Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La façade de la demeure au numéro quatre
- Le portail commun
- La cour intérieure
- Les deux étages d’apparat
L’histoire du lieu
La demeure située au numéro quatre de Via Balbi porte deux noms. Balbi est une famille de marchands et de banquiers qui a financé cette rue. Senarega est le nom de jeune fille de la femme pour laquelle le palais lui-même fut construit.
Au début du dix-septième siècle, Stefano Balbi proposa d’établir une voie droite reliant l’ancien centre à la sortie occidentale de Gênes. La famille prit les frais à sa charge et obtint la possibilité d’édifier cinq résidences le long du nouvel axe. On appela alors la rue Strada degli Signori Balbi, la rue des seigneurs Balbi. Leur fortune provenait du commerce de la soie, du velours, de la laine et du mercure, ainsi que de prêts consentis aux souverains européens. Ici, les profits se transformèrent en pierre et en nom de famille sur le plan de la ville.
En mille six cent dix-huit, les frères Giacomo et Pantaleo Balbi commandèrent un palais à l’architecte Bartolomeo Bianco. Chaque frère avait besoin d’un logement séparé, mais la parcelle était étroite. Bianco superposa deux étages d’apparat équivalents : les deux familles partageaient le portail, la cour et l’escalier, mais pas les appartements privés. Giacomo s’installa ici avec sa femme, Battina Senarega. Son nom de famille demeura dans le second nom du bâtiment.
En mille six cent quarante-quatre, leur fils Francesco Maria Balbi hérita de la part de son père et reçut celle de son oncle Pantaleo. Les deux étages familiaux se retrouvèrent aux mains d’un seul propriétaire. Francesco Maria était financier et collectionneur ; les tableaux lui servaient à la fois de décoration, d’archives familiales et de biens coûteux. Il agrandit le palais, aménagea une galerie et chargea Valerio Castello d’en peindre les voûtes.
Parmi les œuvres passées à Francesco Maria se trouvait un immense portrait équestre de son cousin Gio Paolo Balbi, peint par Antoon van Dyck. L’artiste représenta le patricien génois comme on représentait autrefois les souverains et les chefs militaires : le cavalier maîtrise un cheval cabré et se retourne vers le spectateur. Pour une famille de banquiers, ce portrait exprimait le rang auquel elle était parvenue.
En mille six cent quarante-huit, Gio Paolo tenta, avec le soutien de la France, de renverser le gouvernement de la République de Gênes et de modifier ses alliances. Le complot fut découvert avant qu’il ne passe à l’action. Gio Paolo fut condamné par contumace et exilé ; son nom fut inscrit sur le tableau de l’infamie au Palazzo Ducale. Il erra de ville en ville en Europe et mourut à Venise. Le portrait d’un homme déclaré ennemi de la République devint une part dangereuse du patrimoine familial.
Francesco Maria ne voulut pas perdre la toile de van Dyck. Il chargea le peintre Simone du Bois de peindre son propre visage par-dessus celui de son parent condamné. Le cheval, la figure du cavalier et la peinture du célèbre Flamand restèrent inchangés. Les visiteurs du palais voyaient Francesco Maria Balbi là où van Dyck avait représenté Gio Paolo. Le propriétaire conserva un tableau précieux et écarta de sa propre galerie un membre disgracié de la famille.
Les Balbi possédèrent le palais pendant plus de trois siècles. En mille neuf cent soixante-quatorze, le portrait fut vendu et, lors d’une restauration, le visage ajouté ultérieurement fut retiré. Gio Paolo réapparut dessous. La toile se trouve aujourd’hui dans la collection de la Fondation Magnani-Rocca, près de Parme.
Le palais lui-même appartient à l’Université de Gênes : derrière l’ancienne façade se trouve l’École des sciences humaines. Les deux étages d’apparat des frères, la cour et les fresques commandées par Francesco Maria y sont conservés. Le portrait équestre a disparu d’ici. À Gênes, il reste le nom de la famille ; et sur le tableau, près de Parme, le visage du parent que le propriétaire de cette maison avait ordonné de cacher.
Sur place
La rue est accessible en permanence ; le palais est utilisé par l’Université de Gênes et n’est pas un musée ordinaire.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ce sont des bâtiments universitaires en activité. Visitez les cours accessibles en silence, n’entrez pas dans les salles de cours et soyez prêt à vous limiter aux façades.
