Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le tracé de la large Buitengracht
- Les immeubles de plusieurs étages du côté du centre
- Les maisons basses plus haut sur la pente
L’histoire du lieu
La large Buitengracht suit le tracé du canal qui, en mille sept cent soixante-douze, marquait la limite nord-ouest du Cap colonial. On l’appelait d’abord Nieuwe Gracht, puis le Canal extérieur : au-delà de l’eau, la ville s’arrêtait alors. Plus tard, les rues et les maisons franchirent cette frontière et remontèrent la pente, mais le canal lui-même n’est plus visible dans le paysage urbain. Les hauts immeubles du centre sont restés d’un côté de la route ; plus haut commencent les rangées de maisons basses de Bo-Kaap.
En mille neuf cent quarante et un, le conseil municipal du Cap avait déjà exproprié environ cent cinquante maisons sur la pente au-dessus de Buitengracht. Les fonctionnaires considéraient le quartier comme un bidonville et préparaient une vaste restructuration. Des familles modestes d’artisans, de commerçants et de salariés y vivaient ; la proximité du centre leur permettait de se rendre à pied là où elles gagnaient leur vie. La démolition signifiait la perte à la fois de leur logement et de cette proximité.
Deux ans plus tard, l’écrivain et chercheur afrikaner Isak David du Plessis entra dans la direction du Groupe de préservation du quartier malais. Il obtint l’intervention de la Commission des monuments historiques, et le déblaiement fut arrêté. Dix-sept maisons furent choisies pour être restaurées ; les travaux furent achevés en mille neuf cent cinquante.
La ligne de la future frontière fut trouvée ici même. Dès mille sept cent soixante-douze, on y creusa un canal qui marquait la limite nord-ouest du Cap colonial. On l’appela d’abord Nieuwe Gracht, puis, en mille sept cent quatre-vingt-dix, Buitengracht, c’est-à-dire le Canal extérieur. Plus tard, la ville le franchit et remonta la pente, mais l’ancien nom demeura.
Au début des années cinquante, du Plessis devint commissaire aux affaires de la population de couleur et porta sa campagne dans les institutions de l’État. Il voulait préserver les façades et y installer une communauté uniforme, que les fonctionnaires appelaient les Malais du Cap. Cette catégorie regroupait une partie des musulmans du Cap ; elle ne signifiait pas une origine exclusivement malaisienne et ne coïncidait pas avec l’ensemble des musulmans de la ville.
En mille neuf cent cinquante-sept, du Plessis obtint que Bo-Kaap soit déclaré « zone de groupe malais » en vertu de la loi d’apartheid. À partir de mille neuf cent soixante-deux, seuls les personnes inscrites dans la catégorie prescrite furent autorisées à y posséder des biens immobiliers. Or, une enquête de mille neuf cent quarante-six montrait un quartier tout différent : les fonctionnaires classaient environ quarante pour cent des habitants parmi les « Malais », trente et un pour cent parmi les Africains, vingt-sept pour cent parmi les chrétiens de couleur, et les autres parmi les Indiens. Une partie des familles chrétiennes, africaines et indiennes furent déplacées de force vers Gugulethu, Mitchells Plain et d’autres quartiers. Les familles reconnues comme « malaises » purent rester près du centre, et les anciennes rangées de maisons échappèrent à une démolition massive.
Le canal n’existe plus en surface. La large Buitengracht suit son tracé : du côté du centre se dressent des immeubles de plusieurs étages, et plus haut sur la pente commencent les maisons basses de Bo-Kaap. Les maisons ont été préservées après la campagne de du Plessis ; certaines des familles qui vivaient parmi elles n’ont pas été autorisées à rester ici.
Sur place
Rue ouverte ; il vaut mieux la découvrir de jour.
Vérifié : 1 juillet 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Écoutez le récit là où vous ne gênez pas la circulation des piétons ; ne traversez la rue qu’à l’endroit autorisé. Le canal historique est caché sous la route moderne.
