Étape 5 sur 8

Porte Cailhau

Porte Cailhau

La tour montrera pourquoi la libération du monument des maisons voisines faillit entraîner sa destruction.

20 min
La tour de la Porte Cailhau à l’ancienne entrée fluviale de Bordeaux.
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Regardez d’abord autour de vous

À remarquer

  • Les figures de marbre au-dessus du passage
  • Les arcs brisés
  • Les courts tronçons de rempart
  • La petite porte au-dessus du sol

L’histoire du lieu

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Au-dessus du passage de la Porte Cailhau se dressent des figures de marbre, et des arcs brisés soutiennent la haute tour, qui a survécu à la disparition du rempart qui l’entourait. Autrefois, on entrait dans la ville par ce passage depuis le port fluvial et l’on se dirigeait vers le palais de l’Ombrière, où siégeait le Parlement de Bordeaux. Une herse fermait le passage, une ouverture était ménagée au-dessus pour la défense, et les plates-formes supérieures permettaient de surveiller les approches du côté de la Garonne. Une petite porte, haut dans la maçonnerie, subsiste de l’accès au chemin de ronde, bien qu’il n’y ait plus derrière elle ni rempart ni constructions attenantes.

En décembre mille huit cent soixante-quatre, des agents de l’administration municipale entrèrent dans la Porte Cailhau et y découvrirent un immeuble de rapport. Bordeaux louait la tour à un écrivain public, un homme qui rédigeait contre paiement des lettres et des requêtes pour ceux qui ne savaient pas écrire. Celui-ci sous-louait les pièces à un cordonnier, à un peseur de sel et à d’autres locataires. Pour eux, le monument médiéval était à la fois un logement et un lieu de travail.

L’inspection donna aux autorités municipales un motif de résilier les contrats. Le plancher du grenier pourrissait sous la paille et les détritus, les structures en bois avaient noirci de fumée, et la cheminée était percée d’une ouverture laissée par un foyer aménagé directement sur le plancher. Les agents exigèrent l’expulsion des locataires et le début des travaux. Mais la ville n’avait pas de projet prêt, les travaux coûtaient cher, et les maisons voisines avaient déjà occupé des parties de l’ancien rempart. L’écrivain public, le cordonnier et le peseur restèrent encore ici dix-huit ans.

Les locataires s’étaient installés dans la tour parce que sa fonction précédente avait pris fin. À la fin du quinzième siècle, elle constituait l’entrée principale de Bordeaux depuis le port fluvial. Au-delà du passage commençait la route vers le palais de l’Ombrière, où siégeait le Parlement de Bordeaux. Une herse pouvait barrer le passage ; par une ouverture dans la voûte, les défenseurs jetaient des objets sur les assaillants qui avaient pénétré, et depuis les plates-formes supérieures, ils pouvaient tirer sur les approches du côté de la Garonne.

Les magistrats municipaux construisirent l’édifice actuel entre mille quatre cent quatre-vingt-treize et mille quatre cent quatre-vingt-seize. Il reçut le nom de Cailhau d’une porte plus ancienne. Son origine reste discutée. Selon une version, il s’agit d’un mot gascon signifiant « caillou » : des pierres reposaient sur la berge en pente douce et servaient de lest aux navires. Selon l’autre, le nom a conservé le souvenir de la riche famille Cailhau, qui vivait près du palais de l’Ombrière et donna plusieurs maires à Bordeaux.

Alors que la construction approchait de son terme, le roi Charles VIII revenait de sa campagne d’Italie. Après la prise de Naples, une coalition d’États italiens lui barra la route à Fornoue. Les Français se frayèrent un passage vers le nord, leurs adversaires s’emparèrent d’une partie du convoi royal, et les deux camps se proclamèrent vainqueurs. Dans l’armée de Charles, le contingent bordelais était commandé par André d’Espinay, archevêque de Bordeaux parti en campagne comme chef militaire. Les magistrats municipaux adoptèrent la version royale de l’issue et dédièrent la porte presque achevée à Charles. C’est ainsi qu’au-dessus de l’entrée principale depuis le port apparut sa figure de marbre, avec un globe et un sceptre, accompagnée de d’Espinay et de saint Jean-Baptiste. Les statues extérieures qui s’y trouvent aujourd’hui furent réalisées à la fin du dix-neuvième siècle : les révolutionnaires avaient jeté du haut de la façade l’ancienne figure du roi et l’avaient brisée en octobre mille sept cent quatre-vingt-douze.

Au moment où les artisans s’installèrent à l’intérieur, il ne restait presque plus rien du rempart de part et d’autre de la porte. En mille huit cent quatre-vingt, l’architecte municipal Charles Durand proposa d’expulser les locataires, de racheter les maisons attenantes et de dégager la tour sur tous ses côtés. Les derniers locataires de la porte partirent en mille huit cent quatre-vingt-deux. La ville commença à démolir les constructions ajoutées et à dégager les façades.

Après le déblaiement, la tour se mit à s’affaisser. Cent trente ans plus tôt, l’architecte Charles Dardan avait élargi le passage et supprimé trois des quatre arcs brisés qui transmettaient le poids des étages supérieurs aux appuis. Les maisons accolées à la porte servaient involontairement de contreforts. Lorsqu’elles furent démontées, des fissures apparurent dans la maçonnerie.

Une commission d’État interdisait à Durand de rétablir les arcs disparus : les fonctionnaires considéraient qu’un tel travail modifierait le monument. En août mille huit cent quatre-vingt-huit, Durand montra au maire la partie centrale affaissée de la tour et exigea d’agir avant la réponse de Paris. Le maire examina les fissures et autorisa la poursuite immédiate des travaux. Le ministre approuva cette décision seulement après le début de la restauration, en février mille huit cent quatre-vingt-neuf. Durand rétablit les arcs porteurs, renforça les planchers et reconstitua de courts tronçons de rempart de part et d’autre de la porte.

Du côté de la ville, une petite porte est visible au-dessus du sol dans l’un de ces tronçons. Durand l’a laissée là où l’on débouchait autrefois sur le chemin de ronde. Désormais, au-delà du seuil, il n’y a ni rempart, ni pièce de l’écrivain public, ni maison voisine : seulement un espace ouvert.

Sur place

Temps sur place20 min
Point suivantPlace Saint-Pierre
Entréesur billet

Avril—octobre : tous les jours 10:00-13:00 et 14:00-18:00. Novembre—mars : mercredi—vendredi 14:00-18:00, samedi, dimanche et jours fériés 11:00-13:00 et 14:00-18:00. Billet adulte 7 euros, tarif réduit 5 euros.

Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.

Comparez le côté fluvial de la porte avec son passage et le côté de la ville : sa double fonction se voit mieux en mouvement. L’ancienne sculpture royale est conservée à l’intérieur ; son observation dépend donc d’un accès distinct.

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Où aller ensuite ?

Depuis la porte, avancez au cœur du quartier vers la place devant la façade de l’église.

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« Bordeaux de pierre entre la Garonne et la cathédrale » — 8 étapes, environ 3,2 km, 2,5–3 heures.

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