Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Façade en granit noir
- Atrium vitré
- Passerelles au-dessus de la route
- Libre passage vers le port
L’histoire du lieu
La façade en granit noir au bord du port mène au nouveau bâtiment de la Bibliothèque royale du Danemark, où un atrium vitré est aménagé à l’intérieur. Le bâtiment fut construit à côté de l’ancien : celui-ci est resté de l’autre côté de la route et ne contenait déjà plus une collection en expansion. Des passerelles relient les deux parties de la bibliothèque au-dessus de la chaussée ; dans l’atrium se tiennent des expositions et des concerts, avec des cafés et une librairie à proximité. La pierre de revêtement fut extraite au Zimbabwe et polie en Italie ; une comparaison fortuite de la ministre de la Culture donna au bâtiment son nom actuel.
Le vingt-neuf janvier deux mille un, Peter Bellwood entra dans le département des cartes rares de la Bibliothèque royale du Danemark. Cet ancien jardinier de Leeds devenu marchand d’antiquités avait déjà purgé des peines pour des vols dans des bibliothèques britanniques et cherchait désormais des cartes à vendre à des collectionneurs. Il lui fallait de l’argent à cause de son addiction aux jeux d’argent. La Bibliothèque royale du Danemark n’avait ouvert son nouveau bâtiment — le Diamant noir — que depuis un an et demi, et les touristes y affluaient avec les lecteurs. Parmi eux, un homme muni d’une carte de lecteur ne paraissait pas suspect.
Bellwood s’inscrivit sous son propre nom et, avant toute chose, remit au personnel un billet trouvé de cinq cents couronnes. Ce geste l’aida à passer pour un chercheur honnête. Il commanda ensuite des atlas anciens et l’« Itinerario », un livre de voyage de la fin du seizième siècle contenant des cartes des côtes alors connues d’Afrique, d’Arabie et d’Amérique du Sud.
Pendant trois jours, Bellwood découpa des feuillets avec un petit couteau à tailler les crayons. Il passait la main le long de la reliure, cachait la carte détachée sous la table, puis la glissait sous son pull ample. Il emporta ainsi huit cartes, dont des cartes du monde réalisées par Abraham Ortelius, Petrus Plancius et John Speed. Sur l’une d’elles, la Californie est encore représentée comme une île. La valeur totale de ce qui fut alors volé fut estimée à environ cent mille livres sterling.
Une employée de la salle de lecture remarqua une page qui dépassait d’un livre endommagé après le départ de Bellwood. Le chef de la sécurité, Jesper Jørgensen, qui devait retrouver le voleur et récupérer les feuillets, visionna l’enregistrement des caméras image par image. À l’écran, on voyait le mouvement du couteau le long de la reliure, ainsi que les cartes sous le pull. Jørgensen remit l’enregistrement à la police, et la bibliothèque publia la photographie de Bellwood sur Internet.
Cette image incita d’autres bibliothèques européennes à vérifier leurs registres de lecteurs et leurs atlas. Au Pays de Galles, on découvrit des dizaines de cartes découpées ; à Stockholm, encore une quarantaine environ ; des disparitions semblables furent constatées à La Haye et à Helsinki. Bellwood fut recherché pendant plusieurs années. En deux mille quatre, un tribunal britannique le condamna à quatre ans et demi de prison pour des vols à la Bibliothèque nationale du pays de Galles. Les cartes emportées de Copenhague n’avaient toujours pas été retrouvées à cette date.
Après cette affaire, des responsables de bibliothèques et des policiers de différents pays se réunirent ici même. En mai deux mille deux, ils adoptèrent les Principes de Copenhague : les institutions s’engagèrent à s’avertir immédiatement les unes les autres des voleurs de livres rares et à travailler avec la police et les marchands d’antiquités. Auparavant, les bibliothèques dissimulaient souvent les vols, par crainte d’une atteinte à leur réputation ; Bellwood et ses complices tiraient parti de ce silence lors de leurs voyages en Europe.
L’ouverture qui l’avait aidé à entrer était inscrite dans la conception du bâtiment. Le directeur de la bibliothèque, Erland Kolding Nielsen, plaidait pour un nouveau bâtiment depuis le milieu des années mille neuf cent quatre-vingt. L’ancien bâtiment de mille neuf cent six ne contenait déjà plus une collection en expansion, mais Nielsen voulait aussi des salles d’exposition, une salle de concert et un libre passage vers le port. Une partie des lecteurs habituels craignait que les cafés, la musique et les visiteurs ne transforment la bibliothèque de recherche en centre de divertissement.
Quatre jeunes architectes d’Aarhus remportèrent le concours international. Ils installèrent le nouveau bâtiment au bord de l’eau, laissèrent l’ancienne bibliothèque de l’autre côté de la route et relièrent les bâtiments par des passerelles au-dessus de celle-ci. Le granit noir de la façade fut extrait au Zimbabwe, scié et poli en Italie. Selon les souvenirs de la ministre de la Culture Jytte Hilden, lors de la présentation du projet, elle déclara que le bâtiment ressemblait à un diamant noir. Cette remarque fortuite devint son nom.
Aujourd’hui, des expositions et des concerts ont lieu dans l’atrium ouvert, où se trouvent aussi des cafés et une librairie. Les cartes rares et les manuscrits sont conservés séparément : on les commande depuis des réserves fermées et on les reçoit dans des salles de lecture contrôlées. Derrière la façade brillante coexistent une entrée sans carte de lecteur et des portes par lesquelles il n’est plus possible de sortir une carte ancienne sous un pull.
Sur place
La Bibliothèque royale du Danemark indique les horaires habituels du Diamant noir : lun-ven 08:00-20:00, sam 09:00-18:00, dim 10:00-16:00 ; vérifiez séparément les événements et les jours fériés.
Vérifié : 26 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.L’essentiel est visible depuis le quai ; prévoyez séparément la visite des salles et des événements à l’intérieur.
