Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La plaque de bronze sur la façade de l’ancien Grote Club
- Les dalles de granit portant des noms dans le pavage
- Le Damrak et le Rokin de part et d’autre de la place
L’histoire du lieu
Le Dam est aujourd’hui une vaste place urbaine, où trente-deux dalles de granit portant les noms des morts sont encastrées dans le pavage. À l’angle de Kalverstraat et de Paleisstraat se trouve l’ancien Grote Club ; une plaque de bronze est fixée sur sa façade. Entre ce bâtiment et le palais, l’espace ouvert n’offre presque aucun abri : seuls quelques rares objets sur la place peuvent protéger une personne pendant un instant.
Le nom de la place indique ce qui se trouvait ici autrefois. Le mot néerlandais « dam » signifie digue. Vers mille deux cent soixante, les habitants des deux rives de l’Amstel barrèrent la rivière d’une levée de terre : la tourbe asséchée s’affaissait, et l’eau inondait de plus en plus souvent les maisons et les champs. Une écluse pour les bateaux fut laissée dans la digue, dont la crête fut progressivement élargie. Elle relia les deux parties de la colonie ; on vendait du poisson près de l’écluse, et l’hôtel de ville fut construit à côté. Ainsi, le lieu destiné à retenir l’eau devint une place où l’on venait commercer, plaider et attendre les nouvelles de la ville. Le nom d’Amsterdam vient lui aussi de la « digue sur l’Amstel ». Le cours de la rivière divisée ici se prolonge encore aujourd’hui par le Damrak en direction de la gare, et par le Rokin de l’autre côté.
Le sept mai mille neuf cent quarante-cinq, des milliers de personnes vinrent ici. La capitulation des troupes allemandes aux Pays-Bas avait été annoncée deux jours plus tôt, les journaux promettaient l’arrivée des Canadiens, mais les principales unités alliées n’étaient pas encore entrées dans la ville. Des unités allemandes restaient armées dans les rues : la remise de la ville n’était pas achevée.
Popke Sjoerd Bakker était venu au Dam pour affaires. Il vendait des articles en caoutchouc, faisait vivre sa femme et ses enfants et, pendant l’occupation, travaillait pour le journal clandestin Vrij Nederland. Le rédacteur du journal et l’un des dirigeants de la résistance, Henk van Randwijk, comptait prononcer ici un discours devant la ville libérée. Bakker fut chargé de préparer une tribune et d’en retirer le dais cérémoniel : van Randwijk ne voulait pas s’adresser aux gens comme un dignitaire.
Vers douze heures et demie, plusieurs véhicules britanniques de reconnaissance entrèrent sur la place. Les gens les prirent pour le début de l’entrée promise des Alliés. Pourtant, dans le bâtiment d’angle de la société Grote Club, près de Kalverstraat et de Paleisstraat, se trouvaient encore des marins armés de la flotte allemande.
Vers trois heures, les premiers coups de feu retentirent. Leur cause exacte n’a jamais été établie. À ce moment-là, les Forces intérieures néerlandaises — des détachements de résistance tout juste sortis de la clandestinité — occupaient des bâtiments importants derrière le palais et tentaient de désarmer des militaires allemands. Deux marins furent arrêtés près de Paleisstraat ; l’un d’eux refusa de remettre son arme. Après qu’un soldat allemand eut été blessé, les militaires du Grote Club ouvrirent le feu depuis le balcon et les fenêtres sur la foule.
Sur la place à découvert, il n’y avait presque nulle part où s’abriter. Les gens se serraient les uns contre les autres derrière des réverbères, des kiosques et un orgue de barbarie. Plusieurs balles furent ensuite retrouvées dans son boîtier. Popke Sjoerd Bakker fut blessé à la tête et mourut à l’hôpital. Ses compagnons de la rédaction emportèrent son corps sur un vélo-cargo, enveloppé dans une bâche. Le discours pour lequel il préparait la tribune fut néanmoins prononcé par Henk van Randwijk deux jours plus tard.
La fusillade dégénéra en combat entre les militaires allemands et les détachements de résistance. Le commandant des forces clandestines d’Amsterdam, Carel Frederik Overhoff, craignait que l’affrontement ne gagne toute la ville. Il fit venir le capitaine Bergmann du poste de commandement allemand, le conduisit à travers un barrage jusqu’au Grote Club et obtint un cessez-le-feu. Le combat dura environ deux heures. Trente-deux civils furent tués et plus de cent blessés. Les militaires allemands du club furent plus tard placés en détention par les Canadiens ; il n’y eut pas de procès distinct pour ceux qui avaient tiré.
Une plaque de bronze, installée deux ans après la fusillade, est restée sur la façade de l’ancien Grote Club. Trente-deux dalles de granit portant les noms des morts sont encastrées dans le pavage du Dam. Sur l’une d’elles figure le nom de Popke Sjoerd Bakker.
Sur place
Place publique, accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Restez au bord de la place, là où le passage est moins continu, et imaginez non pas le vide actuel, mais le lit entre le Damrak et le Rokin. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans le palais pour ce récit.
