Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Treize façades pastel
- La façade rose des maisons quatre-vingt-dix-neuf à cent un
- Le balcon en fer
- Le passage voûté vers la cour
L’histoire du lieu
Treize façades pastel cachent des pièces privées et des jardins ; il ne reste donc aux passants que la rue. La rangée s’est développée au bord même de l’eau comme lisière active du port : on commerçait en bas, on vivait et tenait ses bureaux à l’étage, tandis que des passages voûtés reliaient les boutiques aux cours et aux dépendances. Puis le rivage fut repoussé par des remblais, les quais furent déplacés, et les maisons perdirent le commerce pour lequel elles avaient été construites.
En mille neuf cent trente et un, la décoratrice et défenseuse du bâti ancien Dorothy Haskell Porcher Legg acheta avec son mari Lionel Legg les maisons quatre-vingt-dix-neuf à cent un d’East Bay Street. Le couple comptait s’y installer, bien que le quartier alentour fût considéré comme un taudis et que les bâtiments voisins fussent vides et se dégradent. Dorothy peignit sa façade d’un rose caribéen éclatant. Elle ne rétablit pas la couleur d’origine : cette teinte délibérément voyante devait convaincre les autres propriétaires que ces maisons pouvaient encore revivre.
Il y avait ici de quoi restaurer. Vers mille sept cent quarante, le propriétaire de quai et marchand Othniel Beale construisit les maisons quatre-vingt-dix-neuf à cent un en face de son propre quai. Au rez-de-chaussée, il aménagea deux locaux commerciaux et, à l’étage, un logement pour sa famille. Un passage voûté entre les boutiques menait à la cour et aux dépendances. Toute la rangée était organisée ainsi : les marchands commerçaient en bas, près de l’eau, et vivaient au-dessus de leurs bureaux. Plus tard, on remblaie le rivage devant East Bay, les quais furent déplacés et le commerce les suivit. Privés de leur activité d’origine, les bâtiments perdirent de leur valeur et tombèrent en délabrement.
La première à tenter de les préserver fut Susan Pringle Frost, sténographe judiciaire devenue agente immobilière pour sauver de vieilles maisons. En mille neuf cent vingt, elle acheta six bâtiments dans cette rangée. Elle manquait d’argent : les achats étaient financés par les fonds de ses amis et les revenus de biens loués, tandis que Frost consacrait ses commissions aux réparations. Elle ne parvint jamais à réunir la somme nécessaire pour restaurer les six maisons et vendit une partie de ses propriétés à d’autres passionnés.
Les Legg réussirent à mener leur projet jusqu’à un résultat visible. Ils transformèrent les maisons quatre-vingt-dix-neuf à cent un en leur logement, et les propriétaires suivants reprirent leur façade rose. Au cours des années trente, quarante et cinquante, les bâtiments furent restaurés l’un après l’autre et peints dans différentes couleurs pastel. C’est alors que le nom de Rainbow Row s’attacha aux treize bâtiments situés entre les maisons soixante-dix-neuf et cent sept. Les récits selon lesquels les marins auraient repéré l’auberge qu’ils cherchaient grâce aux couleurs apparurent plus tard ; la palette documentée commença avec la décision de Dorothy d’attirer l’attention sur les maisons en ruine.
La rangée demeure aujourd’hui résidentielle : les touristes voient les façades depuis la rue, tandis que derrière elles se trouvent des pièces privées et des jardins. La maison rose des Legg se reconnaît à son balcon en fer. Lui non plus ne fut pas trouvé ici dans son état d’origine : le couple retira le balcon d’une maison d’Elizabeth Street destinée à être démolie et le transféra ici. Le motif métallique conserve les initiales de l’ancien propriétaire : les deux lettres « C-P ».
Sur place
Maisons privées habitées ; observation uniquement depuis la rue, sans monter les marches ni entrer dans les passages ou les jardins.
Vérifié : 29 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Toutes les maisons sont habitées : photographiez depuis le trottoir, ne montez pas sur les perrons et ne regardez pas dans les cours.
