Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Hautes arcades de pierre
- Nef centrale
- Cage d’ascenseur en béton
- Figure de dix mètres
L’histoire du lieu
Les hautes arcades de pierre autour de la nef centrale proviennent de l’entrepôt de douane : on déchargeait sous elles le sucre, le café, le coton et l’indigo, et les planchers au-dessus des arcades transformaient les murs en niveaux de stockage supplémentaires. Tant que la cargaison restait ici sous la surveillance des douanes, les négociants ne payaient pas les droits jusqu’à la vente ou à une expédition ultérieure en Europe. Lorsque les opérations portuaires partirent vers les bassins du nord, ce bâtiment faillit disparaître avec le second édifice de l’ensemble. Aujourd’hui, le musée d’art contemporain déploie ses activités dans la nef et sur les murs de béton, et une figure humaine haute de deux étages est visible depuis l’ascenseur.
En mille huit cent vingt-quatre, Joseph-Louis-Joachim Lainé investit dans la construction d’un grand entrepôt de douane sur la Garonne et contribua à lancer le projet en tant que ministre d’État du roi Louis XVIII. Lainé était avocat et député, mais son intérêt pour les cargaisons coloniales avait un prix familial : ses parents possédaient une plantation dans la colonie française de Saint-Domingue et acheminaient de là des personnes réduites en esclavage jusqu’à Bordeaux. Après la révolution, l’ancienne colonie devint l’État indépendant d’Haïti, et la famille perdit la plantation. Plus tard, Lainé et son frère reçurent d’Haïti plus de sept mille francs d’indemnisation, que le jeune État versa sous la pression de la France.
Après les guerres napoléoniennes, les négociants bordelais développaient de nouveau le commerce avec les colonies. Ils avaient besoin d’un lieu où le sucre, le café, le coton et l’indigo pouvaient rester sous la surveillance des douanes jusqu’à leur vente ou leur expédition plus loin en Europe. Un tel entrepôt était appelé « réel » : la marchandise se trouvait réellement ici, et les droits de douane restaient en suspens. Pour le marchand, cela signifiait qu’il ne devait pas remettre immédiatement l’argent aux douanes.
Lainé devint l’un des principaux investisseurs. Deux ans seulement après l’ouverture, soixante-dix navires arrivèrent à Bordeaux depuis les Antilles ; le sucre représentait les deux tiers du volume des importations coloniales. Jusqu’à l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, il était cultivé par des personnes réduites en esclavage. Dans la nef centrale, on déchargeait les marchandises, et les planchers autour des hautes arcades servaient d’étages d’entrepôt supplémentaires. La place voisine fut nommée en l’honneur de Lainé pour son aide à la construction, et l’entrepôt reprit le nom de la place.
Au milieu du vingtième siècle, les opérations de fret se déplacèrent plus au nord, vers les bassins à flot de Bacalan. L’un des deux bâtiments d’entrepôt fut démoli en mille neuf cent soixante-cinq. Le bâtiment principal ferma en mille neuf cent soixante-douze et fut lui aussi préparé à la destruction.
C’est alors que deux habitantes de Bordeaux, Anne Claverie et Nicole Schÿler, lancèrent une campagne pour préserver le bâtiment. Elles obtinrent le soutien du maire Jacques Chaban-Delmas. Le vingt-cinq janvier mille neuf cent soixante-treize, l’entrepôt fut inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques, puis la ville le racheta. De l’ancien ensemble, c’est précisément ce bâtiment qui a survécu.
Les locaux libérés furent confiés à Jean-Louis Froment, organisateur d’expositions qui avait besoin d’un lieu permanent pour le nouveau Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux. C’est du nom français du centre qu’est resté le nom du musée. En mille neuf cent soixante-quatorze, Froment occupa une partie du rez-de-chaussée avant même la reconstruction complète. On commença bientôt à mettre toute la nef à la disposition des artistes, en leur permettant de travailler avec les arcades, les escaliers, les terrasses et les murs de béton. En mille neuf cent quatre-vingt-quatre, le centre devint un musée municipal.
Un an plus tard, Froment y organisa la première exposition muséale personnelle en Europe de l’artiste américain Keith Haring. Quelques heures avant l’ouverture, Haring peignit à l’acrylique, directement sur le béton de la cage d’ascenseur, une figure humaine d’environ dix mètres de haut. L’exposition fut démontée, mais la figure resta : elle s’étend sur deux étages et demeure visible depuis l’ascenseur du musée.
Sur place
Accessible de l’extérieur comme une rue de la ville ; le Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux est habituellement ouvert du mardi au dimanche de 11:00 à 18:00, fermé les lundis et les jours fériés.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Sans entrer, on peut apprécier la puissance extérieure de la construction ; la nef centrale et les œuvres exposées ne sont visibles que lors d’une visite distincte du musée.
