Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Les trois arches du Grand Arsenal
- Les voûtes de pierre
- La façade du théâtre Marin Držić
L’histoire du lieu
En saison, des bateaux partent du Vieux-Port pour Lokrum. Derrière les trois grandes arches du quai, un café et un restaurant sont ouverts. Les arches marquent les entrées de l’ancien Grand Arsenal, le chantier naval d’État de la République de Raguse. On y construisait, réparait et gardait des galères de guerre qui protégeaient les navires marchands de la ville.
À l’origine, il y avait quatre sections. Les navires étaient tirés hors de l’eau directement sous les voûtes. À partir de mille quatre cent soixante-six, après les avoir sortis de l’eau, les ouvertures côté mer étaient murées d’une mince paroi : cela conservait à l’intérieur l’humidité nécessaire au bois et protégeait mieux les galères. Avant de mettre un navire à l’eau, on démontait cette maçonnerie. La façade de l’arsenal pouvait donc paraître le matin n’être qu’un mur continu, alors que des navires prêts à partir se tenaient derrière lui.
Après le séisme de mille six cent soixante-sept, le chantier naval endommagé perdit sa fonction première. Sous son toit, on entreposait des matériaux pour reconstruire la ville. Il n’y avait pas assez d’argent pour un bâtiment public distinct, et l’on décida de transformer les deux sections centrales destinées aux navires en théâtre fermé. Jusqu’alors, les acteurs de Dubrovnik jouaient dans les cours, sur les places et entre les maisons.
Le cinq février mille six cent quatre-vingt-deux, la troupe amateur noble Nedobitni inaugura ici le premier théâtre public de Dubrovnik. Elle choisit la tragi-comédie « Vučistrah » du noble et dramaturge de Korčula Petar Kanavelić. L’auteur était présent dans la salle et voulait voir sa pièce sur une scène permanente, et non sur une nouvelle estrade provisoire.
Avant la première, une loge séparée fut aménagée pour les Antunini. C’est ainsi qu’on appelait les femmes des familles Antunini, de riches citadins réunis dans la Confrérie de Saint-Antoine. Leurs maris gagnaient leur vie dans le commerce maritime et occupaient une position notable, mais leur naissance ne leur donnait pas de sièges dans les conseils de la ville. Leur propre loge rapprochait leurs épouses des femmes de la noblesse et les séparait des autres citadines.
Le jour de la représentation, la loge fut détruite. Un témoin déclara par la suite que des membres de la troupe l’avaient fait ; d’autres parlèrent de jeunes nobles, indignés que les Antunini se soient séparées des autres femmes. Le patricien Serafin Bunić approuva le saccage : selon lui, chacun devait connaître sa place. Pour les familles marchandes, le conflit portait sur la reconnaissance d’un statut acquis par le commerce ; pour les fils de nobles, sur un privilège qui leur revenait par la naissance.
Le secrétaire de la république Miho Allegretti rapporta l’incident à Maro Kaboga, l’un des dirigeants de la reconstruction après le séisme. La loge fut reconstruite. Le lendemain, les jeunes nobles lançaient encore des moqueries aux Antunini près de l’église Saint-Blaise, et, le douze février, le Petit Conseil ouvrit une enquête. La première ne fut pourtant pas annulée, et les femmes des familles marchandes récupérèrent la place qui leur avait été réservée.
Les craintes se révélèrent plus sérieuses que les conventions théâtrales. Quelques années plus tard, les sénateurs discutèrent d’une interdiction totale des spectacles au Grand Arsenal, mais laissèrent la scène ouverte. Il fut interdit aux spectateurs et aux acteurs d’apporter des armes et de provoquer des scandales. Le contrevenant risquait un an dans la prison maritime et, s’il était noble, dix années supplémentaires d’exclusion des fonctions publiques. Les anciennes sections pour navires continuèrent ensuite, pendant plus d’un siècle, de servir de principale salle de théâtre de la ville.
La loge des Antunini et cette scène n’ont pas été conservées. Les trois arches actuelles furent dégagées lors de l’aménagement d’un café municipal en mille neuf cent trente et un ; une partie de la maçonnerie s’effondra alors, et les ouvertures durent être restaurées. Le théâtre Marin Držić actuel occupe un bâtiment plus tardif, à l’emplacement de la quatrième section pour navires. La première de « Vučistrah » et le conflit autour de la loge eurent lieu dans les deux compartiments centraux de l’arsenal, là où se trouvent aujourd’hui les tables du restaurant.
Sur place
L’embarcadère et le quai sont ouverts en permanence ; les restaurants et les cafés suivent leurs propres horaires.
Vérifié : 17 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Observez le port depuis le bord de la zone piétonne, sans encombrer les quais ni les passages de service. Le théâtre et les établissements sous les arches fonctionnent indépendamment de la visite historique.
