Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le tableau « La Décollation de saint Jean-Baptiste »
- La signature rouge sur le tableau
- Le mur de l’autel de l’oratoire
L’histoire du lieu
Lorsque La Valette était la capitale des chevaliers, cette église réunissait tout l’ordre : on y célébrait les offices, recevait de nouveaux frères et enterrait les morts. Son statut de cathédrale vint plus tard, et elle partage aujourd’hui la cathèdre avec l’église de Mdina ; son nom conserve le lien avec saint Jean-Baptiste, patron de la fraternité issue d’un hôpital de Jérusalem. Derrière le mur de l’autel, l’oratoire abrite un immense tableau de plus de cinq mètres de large : le saint y gît sur le sol devant le bourreau, et le nom de l’auteur est caché dans la trace rouge de sa blessure.
Le premier décembre mille six cent huit, les chevaliers se réunirent dans l’oratoire attenant à cette église pour exclure de l’ordre un homme dont le tableau couvrait, devant eux, presque tout le mur de l’autel. Michelangelo Merisi da Caravaggio lui-même n’était pas dans la salle : l’artiste s’était déjà évadé de leur prison et avait quitté Malte.
Pour les chevaliers, c’était leur principale église conventuelle — le temple commun de l’ordre, où ils célébraient les offices, recevaient de nouveaux frères et enterraient les morts. Elle devint une cathédrale plus tard ; elle partage désormais ce rôle avec la cathédrale de Mdina. Le Jean de son nom est saint Jean-Baptiste, le patron de l’ordre. La fraternité était issue d’un hôpital de Jérusalem consacré à ce saint, puis elle en avait porté le nom à La Valette. Selon le récit évangélique, Jean baptisa Jésus et condamna ouvertement le mariage du souverain Hérode Antipas ; pour cela, il fut emprisonné et décapité. C’est précisément cette exécution que Caravage peignit pour l’oratoire d’ici.
À Malte, l’artiste cherchait une issue à sa propre condamnation à mort. En mai mille six cent six, il avait tué Ranuccio Tomassoni lors d’une rixe romaine à l’épée, puis avait fui. Son retour dépendait d’une grâce papale, qu’il ne pouvait obtenir que par de puissants protecteurs. Caravage vivait de commandes : tandis que le tribunal romain réclamait sa tête, les cardinaux et les princes voulaient toujours ses tableaux.
Sur l’île, Alof de Wignacourt, grand maître de l’ordre et désireux d’obtenir le célèbre peintre, devint ce protecteur. Le passé du fugitif compliquait son admission, mais Wignacourt obtint une autorisation spéciale du pape. Le quatorze juillet mille six cent huit, Caravage devint chevalier d’obédience, membre de l’ordre tenu d’obéir au grand maître.
Pour l’oratoire, où l’on instruisait les jeunes novices et célébrait les admissions, le nouveau chevalier peignit « La Décollation de saint Jean-Baptiste ». Le tableau, large de plus de cinq mètres, fut installé ici le vingt-neuf août, jour commémorant l’exécution du saint. Caravage ne représenta pas une cérémonie achevée, mais le travail du bourreau : Jean gît encore sur le sol, tandis que le meurtrier tend la main vers un couteau pour achever de lui trancher la tête. Dans la peinture rouge qui s’écoule de la blessure, l’artiste laissa son nom. C’est le seul tableau signé de lui que l’on connaisse.
Au moment de son installation, la situation de Caravage s’était déjà effondrée. Cinq semaines après son admission, il participa à une nouvelle rixe armée ; plusieurs chevaliers furent blessés. L’artiste fut enfermé au fort Saint-Ange. Il devait être jugé par ses propres frères de l’ordre, mais Caravage s’évada et atteignit la Sicile.
Ceux qui restaient durent achever l’affaire sans l’accusé. Lors de l’assemblée de décembre, il fut déclaré par contumace « membre pourri et malodorant » et privé de son titre de chevalier. Deux ans plus tard, Caravage mourut sans être jamais parvenu à Rome. Son nom fut rayé de l’ordre ; dans l’oratoire, il resta aux pieds du patron décapité, dans la trace rouge du tableau devant lequel on l’excluait.
Sur place
Du lundi au samedi 09:00–16:45, dernière entrée à 16:00 ; les dimanches et jours fériés, l’entrée touristique est fermée.
Vérifié : 24 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Le tableau et la crypte se trouvent à l’intérieur ; leur visite nécessite une entrée séparée, et il vaut mieux vérifier les règles d’accès à l’avance.
