Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- portail des Apôtres
- fontaine avec la figure couchée du Turia
- huit figures portant des cruches
- plaque en céramique de la Casa del Vestuari
L’histoire du lieu
Au pied de la cathédrale se rejoignent les traces de deux villes différentes : autrefois, la grande mosquée de Valence se dressait ici, et en face du portail des Apôtres subsiste la Casa del Vestuari, la maison des réunions. Au milieu de l’espace pavé est allongée une figure de bronze du Turia ; autour d’elle, huit femmes portant des cruches forment un cercle. Sur la façade de la maison des réunions, une plaque en céramique donne à la place le nom de Notre-Dame, et, de l’autre côté de la place, la basilique de la Vierge des Désemparés lui répond.
Chaque jeudi, à midi précis, huit syndics élus apparaissent au portail des Apôtres : des agriculteurs auxquels les communautés de canaux d’irrigation ont confié le jugement des litiges sur l’eau. Ils prennent place sur des sièges juste devant la cathédrale, et l’huissier commence à appeler les accusés par le nom des canaux. L’ordre des appels reprend le trajet de l’eau depuis le Turia : de ceux qui la recevaient plus tôt à ceux qui se trouvaient plus en aval.
Hors de la ville, cette eau déterminait si une famille aurait une récolte. Les champs étaient irrigués à tour de rôle ; un agriculteur qui relevait une digue au mauvais moment pouvait sauver ses propres cultures et laisser son voisin sans irrigation. On passait devant le tribunal pour prélèvement d’eau sans autorisation, dégradation de la paroi d’un canal, encombrement empêchant le courant d’aller plus loin, ou déversement d’eau excédentaire sur le champ voisin. Cette dernière infraction était elle aussi grave : une récolte peut être détruite aussi bien par la sécheresse que par l’inondation.
Le garde du canal convoque l’accusé pour le jeudi suivant et expose la plainte sur place. L’accusé répond lui-même. Il n’y a pas d’avocats, les documents écrits ne sont généralement pas nécessaires ; on peut amener un témoin ou demander l’inspection de la parcelle. Le syndic du canal auquel appartiennent les participants au litige ne prend pas part à la discussion. Si l’accusé utilise un canal de la rive droite du Turia, la décision est proposée par les représentants de la rive gauche, et inversement.
Le verdict est prononcé sur-le-champ. Il n’y a pas d’appel : si une personne est reconnue coupable, sa communauté lui réclame l’amende fixée, les frais et l’indemnisation du dommage. Cette rapidité est née d’une nécessité économique. Une affaire judiciaire peut attendre des mois ; le tour d’irrigation et les plantes endommagées ne le peuvent pas. Les juges tirent eux-mêmes leurs revenus de leurs exploitations et ne reçoivent aucun salaire pour les séances.
L’origine du tribunal est située à l’époque d’Al-Andalus, entre le neuvième et le treizième siècle, mais les documents n’ont pas conservé l’année exacte de sa création. Le jeudi, qui précède le jour de repos musulman du vendredi, et l’emplacement près de l’ancienne grande mosquée sont invoqués comme des indices de ce lien, et non comme une preuve définitive. Après la mosquée, une cathédrale apparut ici, et les agriculteurs continuèrent à se réunir devant ce même seuil public. La séance resta ouverte : chaque verdict est prononcé devant les participants et les passants.
En face des portes se trouve la Casa del Vestuari, la maison des réunions. Avant le tribunal, les syndics s’y préparent ; après celui-ci, ils y discutent de la répartition de l’eau et de l’état des canaux. Et le géant de bronze couché au milieu de la place représente le Turia. Autour de lui, huit figures féminines portant des cruches figurent les huit canaux historiques de la Huerta de Valence, la campagne irriguée. La fontaine montre le fonctionnement de ce système même à cause duquel on appelle des accusés aux portes de la cathédrale.
Sur la façade de la Casa del Vestuari se trouve une plaque en céramique qui donne une autre explication de la place. On y lit, en valencien, « place de Notre-Dame », et elle représente Notre-Dame des Désemparés, patronne de Valence.
Son nom est né de l’acte du moine mercédaire Juan Gilabert Jofré. En mille quatre cent neuf, il allait prêcher dans la cathédrale Sainte-Marie de Valence lorsqu’il vit plusieurs jeunes gens battre une personne atteinte de troubles mentaux. Jofré intervint, puis, pendant son sermon, appela les paroissiens à créer un refuge pour les personnes abandonnées par leur famille et battues dans les rues. Les habitants réunirent de l’argent, formèrent une commission et construisirent un hôpital.
Cinq ans plus tard, ils fondèrent une confrérie pour entretenir les malades, aider les enfants trouvés et les prisonniers, ainsi qu’enterrer les exécutés et les morts non identifiés. C’est précisément ces personnes que l’on appelait les désemparés : celles qui étaient restées sans famille, sans protection et sans sépulture. Lors des processions funèbres, la confrérie déposait la statue de la Vierge sur leurs cercueils. C’est pourquoi elle avait le dos plat, la tête reposait sur un petit coussin et se trouvait légèrement inclinée.
En mille six cent soixante-sept, la statue fut transférée dans une nouvelle chapelle de cette place : l’actuelle basilique de la Vierge des Désemparés. C’est d’elle que l’ancienne place de la Cathédrale reçut le nom de place de la Vierge. Sur la plaque en céramique de la Casa del Vestuari, Notre-Dame est encore représentée selon l’iconographie ancienne ; dans la basilique d’en face, l’inclinaison de la tête révèle toujours la statue qu’on portait autrefois couchée sur les cercueils de personnes restées sans famille pour les enterrer.
Sur place
Place publique ouverte ; le Tribunal des eaux se tient habituellement le jeudi à 12:00 au portail des Apôtres, avec des modifications pendant les fêtes et les événements de la ville.
Vérifié : 27 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Pendant la séance du Tribunal des eaux, tenez-vous à l’écart et gardez le silence. L’entrée dans la basilique dépend de la vie religieuse du bâtiment et n’est pas nécessaire pour comprendre la place.
