Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Promenade de pierre
- Canal de la Giudecca
- Longues façades d’entrepôts
L’histoire du lieu
« Zattere » est un pluriel : littéralement, « radeaux ». Jusqu’au début du vingtième siècle, cette rive marquait la fin du voyage des radeleurs venus des vallées de la Piave et de la Brenta. On les payait pour livrer intact à Venise du bois qui ne leur appartenait pas. Avec leur cargaison, ils guidaient aussi l’embarcation elle-même : le radeau était assemblé avec les mêmes troncs et planches qu’il fallait vendre.
En amont, les bûcherons abattaient les arbres, les flotteurs lançaient les troncs dans le courant, et d’autres ouvriers les repêchaient avec des gaffes. Puis les assembleurs formaient les radeaux. Au lieu de cordes, ils employaient souvent de souples rejets de noisetier : dans l’eau, le bois gonflait et les nœuds se resserraient. On chargeait par-dessus du charbon, du fer, de la pierre et d’autres marchandises venues des vallées de montagne. Il fallait parfois conduire jusqu’à Venise des mâts de navire pouvant atteindre trente-cinq mètres de long, sans les briser dans les méandres du fleuve.
Certains radeleurs connaissaient le cours supérieur de la Piave, d’autres prenaient la cargaison plus bas. Cela formait un relais entre les villages riverains : un équipage conduisait le radeau sur son tronçon dangereux, le transmettait aux suivants et rentrait chez lui à pied. Dans la lagune, le courant du fleuve ne les aidait plus ; de grandes barges à voile remorquaient donc les radeaux. Le dernier tronçon suivait le canal de la Giudecca jusqu’à la lisière sud du Dorsoduro.
La rive avait été préparée à l’avance pour ce travail. Par décret de mille cinq cent dix-neuf, on commença à la consolider et à la paver de pierre. Puis, en mille six cent quarante, Giovanni Valier et Giuseppe Barbarigo, fonctionnaires chargés de surveiller les forêts et les livraisons de bois, concentrèrent le déchargement en un seul endroit. Ils ordonnèrent à tous les transporteurs de bois d’accoster à la riva dello Spirito Santo — une section des Zattere près de l’église du même nom — et nulle part ailleurs. Le long de la promenade se dressaient des entrepôts, des fours et des ateliers de construction de bateaux : la cargaison pouvait être immédiatement démontée et répartie.
Après le déchargement, le radeau lui-même disparaissait. On coupait les liens et vendait les troncs ; une partie du bois servait à faire des pieux, des poutres et des navires. Les radeleurs recevaient le paiement de leur voyage, mais ils n’avaient plus de bateau pour rentrer. Ils repartaient à pied, en essayant de rester ensemble : on savait que les transporteurs qui revenaient avaient de l’argent sur eux, et on les guettait sur les routes.
Le chemin de fer et le nouveau transport de marchandises privèrent les radeleurs de leur ancien métier. De l’ancienne flotte de travail, rien n’est resté près de l’actuelle promenade de pierre : elle disparaissait déjà après chaque voyage réussi. Les radeleurs quittaient les Zattere à pied, tandis que leurs radeaux restaient à Venise sous forme de planches, de poutres et de bois de construction navale.
Sur place
Promenade ouverte ; à midi, il y a peu d’ombre, et le vent ainsi que l’eau peuvent rendre l’air plus frais.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Il y a peu d’abris contre le soleil, le vent et la pluie oblique sur la rive. Restez à l’écart du bord mouillé et laissez le passage libre près des embarcadères.
