Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La coupole principale
- Les terrasses du complexe
- Le mur du mihrab
- Le mausolée octogonal de Süleyman
L’histoire du lieu
Le vingt-trois novembre mille cinq cent soixante-six, on apporta ici le corps d’un sultan que l’armée avait escorté pendant plus d’un mois comme s’il était encore vivant. C’était Süleyman Ier, le commanditaire de la mosquée. Les Ottomans l’appelaient Kanuni — le Législateur —, les Européens le Magnifique. Il régna quarante-six ans. Le complexe fut construit sur son ordre et en son nom ; c’est pourquoi il fut appelé Süleymaniye, celle de Süleyman.
Süleyman réserva pour la construction une partie du terrain de l’Ancien Palais, sur la crête dominant la Corne d’Or. L’architecte Sinan plaça la mosquée au centre, puis disposa en terrasses sur la pente les écoles, l’hôpital, l’école de médecine, la cuisine gratuite, l’auberge, le bain et les rangées de boutiques. Les revenus de biens affectés à une fondation charitable payaient les enseignants, les médecins, les cuisiniers et l’entretien des bâtiments. On y priait, on y formait des théologiens et des médecins, on y soignait les malades, on y nourrissait les pauvres et on y accueillait les voyageurs. La mosquée était la salle principale d’un grand établissement urbain.
Lors de la pose des fondations du complexe, à l’été mille cinq cent cinquante, Ebussuud Efendi — le cheikh al-islam, principal interprète du droit islamique à la cour du sultan — posa la première pierre près du futur mur du mihrab. Sept ans plus tard, Sinan, qui dirigeait l’ensemble du service de construction de la cour et répondait de son travail devant le sultan, remit à Süleyman la clé de la mosquée achevée. Selon les souvenirs de l’architecte, le sultan demanda aux courtisans qui devait ouvrir les portes. Ils nommèrent Sinan. Süleyman lui rendit la clé en disant qu’il convenait à Sinan lui-même d’ouvrir le sanctuaire qu’il avait construit. Sinan prononça « Ya Fattah » — « Ô Toi qui ouvres » — et tourna la clé.
Neuf ans plus tard, Süleyman quitta Istanbul pour la dernière fois. Il avait plus de soixante-dix ans, souffrait de la goutte et se déplaçait difficilement. Après l’échec du siège de Malte, le sultan voulait montrer personnellement qu’il était encore capable de conduire une armée. La cible de la campagne fut la forteresse de Szigetvár, en Hongrie.
Dans la nuit du six au sept septembre mille cinq cent soixante-six, Süleyman mourut dans sa tente de campagne, quelques heures avant l’assaut décisif. Le grand vizir Sokollu Mehmed Pacha, qui dirigeait le gouvernement et le siège lui-même, craignait que la nouvelle ne rompe l’ordre dans l’armée avant que l’héritier ne parvienne auprès d’elle. Il ordonna de garder la mort secrète.
Quelques initiés retirèrent les organes internes, traitèrent le corps avec de l’ambre gris et du musc, le placèrent dans un cercueil et l’enterrèrent provisoirement sous l’estrade du trône de campagne. La forteresse fut prise. Quarante-deux jours plus tard, le cercueil fut secrètement retiré de terre et placé dans une voiture. Sur le chemin du retour, les ordres continuèrent d’être donnés comme si le sultan était resté dans sa tente. Ce n’est qu’après l’arrivée à Belgrade de son fils et héritier Selim II que la mort fut annoncée officiellement. Selim II monta sur le trône, et Sokollu conserva la charge de grand vizir durant tout son règne.
La dernière cérémonie funéraire eut lieu à la mosquée Süleymaniye. Ebussuud Efendi dirigea la prière — le même homme qui avait posé ici la première pierre seize ans plus tôt. Süleyman fut enterré à côté de la mosquée, et Sinan éleva au-dessus de sa tombe un mausolée octogonal. Il se trouve derrière le mur du mihrab, avec sa niche de prière : c’est là que repose le corps transporté depuis Szigetvár pendant que l’armée feignait que son sultan était encore vivant.
Sur place
Ouverte tous les jours de 9:00 à 18:00, fermée pendant les cinq prières ; entrée libre, les dons sont les bienvenus.
Vérifié : 17 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est une mosquée en activité : retirez vos chaussures avant d’entrer, respectez le code vestimentaire et n’entrez pas dans la zone de prière pendant les offices religieux. La vue panoramique et l’organisation du complexe restent accessibles sans visiter l’intérieur.
