Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Plateformes d’artillerie planes
- Parapets de pierre
- Embrasures
L’histoire du lieu
À la fin de la lutte pour l’indépendance, la colline de la forteresse passa à des propriétaires privés et devint progressivement une carrière : la pierre de la forteresse servait aux murs des nouvelles maisons, et l’argile aux briques. Les parapets de pierre au sommet entourent les plateformes des batteries latérales, où l’on installait des canons pour défendre la colline. À l’emplacement d’une batterie disparue, on construisit plus tard une enveloppe creuse en béton armé, reproduisant extérieurement l’ancienne forme et abritant à l’intérieur un centre audiovisuel. Le long d’un versant, l’ancienne pierre côtoie l’enveloppe plus récente.
Les avancées de pierre autour du sommet de San Felipe de Barajas sont disposées comme des batteries latérales. Des canons se tenaient sur les plateformes planes, et les merlons entre les embrasures protégeaient les servants. Les onze canons de la batterie de la Redención tenaient sous leur feu les approches du côté d’El Cabrero, les sept canons de la batterie Santa Bárbara, la colline et la route de Pie de la Popa. Au total, soixante-trois canons pouvaient être installés sur les pentes. Les positions voisines se couvraient mutuellement par leurs tirs : les soldats ennemis qui s’emparaient d’une plateforme se retrouvaient face aux canons des autres.
Ce dispositif faillit disparaître sans qu’aucun assaut n’ait lieu. Après la fin des guerres d’indépendance, la forteresse fut abandonnée. Le terrain passa à des propriétaires privés, et les murs devinrent une carrière accessible : on y prenait de la pierre pour les nouvelles maisons et de l’argile pour les briques. Le journal El Porvenir avertissait que San Felipe de Barajas pouvait être entièrement démantelé. À la fin du dix-neuvième siècle, Antonio Gulfo, propriétaire du terrain et fabricant de briques, céda gratuitement à la Colombie la colline de la forteresse. Pourtant, pendant encore plusieurs décennies, les batteries restèrent au milieu des déchets, des arbres et des maçonneries effondrées.
En mille neuf cent vingt-huit, la Sociedad de Mejoras Públicas de Cartagena confia la restauration à Carlos Crismatt Esquivia. Il voulait rendre aux batteries leurs anciens contours, bien qu’il ne fût ni architecte ni restaurateur professionnel. En raison de l’asthme et de la guerre civile, Crismatt ne fréquenta l’école que jusqu’à l’âge de onze ans ; il travailla ensuite dans une imprimerie et à la douane, et gagnait sa vie grâce à la compagnie d’autobus urbains qu’il avait fondée. Désormais, un homme sans diplôme était responsable d’un ouvrage dont les erreurs resteraient dans la pierre.
Pendant que la Sociedad cherchait des ouvriers, Crismatt obtint l’autorisation d’embaucher des détenus de la prison de San Diego auxquels il restait peu de temps à purger. Ils recevaient le salaire habituel. Avec les autres ouvriers, ils arrachèrent environ deux mille arbres, dégagèrent les batteries, restaurèrent les maçonneries, les drains, les rampes d’accès et les routes. L’eau n’était fournie qu’à certaines heures, et la nouvelle pierre était taillée à la main à cent ou deux cents mètres d’ici, puis montée sur la colline.
Crismatt vérifiait les travaux à l’aide d’anciens plans envoyés d’Espagne. Chez lui, il étalait les dessins sur une table, les examinait à la loupe et dactylographiait des rapports pour la Sociedad. On l’accusait d’agir arbitrairement et on le contraignit plusieurs fois à démissionner, mais il dirigea la restauration pendant trente-huit ans. Il ne partit qu’en mille neuf cent soixante-six, lorsque son cœur malade ne lui permit plus de continuer. Deux ans plus tard, Crismatt monta tout de même à pied jusqu’au sommet de San Felipe de Barajas pour recevoir une médaille pour avoir sauvé la forteresse.
Toutes les maçonneries actuelles ne datent pas de son époque. En mille neuf cent soixante-dix-neuf, à l’emplacement de la batterie San Lázaro disparue, on construisit une enveloppe creuse en béton armé, reproduisant extérieurement l’ancienne forme. Derrière la façade militaire, on aménagea des locaux pour un centre audiovisuel : cette partie de la batterie paraît ancienne, mais elle est plus récente que les travaux de Crismatt.
Sur place
À l’intérieur de la forteresse ; accès selon les horaires en vigueur au Castillo de San Felipe de Barajas.
Vérifié : 26 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ne montez pas sur les parapets pour la vue : les lignes de protection mutuelle se lisent depuis les plateformes. Dans les batteries ouvertes, il n’y a presque aucun abri contre le soleil et le vent.
