau, mais Justinien resta et confia la répression à deux généraux. Bélisaire, récemment revenu de guerre et disposant de lanciers éprouvés au combat, mena ses hommes vers les tribunes bondées. Un détachement de Mundus entra dans l’hippodrome de l’autre côté. La foule, réunie pour le spectacle et la proclamation d’un nouvel empereur, se retrouva entre les soldats. Selon l’estimation d’un contemporain des événements, plus de trente mille personnes périrent ici ce jour-là.
Hypatius fut arraché du siège impérial. Le lendemain, son frère et lui furent exécutés, leurs corps jetés à la mer et leurs biens remis au trésor. Plus tard, on rendit à leurs enfants leurs titres et la part de leurs biens que Justinien n’avait pas encore distribuée. Justinien, lui, conserva le trône.
Les tribunes n’existent plus et l’ancienne piste se trouve sous le revêtement actuel. L’Obélisque égyptien, la Colonne serpentine et l’Obélisque muré marquent le milieu allongé de l’arène : ils se dressaient autrefois sur la barrière centrale autour de laquelle tournaient les chars. Lorsque, après la disparition de l’hippodrome, les Ottomans organisèrent de nouveau sur l’espace dégagé des courses et des jeux équestres de lancer de javelot, ils le nommèrent Atmeydanı — la place aux Chevaux. Aujourd’hui, son nom officiel est place Sultanahmet.
La kathisma impériale n’a pas survécu. Elle se trouvait au milieu du côté est des tribunes disparues, là où Hypatius occupa le siège de Justinien et d’où, quelques heures plus tard, on l’emmena pour être exécuté.
Sur place
Place urbaine ouverte à l’emplacement de l’ancien hippodrome ; il vaut mieux venir le matin ou vers le soir, lorsqu’il y a moins de groupes et que la lumière est plus douce.
Vérifié : 27 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La halte se déroule à l’extérieur. Ne vous placez pas dans le flux principal des passants ; il est plus commode d’observer les détails du piédestal en contournant l’obélisque.
