Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Façade du théâtre
- Entrée de service
- Buste en bronze de Mahler
- Immeuble en face de l’entrée de service
L’histoire du lieu
La façade de l’avenue dissimule une maison d’opéra indépendante, créée après que l’ancien Théâtre national ne pouvait plus accueillir à la fois le théâtre dramatique et l’opéra. À l’intérieur travaillent en permanence des solistes, un chœur, un orchestre et un ballet ; au cours de la saison, ils donnent ici des dizaines de représentations. Et la vie de service dépasse les murs : au huitième étage de l’immeuble situé en face de l’entrée des artistes, le chœur répète dans une salle distincte.
Derrière cette façade fonctionne un théâtre permanent : ses propres solistes, son chœur, son orchestre et son ballet donnent chaque saison des dizaines de représentations. Ils eurent besoin d’une maison distincte parce que l’ancien Théâtre national ne parvenait plus à accueillir simultanément le théâtre dramatique et l’opéra. En mille huit cent quatre-vingt-quatre, l’Opéra d’État hongrois ouvrit sur l’avenue Sugár — ainsi s’appelait alors l’actuelle avenue Andrássy.
Quatre ans plus tard, le somptueux bâtiment était en bien meilleur état que sa troupe. L’ancien administrateur fut écarté, et l’on invita à sauver le jeune théâtre Gustav Mahler, chef d’orchestre de Bohême âgé de vingt-huit ans, qui parlait à peine hongrois. Sa nomination fut tenue secrète jusqu’au dernier moment. On proposa à Mahler une rémunération énorme pour l’époque, dix mille florins par an, ainsi qu’un contrat de dix ans.
C’était son travail, et non une fonction honorifique. Les compositions de Mahler ne lui rapportaient presque rien ; il gagnait sa vie en dirigeant. Lors de sa deuxième saison à Budapest, ses parents moururent, et Mahler devint le chef de famille, avec à sa charge ses quatre frères et sœurs cadets. Il avait donc trop à perdre à renoncer à un salaire garanti pendant dix ans.
Le théâtre se disait hongrois, mais sur une même scène on pouvait chanter dans différentes langues, et les rôles principaux étaient souvent confiés à des artistes de passage. Les partisans d’un opéra national exigeaient leur propre répertoire et leur propre troupe. Mahler, germanophone, comprenait que c’était précisément sur cela qu’on le jugerait. Il annonça qu’il rendrait le théâtre hongrois par la langue et par la composition de sa troupe, et qu’il dirigerait lui-même pour la première fois lorsque les artistes locaux auraient préparé en hongrois deux opéras de Richard Wagner : L’Or du Rhin et La Walkyrie.
Les deux parties de L’Anneau du Nibelung furent données à la fin de janvier mille huit cent quatre-vingt-neuf, deux soirs consécutifs. La troupe ne les avait jamais interprétées auparavant. Mahler dirigea lui-même et assura la mise en scène ; les chanteurs durent apprendre le texte hongrois d’une des partitions les plus difficiles de leur époque. Le succès fut tel que même les journaux hostiles reconnurent que le théâtre s’en était sorti par ses propres forces. Ces représentations assurèrent à Mahler sa place de directeur et introduisirent Richard Wagner dans le répertoire hongrois.
En décembre de l’année suivante, on donnait ici le Don Giovanni de Mahler. Presque toute la distribution chantait en hongrois ; seule la vedette allemande invitée Lilli Lehmann fut autorisée à interpréter en italien le rôle de Donna Anna. Johannes Brahms, l’une des plus grandes autorités musicales d’Europe, était assis dans la salle. Ses amis l’avaient longtemps persuadé de venir : Brahms assurait qu’il préférait lire la partition chez lui et boire de la bière froide, puisqu’il n’entendrait de toute façon pas de bon Don Giovanni. Après le premier acte, il courut sur scène et serra Mahler dans ses bras. Plus tard, le soutien de Brahms aida l’ancien directeur de Budapest à obtenir le poste principal à l’Opéra de la Cour de Vienne.
À cette époque, Mahler menait déjà des négociations secrètes avec le théâtre de Hambourg. Au début de mille huit cent quatre-vingt-onze, on nomma au-dessus de lui un nouvel intendant, un responsable qui contrôlait le directeur. Le compositeur et pianiste, le comte Géza Zichy, voulait déterminer lui-même l’orientation artistique de l’Opéra et réduisit aussitôt les pouvoirs de Mahler.
Il restait à Mahler sept ans et demi d’un contrat fort avantageux, et l’accord avec Hambourg était déjà dans sa poche. Il accepta de partir à condition qu’on lui verse vingt-cinq mille florins, soit deux ans et demi de salaire. Zichy paya. Deux jours après l’annonce de sa démission, on donnait ici Lohengrin. Mahler ne dirigeait pas, mais les spectateurs interrompaient le premier acte en scandant son nom ; des détectives rétablissaient l’ordre à la galerie. À la fin de mars, il commença à travailler à Hambourg.
Le nom de Mahler ne figure pas sur la façade. Son buste en bronze se trouve à l’intérieur, près de la porte de la salle Bertalan-Székely. Et, au huitième étage de l’immeuble situé en face de l’entrée de service, le chœur de l’Opéra d’État hongrois répète dans la salle Mahler.
Sur place
L’extérieur est accessible comme point de la ville ; l’OperaTour officiel et les représentations suivent des horaires distincts, qu’il vaut mieux vérifier le jour de la visite.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Vous pouvez écouter ce récit depuis l’avenue ; prévoyez séparément la visite de la salle et des autres intérieurs.
