Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Vestiges de la scène
- Demi-cercle de l’orchestre
- Rangées inférieures des anciennes places
- Gradins restaurés
L’histoire du lieu
Le demi-cercle près de la scène accueillait autrefois environ dix mille personnes, et ce n’étaient pas seulement des amateurs de spectacles qui se réunissaient sur ces places : on venait ici écouter des conférences, voir des mimes, des tragédies et des comédies, des danseurs, des jongleurs et des funambules. Des colonnes et des galeries couvertes encadraient la scène, et devant elle s’étendait l’orchestre, avec son sol de marbre et son estrade de bois. Les archéologues retrouvèrent les anciennes rangées inférieures et les vestiges de la scène sous une épaisse couche de terre ; les larges gradins qui les entourent apparurent bien plus tard. Aujourd’hui, en été, le Festival international de Carthage les remplit de nouveau.
Dans la seconde moitié du deuxième siècle, Apulée monta sur la scène de ce théâtre, s’appuyant à peine sur sa jambe blessée. Philosophe platonicien et orateur professionnel, il revint devant le public carthaginois pour expliquer sa disparition et remercier les habitants de la plus haute distinction de sa carrière : le décret accordant une statue publique.
Apulée grandit à Madaure, une ville située sur le territoire de l’actuelle Algérie. Son père lui laissa, à lui et à son frère, une grande fortune ; Apulée réduisit sensiblement sa part par de longues études et des voyages. À Carthage, il étudia la rhétorique, puis poursuivit sa formation à Athènes et à Rome. Son héritage finançait cette vie, tandis que ses livres et ses discours lui procuraient une position dans la société. À cette époque, un orateur célèbre remplissait un théâtre comme un acteur ou un funambule.
La précédente intervention d’Apulée fut interrompue par la pluie. Il promit d’achever son discours le lendemain, mais se blessa ensuite à la jambe au gymnase. Il fallut remettre l’articulation en place ; la douleur et l’effort le firent transpirer abondamment, puis vinrent les frissons et les crampes abdominales. Selon le propre récit d’Apulée, il faillit mourir. Pendant plusieurs jours, il se soigna dans les thermes persans et ne reparut pas devant ses auditeurs.
Durant son absence, l’ancien consul Aemilianus Strabo, ancien condisciple d’Apulée, présenta au conseil municipal une proposition visant à ériger une statue au philosophe dans un lieu bien en vue. Strabo cherchait à faire reconnaître officiellement un homme dont les discours étaient déjà connus à Carthage. Le conseil approuva la proposition à l’unanimité et attribua un emplacement, tandis que Strabo promit lui-même de financer le bronze et le travail de l’artisan.
Apulée ne pouvait pas encore marcher normalement lorsque le traitement lui permit de parvenir jusqu’au théâtre. Manquer cette intervention aurait signifié laisser sans explication une promesse rompue, au moment même où les habitants décidaient s’il méritait un honneur public. Depuis la scène, il raconta sa maladie, remercia Strabo, le conseil et les auditeurs, et souligna qu’il n’avait pas demandé lui-même la statue. Il promit ensuite de consigner ses remerciements par écrit afin qu’ils se répandent dans les provinces.
Un théâtre était nécessaire pour un tel discours. Dans la Carthage romaine, celui-ci pouvait accueillir environ dix mille personnes. Apulée énumérait les activités habituelles de cette scène : mimes, comédies, tragédies, danses, jongleurs, funambules et conférences philosophiques. Il décrivait le sol de marbre, l’estrade de bois, les colonnes de la façade scénique, les galeries couvertes et les rangées de places. La réputation publique se forgeait devant tout ce public en demi-cercle.
De ce décor, il ne subsiste qu’une petite partie. Les archéologues trouvèrent les vestiges de la scène, de l’orchestre et des rangées inférieures sous une couche de terre de plusieurs mètres ; dès le printemps mille neuf cent six, on recommença à y donner des représentations. La plus grande partie des gradins actuels fut construite lors de restaurations ultérieures et, depuis mille neuf cent soixante-quatre, les spectateurs du Festival international de Carthage les remplissent. On ignore ce qu’il advint de la statue promise à Apulée. Son discours a été conservé dans le recueil des « Florides », avec une liste de planches, de colonnes et de structures de couverture qui ne se trouvent déjà plus devant la scène actuelle.
Sur place
Inclus dans le billet unique de Carthage ; l’accès peut être limité pendant les festivals et les montages.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Gardez à l’esprit que l’aspect visible a été largement restauré ; pendant les préparatifs des festivals, l’accès à la scène ou aux rangées peut être limité.
