Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le numéro 91 sur la façade
- Le pavage piétonnier
- Les vitrines des rez-de-chaussée
L’histoire du lieu
La rue Rose reçut son nom en mille sept cent quatre-vingt-quatre. Les magistrats municipaux donnèrent à deux rues étroites entre les lignes prestigieuses de la Nouvelle Ville d’Édimbourg le nom d’emblèmes nationaux : la rose désignait l’Angleterre, et le chardon voisin, sur Thistle Street, l’Écosse. On y construisit des maisons plus modestes à trois étages que sur George Street et Princes Street. Les rez-de-chaussée furent progressivement occupés par des boutiques et des pubs ; c’est aujourd’hui une rue commerçante piétonne.
En mille neuf cent cinquante-quatre, au-dessus de l’une des boutiques, au numéro quatre-vingt-onze, Margaret Tait aménagea une salle de cinéma. Tait était médecin et réalisatrice indépendante. Pour acheter de la pellicule et tourner sans producteur, elle acceptait des postes temporaires de médecin dans toute l’Île de Grande-Bretagne ; il lui arrivait de passer la nuit dans sa voiture lors de ses voyages. Elle finançait elle-même presque tous ses films.
Après ses études à Rome, Tait rapporta à Édimbourg ses propres courts métrages et les films de ses camarades, mais elle n’avait nulle part où les projeter. Pendant le grand Festival d’Édimbourg, la ville se remplissait de spectateurs prêts à passer d’une représentation à l’autre. Tait décida d’en capter une partie dans la rue Rose. Dans la plus grande pièce, elle installa un projecteur, perça deux petites fenêtres dans le mur et transforma la pièce voisine en cabine de projection. Un ami l’aida à raccorder les interrupteurs et les câbles, un autre camarade envoya une affiche. Ainsi commença le festival de cinéma non officiel de la rue Rose.
Tait redoutait les habitants du quartier. Elle-même qualifiait la rue Rose de cette époque de dure et espérait que les enfants de la rue ne s’intéresseraient pas à des films inconnus. Environ une semaine plus tard, trois ou quatre enfants montèrent. Ils restèrent pendant toute la programmation et, le lendemain, en amenèrent d’autres. Lorsque les enfants commencèrent à gêner les spectateurs du soir, Tait leur réserva une séance distincte.
Le même soir, deux adolescents qui se tenaient constamment dans l’embrasure de porte d’en face entrèrent dans la salle. Ils voulaient sans doute montrer aux plus jeunes que l’interdiction visant les enfants ne les concernait déjà plus. Pendant la projection, la lampe de l’amplificateur grille et les films restent sans son. Les adolescents ne partirent pas : il leur aurait été gênant de ressortir auprès des enfants après quelques minutes. Ils regardèrent toute la programmation en silence, revinrent le soir suivant pour la voir avec le son et, encore un jour plus tard, amenèrent deux camarades. Tait obtint précisément le public qu’elle redoutait et fit connaissance avec les gens qui vivaient dans cette rue. Elle conserva au festival son caractère petit et indépendant.
Deux ans plus tard, Tait réalisa le court métrage, le film Rose Street, sur la vie quotidienne de ces mêmes maisons, boutiques, travailleurs et enfants. Au début des années mille neuf cent soixante-dix, on commença à démolir les anciens bâtiments et à les remplacer par des blocs commerciaux, ainsi qu’à transformer la rue en voie piétonne. Le négatif du premier film avait alors déjà été perdu. Pour préserver la copie restante, Tait l’inséra intégralement, avec les titres et les bouts de pellicule, dans son nouveau film en couleur On the Mountain, où elle montra la rue Rose déjà réaménagée. Avant son départ, elle filma aussi les pièces au-dessus du numéro quatre-vingt-onze.
Ce numéro existe toujours dans la rue Rose. La petite salle de cinéma qui se trouvait derrière a disparu depuis longtemps, mais la rue que Tait filma avant le réaménagement demeure à l’intérieur d’un autre de ses films.
Sur place
La rue est ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; le soir, elle peut être bruyante à cause des établissements et des livraisons.
Vérifié : 29 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ne vous attardez pas dans les entrées des établissements et ne gênez pas les déchargements ; tout le sens de l’arrêt est accessible depuis la rue.
