Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La cour rectangulaire ouverte
- Les galeries en bois sur trois niveaux
- Trois bacs à laver en pierre
- Le robinet d’eau commun
L’histoire du lieu
Le nom conserve l’ancienne adresse de la rue, et non le souvenir d’un propriétaire. Après l’entrée, un couloir mène à une cour intérieure, autour de laquelle s’étendent sur trois niveaux des galeries en bois donnant sur les portes de pièces séparées. C’est ainsi qu’en Espagne on nomme les immeubles de rapport organisés autour d’une cour commune : les logements étaient séparés, mais l’eau, la lessive et les tâches quotidiennes étaient communes. Les trois bacs à linge en pierre et le robinet d’eau dans la cour témoignent encore de cette ancienne organisation de la vie.
En mille neuf cent quatre-vingt-onze, les derniers locataires furent relogés d’ici. Parmi eux se trouvait Antonia, une femme du Realejo qui avait commencé à travailler à neuf ans : elle était domestique dans les maisons d’autrui, lavait les sols et élevait ses frères et sœurs plus jeunes. Elle ne se maria pas. À la Corrala de Santiago, Antonia louait un logement : c’était précisément pour des locataires comme elle que cette maison existait.
Derrière une porte modeste s’étire un long couloir, puis s’ouvre une cour rectangulaire. Tout autour, des galeries s’élèvent sur trois niveaux et donnaient accès à des pièces séparées. La cour ouverte apportait la lumière et l’air ; l’eau, la lessive et une part importante de la vie quotidienne restaient communes. C’est pourquoi le mot espagnol « corrala » désigne ici un immeuble de rapport dont les logements s’organisent autour d’une cour commune, et le rectangle de ciel au-dessus des têtes fait partie de sa structure.
À la fin des années quatre-vingt, la maison s’était fortement dégradée. Les galeries avaient été transformées au gré des besoins, certains passages avaient été murés par les habitants, mais plusieurs familles vivaient encore ici. Jaime Montaner, responsable régional des travaux publics, voulait préserver le bâtiment : il l’acheta aux propriétaires et projeta d’y installer un institut public d’architecture. Entre-temps, les locataires étaient relogés dans de nouveaux quartiers.
Antonia fut installée au troisième étage d’un immeuble sans ascenseur. En mille neuf cent quatre-vingt-onze, elle avait environ soixante ans ; dans un entretien enregistré presque trente ans plus tard, elle raconta que, depuis cinq ans déjà, elle ne sortait presque plus de son appartement, sauf pour aller chez le médecin. Les frères et sœurs dont elle s’était occupée étaient morts. Chaque jour, une femme lui apportait à manger ; Antonia l’avait autrefois élevée en travaillant comme domestique chez ses parents. Ainsi s’acheva l’histoire de l’une des dernières locataires d’ici.
L’institut d’architecture ne vit finalement pas le jour ici. L’architecte Carlos Sánchez restaura la cour et les galeries en bois, tandis que Juan López Martos, qui avait remplacé Montaner, remit le bâtiment à l’université de Grenade. Des chambres furent aménagées à l’étage pour les enseignants et les étudiants de passage, et le rez-de-chaussée ainsi que la cour furent destinés aux expositions, aux spectacles et aux concerts. L’espace commun fut conservé, mais il est désormais partagé par des hôtes temporaires de l’université et les visiteurs d’événements culturels.
C’est alors que l’ancienne « corrala », ou « cour de la rue Santiago », reçut son nom officiel de Corrala de Santiago. Santiago est ici une adresse, et non le nom d’un propriétaire. Lors de la transformation, trois bacs à laver en pierre et un robinet d’eau commun furent laissés dans la cour. Antonia et les autres locataires furent relogés d’ici ; ce qui appartenait à leur vie quotidienne commune est resté sous le même rectangle de ciel ouvert.
Sur place
Résidence officielle de l’université de Grenade ; observez-la de l’extérieur et n’entrez pas dans la cour sans autorisation explicite ou sans événement.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La corrala est utilisée par l’université et n’est pas une cour traversante librement accessible. N’entrez que si l’accès est clairement autorisé et gardez le silence.
