Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le tableau de Le Greco au-dessus de la tombe
- La tombe de Gonzalo Ruiz de Toledo
- L’épitaphe latine
- La représentation de saint Thomas l’Apôtre sur le maître-autel
L’histoire du lieu
En mille cinq cent soixante-quatre, Andrés Núñez de Madrid, curé de l’église Santo Tomé, commença à poursuivre en justice les habitants du bourg d’Orgaz. Le tableau de Le Greco, pour lequel on vient ici aujourd’hui, n’existait pas encore. Le prêtre cherchait à faire reprendre aux habitants les anciens versements destinés à sa paroisse.
Cette obligation leur avait été imposée par Gonzalo Ruiz de Toledo, seigneur d’Orgaz et bienfaiteur de l’église Santo Tomé. Au début du quatorzième siècle, il finança une importante reconstruction de l’église et choisit ici l’emplacement de sa tombe, dans la dernière chapelle, la plus modeste. Selon son testament, Orgaz devait envoyer chaque année deux moutons, seize poules, deux outres de vin, deux fagots de bois et huit cents maravédis. Le tout était destiné à l’entretien des prêtres et à l’aide aux pauvres de la paroisse.
Gonzalo mourut en mille trois cent vingt-trois, alors que les travaux se poursuivaient encore. Son corps fut temporairement déposé dans l’église Saint-Étienne voisine, auprès du monastère des Augustins, puis transféré ici quatre ans plus tard. Selon la tradition paroissiale, saint Augustin et saint Étienne apparurent pendant l’office funèbre et descendirent eux-mêmes le défunt dans sa tombe. Leur présence dans la légende est liée à un acte de Gonzalo : il avait fait construire à ses frais, pour les Augustins, l’église Saint-Étienne. Il s’agit bien d’une tradition ; la reconnaissance ecclésiastique du miracle ne vint qu’en mille cinq cent quatre-vingt-trois.
Au seizième siècle, les habitants d’Orgaz avaient cessé d’exécuter le testament de leur ancien seigneur. Andrés Núñez mena l’affaire pendant cinq ans devant la Chancellerie royale de Valladolid et gagna en mille cinq cent soixante-neuf. Après le procès, il commanda une épitaphe latine : elle consignait à la fois le récit des saints et le rappel des versements obtenus. Lorsque les juges ecclésiastiques reconnurent le miracle, le curé décida d’en placer aussi une représentation au-dessus de la tombe.
En mars mille cinq cent quatre-vingt-six, il conclut un contrat avec Doménikos Theotokópoulos, que les habitants de Tolède appelaient Le Greco. L’artiste vivait dans cette même paroisse, à quelques pas de l’église. Le commanditaire énuméra en détail ce qui devait figurer sur la toile : des prêtres accomplissent le rite funèbre, Augustin tient le défunt par les épaules, Étienne par les pieds, des témoins se tiennent autour d’eux et le ciel s’ouvre au-dessus.
Le Greco s’engagea à payer son propre travail, la toile et les couleurs. L’avance était de cent ducats ; le reste fut promis à l’artiste après l’achèvement et l’évaluation du tableau. Au début de mille cinq cent quatre-vingt-huit, la toile était déjà achevée. Les évaluateurs en fixèrent le prix à mille deux cents ducats, mais le curé le jugea excessif. Cette fois, Le Greco saisit la justice. Sa requête indique qu’il avait consacré beaucoup de temps et ses propres moyens au tableau, et que le retard de paiement lui causait un préjudice.
Le trente mai mille cinq cent quatre-vingt-huit, le conseil de l’archevêque de l’archidiocèse de Tolède obligea la paroisse à verser à l’artiste toute la somme évaluée. Le règlement prit plus de temps que les neuf jours prévus par le tribunal : Le Greco reçut une partie de l’argent en argent et en monnaie, et la paroisse versa directement une autre partie à ses créanciers. Les derniers reçus datent de mille cinq cent quatre-vingt-neuf.
Le défunt en armure, dans la partie inférieure de la toile, est Gonzalo Ruiz de Toledo. On le qualifie souvent de comte, bien que, de son vivant, il ait été seigneur d’Orgaz ; le titre comtal n’apparut dans sa lignée que plus tard. Le tableau se trouve toujours au-dessus de sa tombe, près de l’épitaphe où l’histoire du premier procès a été conservée.
La dédicace complète de l’église Santo Tomé est à saint Thomas l’Apôtre. Le maître-autel montre l’épisode qui explique son nom : Thomas crut à la résurrection du Christ en voyant ses plaies. Depuis mille neuf cent soixante-douze, une entrée de musée distincte mène au tableau de Le Greco ; elle a été aménagée pour que le flux des visiteurs ne gêne pas les offices paroissiaux. Sous le tableau demeurent la tombe de Gonzalo et l’inscription latine, où sont consignés côte à côte le récit de l’enterrement miraculeux et le procès pour les moutons, les poules, le vin, le bois et les huit cents maravédis.
Sur place
Tous les jours 10:00–18:45 ; billet individuel 4 euros ; la billetterie ferme 10 minutes avant la fin des horaires d’ouverture.
Vérifié : 24 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La raison principale de l’entrée est le tableau lui-même ; observez-le par parties et reculez après l’avoir examiné de près afin de ne pas bloquer la vue aux autres.
