Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Kaldrma de pierre
- Maisons basses
- Lampes de rue et candélabres
- Enseignes des anciennes kafanas
L’histoire du lieu
La kaldrma pavée sous vos pieds semble aussi vieille que les anciennes maisons, mais l’aménagement actuel de la rue Skadarska fut conçu au milieu du vingtième siècle. En mille neuf cent soixante-huit, l’ancienne chaussée fut remplacée par des pierres apportées de Pašino Brdo, une autre périphérie de Belgrade. On supprima alors la circulation, installa des lampes et des candélabres, et agrandit les anciennes kafanas-restaurants. L’aspect ancien exigea un projet tout à fait moderne.
Dans les années cinquante, les basses maisons n’étaient presque plus entretenues. Une décision adoptée dès mille neuf cent trente-cinq interdisait de les transformer sans autorisation, mais n’accordait aucun argent pour leur entretien. La rue Skadarska se dégradait, tandis que de nouveaux immeubles à étages apparaissaient tout autour.
Uglješa Bogunović s’efforçait de sauver la rue : cet architecte gagnait sa vie en concevant la Belgrade moderne. Il participa à la création du bâtiment du journal Politika et de la tour Avala. Bogunović engageait désormais sa réputation professionnelle pour quelques îlots irréguliers de maisons à un étage et de kafanas.
En mille neuf cent cinquante-sept, il publia dans Politika un article sur la restauration de Skadarlija. Il fut suivi d’un travail assez ordinaire : des artistes, des journalistes et des habitués recueillaient des informations sur les personnes qui avaient vécu dans ces maisons et sur ce qui avait été écrit aux tables des établissements locaux. Ces listes étaient jointes à des pétitions afin de prouver aux fonctionnaires municipaux qu’il s’agissait d’adresses précises, et non d’une vague légende de la vieille Belgrade.
La légende naquit pourtant d’un véritable déplacement. En mille neuf cent un, on démolit, en face du Théâtre national de Belgrade, la kafana Dardaneli afin de construire l’Administration des fonds, le bâtiment qu’occupe aujourd’hui le Musée national de Serbie. Pendant plus de trente ans, des acteurs, des écrivains, des chanteurs et des journalistes s’y étaient retrouvés. Ayant perdu leur table habituelle, ils choisirent les établissements déjà en activité de la rue Skadarska, avant tout la kafana Tri šešira et la kafana Dva jelena. On pouvait y louer une chambre bon marché, manger, convenir d’un travail, discuter d’un manuscrit ou d’un rôle de théâtre. Ainsi, la rue des artisans et des petits propriétaires acquit des habitués qui vivaient de droits d’auteur, de la presse et de la scène.
C’est précisément ce lien que Bogunović dut prouver un demi-siècle plus tard. En mille neuf cent soixante-six, les fonctionnaires municipaux réunirent enfin Bogunović et les artistes qui soutenaient le projet pour une réunion. Bogunović fut chargé d’établir un plan. L’année suivante, Skadarlija fut reconnue comme un ensemble culturel et historique protégé, puis la transformation commença : la maison du poète et peintre Đura Jakšić fut réparée, les anciennes kafanas furent rénovées, leurs intérieurs remaniés, la vasque-fontaine de rue fut rétablie, et la rue carrossable devint piétonne. Les restaurants y furent conservés et même renforcés intentionnellement : Bogunović voulait que les anciennes maisons continuent de rapporter de l’argent, au lieu de rester des décors fermés à clé.
Le nom apparut avant la gloire bohème. Au printemps de mille huit cent soixante-douze, l’administration de Belgrade donna à la rue le nom de Skadarska, d’après la ville balkanique de Skadar, aujourd’hui Shkodër, en Albanie. Le nom de tout le quartier, Skadarlija, se forma à partir du nom de la rue. Skadar elle-même se trouve loin d’ici ; la kaldrma piétonne, les lampes et la chaîne de restaurants signalent le projet par lequel Bogunović, presque quatre-vingt-dix ans plus tard, fixa ce nom à la rue préservée.
Sur place
Rue urbaine ouverte ; les établissements, la musique et les terrasses suivent leurs propres horaires.
Vérifié : 1 juillet 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.On peut observer les kafanas depuis la rue ; une table, un repas ou un programme musical ne sont pas nécessaires pour comprendre cet arrêt.
